Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/280

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



« Voilà votre valise, dit-il à Clennam en la posant à terre avec beaucoup de soin.

— C’est très-obligeant de votre part. Je suis honteux de vous donner tant de peine. »

Le jeune John était reparti sans entendre la fin de cette phrase, mais il ne tarda pas à remonter, disant comme la première fois :

« Voilà votre malle noire. »

Il déposa cette malle dans un coin avec le même soin que la valise.

« Je vous suis très-reconnaissant de cette attention. J’espère que nous pouvons à présent nous donner une poignée de main, monsieur John ? »

Mais point du tout. John se recula, emprisonna son poignet droit dans un cercle formé par le pouce et l’index de sa main gauche, et répondit, ainsi qu’il avait déjà fait :

« Ma foi ! je ne sais pas si je le puis. Non ; je sens que je ne peux pas ! »

Et il se mit à regarder le prisonnier d’un air irrité, quoique le gonflement de ses paupières humides annonçât plutôt encore la commisération.

« Pourquoi donc, dit Clennam, vous montrer à la fois si mal disposé pour moi, et cependant empressé de me rendre service ? Il y a quelque malentendu là-dessous. Si j’ai fait quelque chose qui ait pu vous être désagréable, j’en suis bien fâché.

— Non, monsieur, répliqua John agitant son poignet captif dans le cercle volontaire où il le tenait emprisonné, il n’y a pas le moindre malentendu dans les sentiments avec lesquels je vous contemple en ce moment !… Si j’avais seulement votre taille, monsieur Clennam (par malheur, je suis loin de l’avoir) ; si d’ailleurs vous n’étiez pas si abattu et que ce ne fût pas contraire à tous les règlements, ce sentiment que j’éprouve pour vous me porterait plus volontiers à vous proposer une partie de boxe pour le moment que toute autre chose. »

Arthur le regarda un instant d’un air surpris où il entrait un peu de colère.

« Allons, allons ! dit-il. C’est un malentendu ! »

Puis il se détourna pour aller se rasseoir dans le fauteuil fané.

Le jeune John le suivit des yeux, et, un bout de quelques minutes, s’écria :

« Je vous demande pardon !

Accordé de tout mon cœur, répliqua Clennam agitant la main sans relever sa tête courbée sur sa poitrine. N’en parlons plus, ce n’est pas la peine.

— Ce mobilier, continua John d’une voix très-radoucie, m’appartient. Je le loue d’habitude aux personnes qui prennent cette chambre sans apporter de meubles. Il ne vaut pas grand’chose, mais il est à votre service. Pour rien bien entendu. Je ne voudrais pas pour tout au monde que ce fût à d’autres conditions. Mais je le mets très-volontiers à votre disposition pour rien. »