Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/14

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un moment de silence ; car savez-vous, je crois qu’il y a déjà quelque temps que je vous cherche.

— Que vous me cherchez, moi ?

— J’ai idée que j’ai là un petit billet que je devais vous remettre dès que je vous rencontrerais. Le voici. À moins que je ne me trompe beaucoup, il vous est adressé… n’est-ce pas ? »

La dame prit le billet, répondit oui, et le lut. La visiteuse fixa les yeux sur elle tandis qu’elle le lisait. La lettre était très courte. La malade rougit un peu, approcha ses lèvres de la joue de la jeune fille et lui serra la main.

« Il me dit que la chère petite amie à laquelle il me présente sera une consolation pour moi un jour ou l’autre. Et il a bien raison, car vous me consolez dès notre première rencontre.

— Peut-être, dit la visiteuse avec un peu d’hésitation, peut-être ignorez-vous mon histoire ? Peut-être ne vous l’a-t-il jamais racontée ?

— Non.

— C’est juste. Pourquoi donc vous l’aurait-il racontée ?… Aujourd’hui, je n’ai guère le droit de la raconter moi-même, car on m’a priée de la taire. Elle n’a d’ailleurs rien de bien intéressant, mais elle vous expliquerait pourquoi je vous prie de ne pas parler ici de cette lettre. Vous avez vu ma famille je crois ? Quelques-uns d’entre eux… je ne dirais pas cela à tout le monde… sont un peu fiers et ont quelques préjugés.

— Je vais vous rendre la lettre, répondit l’autre, comme cela mon mari ne la verra pas. Autrement, il pourrait la trouver par hasard et en parler. Voulez-vous la remettre dans votre corsage, afin d’être bien sûre qu’elle ne s’égare pas ? »

La visiteuse la serra avec beaucoup de soin. Sa main mignonne tenait encore la lettre, lorsqu’elles entendirent quelqu’un marcher dans la galerie.

« Je lui ai promis, dit la visiteuse en se levant, de lui écrire dès que je vous aurais vue (je ne pouvais manquer de vous rencontrer tôt ou tard), et de lui dire si vous étiez heureuse et bien portante. Ne faut-il pas que je lui dise qu’en effet, vous êtes heureuse et bien portante ?

— Oui, oui, oui ! Dites que vous m’avez trouvée très heureuse et bien portante. Dites aussi que je le remercie bien affectueusement, et que je ne l’oublierai jamais.

— Je vous verrai demain matin, et plus tard, car nous ne saurions manquer de nous rencontrer encore. Bonsoir !

— Bonsoir. Merci, merci. Bonsoir, ma chère ! »

Toutes deux étaient pressées et un peu agitées, tandis qu’elles échangeaient ces adieux et que la visiteuse quittait la cellule. Elle s’attendait à voir approcher le mari de la malade ; mais ce n’était pas lui qui traversait en ce moment la galerie : c’était le touriste qui avait essuyé ses moustaches avec un morceau de pain. Lorsqu’il entendit marcher derrière lui, il se retourna, car il s’éloignait dans l’obscurité.