Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



— Bon ! interrompit Pancks, élevant son sale index à l’ongle rongé. Je devine ! Quel est votre motif hein ?

— Justement.

— Mon motif est bon, ne concerne en rien mon propriétaire, il ne peut pas s’expliquer pour le moment ; il paraîtrait ridicule en ce moment, mais il est bon, et implique le désir de rendre service à la jeune personne du nom de Dorrit, répondit Pancks, l’index toujours levé en signe d’avertissement. Vous ferez aussi bien d’admettre tout de suite que le motif est bon.

— En second et dernier lieu, que voulez-vous savoir ? »

M. Pancks, qui avait repêché son carnet dans son chapeau avant que Clennam lui eût adressé cette question, le mit dans sa poche de côté, boutonna soigneusement son habit, regardant son interlocuteur bien en face tout le temps, et répondit avec un ronflement et un reniflement :

« Je veux tous les renseignements supplémentaires qu’il est possible d’obtenir.

Clennam ne put réprimer un sourire, tandis que le petit remorqueur haletant, si utile au lourd navire patriarcal, attendait et cherchait une occasion pour tomber sur son ennemi et lui dérober tous les renseignements dont il avait besoin, avant que celui-ci songeât à résister à cette attaque imprévue : il remarqua en même temps dans l’empressement de Pancks une certaine nuance qui éveilla dans son esprit une foule d’hypothèses étonnées. Après avoir réfléchi un peu, il résolut de donner au remorqueur du Patriarche les principaux renseignements qu’il se croyait le droit de lui communiquer, sachant fort bien que M. Pancks, s’il ne les obtenait pas de lui, s’arrangerait pour se les procurer ailleurs.

Après avoir prié M. Pancks de ne pas oublier premièrement la déclaration volontaire par laquelle il avait débuté que son propriétaire n’était pour rien là dedans ; secondement que sa curiosité était dirigée par de bonnes intentions (double déclaration que ce petit charbonnier de Pancks s’empressa de confirmer chaleureusement), Clennam lui dit franchement qu’il ne savait rien de la généalogie des Dorrit ni des endroits qu’ils avaient pu habiter autrefois et que tout ce qu’il pouvait lui apprendre, c’est que la famille ne se composait plus que de cinq membres, c’est-à-dire deux frères, dont l’un était célibataire et l’autre veuf avec trois enfants. Il indiqua aussi correctement qu’il put à M. Pancks l’âge de chaque membre de cette famille ; et enfin il lui expliqua la position du père de la Maréchaussée ainsi que l’époque de son incarcération et les circonstances qui l’avaient causée. M. Pancks, ronflant et reniflant d’une façon de plus en plus terrible à mesure qu’il s’intéressait davantage à ces détails, écouta ce récit avec beaucoup d’attention, prêtant une oreille ravie aux endroits les plus navrants. Il sembla surtout charmé d’apprendre que William Dorrit avait subi un si long emprisonnement.

« Maintenant, M. Pancks, dit Arthur, je n’ai plus qu’un mot à