Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/25

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tenir à distance et… hem !… les tenir au-dessous de soi. Donc, il est… hem !… très-important de ne pas vous exposer aux remarques de nos gens en ayant l’air de vous être, à une époque quelconque, passée de leurs services et de vous être servie vous-même… c’est… ha !… de la plus haute importance.

— C’est clair comme le jour ! s’écria Mlle Fanny.

— Fanny, interrompit le père d’un ton pompeux, permettez-moi, ma chère… Nous arrivons maintenant à… hem !… monsieur Clennam. Je ne crains pas de dire, Amy, que je ne partage pas… du moins pas complétement… les sentiments de votre sœur, au sujet de… cet industriel. Je consens à le regarder comme une personne qui… hem !… se conduit assez bien en général… hem !… Assez bien. Je ne demanderai pas non plus si monsieur Clennam, à une époque quelconque, a recherché bon gré mal gré à se lier avec moi. Il savait que l’on… hem !… recherchait ma société, et il pouvait prétexter qu’il me regardait comme un personnage public. Mais certaines circonstances ont marqué mes relations… hem !… très-peu suivies avec monsieur Clennam (je ne l’ai connu que fort superficiellement) qui… (à ces mots M. Dorrit prit un air grave et imposant)… qui rendraient très-inconvenante de la part de cet industriel une tentative pour renouer connaissance avec moi ou aucun membre de ma famille, dans les circonstances actuelles. Si monsieur Clennam a assez de délicatesse pour reconnaître l’inconvenance d’une tentative de ce genre, je dois, en ma qualité de gentleman respectable… hem !… m’en rapporter à ce sentiment honorable. Si, d’un autre côté, monsieur Clennam ne possède pas la délicatesse requise, je ne saurais… hem !… avoir aucun rapport avec un personnage… hem !… aussi grossier. Dans l’un et l’autre cas, il est évident que ce monsieur Clennam doit être mis de côté et que nous n’avons plus rien à faire avec lui, ni lui avec nous. Hem !… madame Général. »

L’arrivée de la dame que M. Dorrit venait d’annoncer et qui prit place à la table où les autres étaient en train de déjeuner, mit fin à la discussion. Peu de temps après, le courrier vint prévenir que le valet de chambre, les valets de pied, les deux femmes de chambre, les quatre guides et les quatorze mules étaient prêts à partir. Les convives quittèrent donc le réfectoire pour rejoindre la cavalcade à la porte du couvent.

M. Gowan se tenait à l’écart avec son cigare et son crayon ; mais M. Blandois attendait sur le seuil pour présenter ses respects aux dames. Lorsqu’il ôta galamment son chapeau de feutre mou, à larges bords, pour saluer la petite Dorrit, la jeune fille trouva à ce voyageur basané l’air encore plus sinistre, au milieu de le neige, qu’aux lueurs vacillantes du feu de la veille. Mais, comme son père et sa sœur recevaient les hommages du touriste avec assez de faveur, elle s’abstint de parler de l’aversion que lui inspirait Blandois, de crainte qu’on ne lui reprochât ce sentiment comme une nouvelle tache de ce péché originel, contracté dans la prison natale.