Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


conduisit l’inconnu vers son bureau, qui pouvait passer pour celui d’un homme assez occupé d’affaires. Là, après avoir posé la lumière sur un pupitre, il dit à l’inconnu, en se tordant le cou de sa façon la plus disgracieuse :

« Vos ordres, monsieur ?

— Je me nomme Blandois.

— Blandois ? Je ne connais pas ce nom.

— J’ai cru que vous aviez déjà pu recevoir une lettre d’avis de vos correspondants de Paris.

— Nous n’avons reçu de cette ville aucune lettre d’avis concernant une personne du nom de Blandois.

— Non ?

— Non. »

Jérémie se tenait dans son attitude favorite. M. Blandois, toujours souriant, entr’ouvrit son manteau pour mettre la main dans une poche de côté, puis s’arrêta un instant pour répondre, tandis que ses yeux brillants paraissaient éclater de rire et, par parenthèse, Jérémie trouva que ces yeux étaient trop rapprochés.

« C’est étonnant comme vous ressemblez à un de mes amis ! Cependant la ressemblance est moins frappante que je ne le croyais tantôt, lorsque, dans le demi-jour de la rue, je vous ai pris pour lui… erreur que je dois vous prier d’excuser. Permettez-moi donc de le faire ; la promptitude à reconnaître mes torts fait, j’aime à le croire, partie de la franchise de mon caractère…. Mais c’est égal, vous lui ressemblez étonnamment.

— Vraiment ? dit M. Flintwinch d’un ton de mauvaise humeur : en attendant, je n’ai reçu de Paris aucune lettre d’avis concernant une personne du nom de Blandois.

— Ah bah ! répondit l’étranger.

— C’est comme cela, » murmura M. Flintwinch.

M. Blandois, sans se laisser déconcerter par l’omission commise par les correspondants de la maison Clennam et Cie, prit son portefeuille dans sa poche de côté, et y chercha une lettre qu’il présenta à M. Flintwinch.

« Cette écriture vous est sans doute familière. Il se peut que cette communication soit suffisamment explicite en elle-même et n’ait pas besoin d’être précédée d’une lettre d’avis. Vous êtes plus à même que moi de décider cette question. J’ai le malheur de ne pas être dans les affaires ; je suis ce que le monde appelle (arbitrairement) un gentilhomme. »

M. Flintwinch prit la lettre et lut, à la date de Paris :

Nous avons à vous présenter, de la part d’un correspondant très-estimé de notre maison, M. Blandois, de Paris, etc., etc.

Toutes les facilités que vous pourrez lui procurer et toute l’obligeance que vous pourrez lui montrer, etc., etc.

Nous avons aussi à vous prévenir que vous pouvez ouvrir à M. Blandois un crédit de quinze cents francs ;

Soit quinze cents francs etc., etc.