Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/276

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« Je ne vous comprends pas, M. Pancks.

— C’est à propos de ce nom que je voudrais des renseignements.

— Et quels renseignements demandez-vous ?

— Tous ceux que vous pouvez et voudrez me donner. »

Le remorqueur ne laissa pas échapper ce sommaire assez complet de ce qu’il tenait à savoir sans quelques ronflements pénibles.

« Voilà, par exemple, une singulière visite, M. Pancks. Il me semble assez extraordinaire que vous veniez vous adresser à moi pour cela.

— Il est possible que ce soit extraordinaire, répliqua Pancks. Mais cela n’empêche pas que ce peut être une affaire. Bref, c’est une affaire. Je suis un homme d’affaires. Qu’ai-je à faire dans ce monde si ce n’est de m’occuper d’affaires ? Rien. »

Clennam examina la physionomie de son interlocuteur, se demandant encore une fois si ce personnage sec et dur parlait sérieusement. La figure qu’il avait sous les yeux était aussi sale et aussi mal rasée que jamais, aussi inquiète et aussi éveillée que jamais, et Arthur n’y découvrit rien qui trahît la raillerie secrète qu’il avait cru entendre percer dans la voix de Pancks.

« D’abord, continua Pancks, pour qu’il n’y ait point de méprise sur cette affaire, je vous dirai que mon propriétaire n’y est pour rien.

— Est-ce M. Casby que vous désignez ainsi ? »

Pancks fit un signe de tête affirmatif et reprit :

« Mon propriétaire n’y est pour rien. Je n’empêche pas les suppositions, vous pouvez supposez, si vous le voulez, que chez mon propriétaire j’ai entendu prononcer un nom… le nom d’une jeune personne à laquelle M. Clennam désire rendre service. Supposez que ce nom ait été donné à mon propriétaire par Plornish. Supposez que je sois allé chez Plornish. Supposez que j’aie demandé des renseignements à Plornish en lui disant qu’il s’agit d’une affaire. Supposez que Plornish, bien qu’il doive un arriéré de six semaines de loyer à mon propriétaire, me refuse ces renseignements. Supposez que Mme Plornish refuse également. Supposez que tous les deux me renvoient à M. Clennam. Supposez que tout cela soit arrivé.

— Eh bien ?

— Eh bien, répondit Pancks, supposez que je vienne trouver M. Clennam. Supposez que je sois devant lui. »

Là-dessus, avec ses cheveux redressés sur toute la surface de sa tête comme des dents de fourche, et sa respiration rapide et bruyante, Pancks l’Affairé recula d’un pas, et en style de littérature maritime, vira de bord vent arrière, pour mieux mettre en relief toute la sale surface de sa coque, puis redonna de l’avant et dirigea ses yeux perçants alternativement du fond du chapeau où se trouvait le carnet, au visage de M. Clennam.

« Monsieur Pancks, sans vouloir pénétrer le fond du mystère, je serai aussi franc que possible. Permettez-moi de vous adresser deux questions. Premièrement….