Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/381

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utile. Je suis beaucoup mieux ici que partout ailleurs, répondit la petite Dorrit d’une voix faible.

— C’est ce que vous m’avez dit l’autre jour sur le pont. J’y ai beaucoup songé depuis. N’avez-vous aucun secret que vous pourriez me confier, si vous le vouliez bien ?

— Un secret ? Non, je n’ai pas de secret, » répliqua la petite Dorrit avec un peu de trouble.

Ils avaient parlé à voix basse ; plutôt parce que c’était le ton qui convenait naturellement à leur sujet de conversation que par le désir d’empêcher Maggy d’entendre ce qu’ils disaient. Tout à coup Maggy tourna de nouveau la tâte vers la croisée… mais cette fois au lieu de garder le silence, elle cria :

« Dites donc, petite mère !

— Eh bien, Maggy ?

— Si vous n’avez pas de secret à vous à lui dire, racontez-lui le secret de la princesse. Elle en avait un, vous savez.

— La princesse avait un secret ? dit Clennam avec quelque surprise. Et quelle est cette princesse-là, Maggy ?

— Bonté divine, vous ne ménagez guère une pauvre enfant de dix ans ! répondit Maggy. Qui est-ce qui vous dit que la princesse avait un secret ? Pas moi, toujours !

— Je vous demande pardon, Maggy ; je croyais que vous disiez ça.

— Pas du tout. Comment pouvais-je dire ça, puisque c’est elle au contraire qui veut découvrir le secret ? C’est la petite femme mignonne (celle qui est toujours à filer,) qui a un secret. Alors l’autre lui dit : « Pourquoi que vous la cachez là ? » Alors, elle lui répond : « Mais non, je ne cache rien. » Alors l’autre lui dit : « Mais si, mais si, vous cachez quelque chose, » Comme ça, elles s’en vont toutes les deux à l’armoire et on découvre tout. Mais comme elle ne voulait pas aller à l’hôpital, elle est morte. Vous savez bien, petite mère ! Racontez-lui l’histoire ; car c’est un fameux secret, allez ! » s’écria Maggy en se berçant les genoux.

Arthur regarda la petite Dorrit pour lui demander une explication ; il fut frappé de la voir si troublée et si rouge. Elle lui dit que ce n’était qu’un conte de fées qu’elle avait inventé un jour pour amuser Maggy et qui était trop ridicule pour qu’elle ne fût pas honteuse de le répéter à d’autres, quand même elle parviendrait à se le rappeler.

Arthur ne songea donc plus au secret de la princesse, mais il reprit son sujet de conversation, en priant la petite Dorrit de le voir plus souvent et de se souvenir qu’il était impossible qu’on s’intéressât à elle plus qu’il ne le faisait ou de lui vouloir plus de bien qu’il ne lui en voulait. Lorsqu’elle lui eut répondu avec chaleur qu’elle savait cela, qu’elle ne l’oubliait jamais, Arthur aborda un autre sujet, un sujet plus délicat… c’est-à-dire le soupçon qu’il avait formé.

« Petite Dorrit, dit-il, lui prenant la main et lui parlant encore plus bas qu’il ne l’avait fait jusqu’alors, de sorte que Maggy,