Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/295

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— On aurait dû la porter à l’hôpital, interrompit Maggy : elle serait revenue de là.

— La princesse, après avoir pleuré un peu, si peu que ce n’est guère la peine d’en parler, s’essuya les yeux, descendit de voiture à l’endroit où elle était descendue la première fois, et alla vers la cabane pour voir un peu dans l’intérieur. Il n’y avait plus personne pour la regarder ni personne à regarder ; elle entra donc tout de suite pour chercher l’image que la petite femme mignonne gardait comme un trésor précieux. Mais elle eut beau chercher partout, elle n’en découvrit aucune trace ; et alors elle vit bien que la petite femme mignonne lui avait dit la vérité, et que l’image, pour ne plus faire de peine à personne, s’était glissée tout doucement au fond de la tombe où elle dormait à côté de la petite femme mignonne. Et c’est la fin de mon histoire, Maggy. »

Le soleil couchant incommodait tellement la petite Dorrit lorsqu’elle fut arrivée à la fin de son histoire, qu’elle se voila le visage avec la main.

« Était-elle devenue bien vieille ? demanda Maggy.

— La petite femme mignonne ?

— Oui.

— Je ne sais pas, mais cela n’aurait rien changé à l’histoire quand elle ne serait morte qu’à cent ans.

— Vraiment ! s’écria Maggy. Au fait, c’est très-probable. »

Et Maggy écarquilla les yeux et se mit à ruminer. Elle resta si longtemps les yeux tout grands ouverts que la petite Dorrit, afin de lui faire quitter son siège improvisé, se leva et regarda par la croisée. Comme elle jetait un coup d’œil dans la cour, elle vit Pancks qui entrait et lançait en passant un regard oblique du côté de la mansarde.

« Qui est celui-là, petite mère ? demanda Maggy, qui l’avait rejointe à la croisée et s’appuyait sur son épaule. Je le vois entrer et sortir bien souvent.

— On prétend que c’est un diseur de bonne aventure, répliqua la petite Dorrit. Mais je doute qu’il soit même capable de raconter l’histoire présente ou passée de bien des gens.

— Il n’aurait pas pu raconter celle de la princesse ? » demanda Maggy.

La petite Dorrit, abaissant un regard attristé sur la sombre vallée de la prison, secoua la tête.

« Ni celle de la petite femme mignonne ?

— Non, Maggy, répondit la petite Dorrit, dont le soleil couchant rougissait plus que jamais le visage. Mais éloignons-nous de la fenêtre. »