Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/319

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CHAPITRE XXX.

On ferme.


Le dernier des huit jours de grâce accordés par le sieur Rigaud était venu illuminer les barreaux de la prison. Ces lignes de fer, restées si noires et si sombres depuis le départ de la petite Dorrit, furent dorés tout à coup par un soleil matinal. De longs et splendides rayons tombaient obliquement sur un fouillis de toits, à travers les découpures des hautes cathédrales, et formaient, dans leur réseau de lumières et d’ombres, comme les barreaux de notre prison terrestre.

Depuis le matin, aucun visiteur n’avait traversé la cour pour pénétrer dans la vieille maison. Mais, vers le soir, trois hommes passèrent sous la porte cochère et se dirigèrent vers la demeure délabrée de Clennam et Cie.

Rigaud, qui marchait en avant, une cigarette à la bouche, passa le premier. Derrière lui venait M. Jean-Baptiste Cavalletto qui suivait de près son ancien camarade de prison, et sans le perdre de vue. Signor Panco formait l’arrière-garde et portait son chapeau sous son bras à la plus grande satisfaction de sa chevelure rebelle, car il faisait une chaleur étouffante. Tous trois arrivèrent ensemble sur le perron.

« Paire d’imbéciles que vous êtes, s’écria Rigaud faisant volte-face, ne vous en allez pas encore.

— Nous ne songeons pas du tout à nous en aller, mon cher monsieur, » répliqua signor Panco.

Cette réponse valut à M. Pancks un coup d’œil sinistre de M. Rigaud qui se retourna sans plus de cérémonie et frappa rudement à la porte. Il avait bu copieusement pour mieux se préparer à jouer dignement son rôle dans cette entrevue, et il était pressé de commencer. Il avait à peine fait retentir la porte sous un coup de marteau redoublé, qu’il se retourna et frappa une seconde fois. L’écho durait encore, lorsque Flintwinch ouvrit la porte. Les dalles du vestibule résonnèrent sous les pas des trois visiteurs. Rigaud, poussant Jérémie de côté, se dirigea tout droit vers l’étage supérieur, toujours suivi de ses deux compagnons qui envahirent avec lui la chambre paisible de Mme Clennam.

Rien n’y était changé, si ce n’est qu’une des fenêtres restait toute grande ouverte et que Mme Jérémie, assise sur le siège formé par le coffre pratiqué dans l’embrasure de cette croisée, était en train de raccommoder un bas. Les objets habituels se trouvaient sur la petite table de la paralytique ; le même feu, à moitié étouffé sous