Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 2.djvu/44

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion


— Ma fille, dit M. Dorrit, je vous prie de vous conformer… hem !… aux préceptes de Mme Général. »

La pauvre petite Dorrit, tournant un regard éploré vers cette vernisseuse distinguée, promit de faire son possible.

« Vous disiez, poursuivit M. Dorrit, qu’il vous faut du temps. Du temps ? Pour quoi faire ? »

Nouveau silence.

« Pour m’habituer à la nouveauté de ma vie, voilà tout ce que je voulais dire… papa, » finit par répliquer la petite Dorrit, fixant ses yeux aimants sur son père, qu’elle avait failli appeler poule, peut-être même prunes et prismes, dans son ardeur à profiter des leçons de Mme Général pour la rendre heureuse.

M. Dorrit fronça les sourcils, et fut loin d’avoir l’air satisfait.

« Amy répondit-il, il me semble, je dois l’avouer, que vous avez eu bien assez de temps pour cela… Hem !… vous m’étonnez. Vous trompez mon attente. Fanny a su vaincre toutes ces difficultés ; pourquoi donc… hem !… ne les vaincriez-vous pas ?

— J’espère mieux réussir dorénavant, répliqua la petite Dorrit.

— J’espère que vous ferez tous vos efforts pour cela, continua le père. Je… hem !… me plais à l’espérer. Je vous ai envoyé chercher afin de vous dire… hem !… de vous dire très-énergiquement, en présence de Mme Général, à qui nous sommes si redevables de ce qu’elle veut bien être présente parmi nous dans… hem !… cette occasion et dans toute autre… (Mme Général ferma les yeux) que je… hem !… ne suis pas content de vous. Vous rendez les soins de Mme Général une tâche ingrate. Vous… hem !… m’embarrassez beaucoup. Vous avez toujours, comme je le disais tout à l’heure à Mme Général, été ma favorite ; j’ai toujours fait de vous une… hem !… amie et une compagne ; en revanche, je vous prie… hem !… je vous prie très-sérieusement de mieux vous conformer aux circonstances, et de faire scrupuleusement tout ce qui convient à… votre rang. »

M. Dorrit avait encore été un peu plus saccadé que de coutume, car le sujet l’avait agité, et il tenait à rendre son éloquence aussi énergique que possible.

« Je vous prie très-sérieusement, répéta-t-il, de prêter toute votre attention aux remarques que l’on vient de vous faire ; je vous prie de tâcher de vous conduire comme il convient à… hem !… à mademoiselle Dorrit, et de façon à nous contenter, moi et Mme Général. »

Cette dame ferma de nouveau les yeux en entendant prononcer son nom, puis les rouvrit avec lenteur, et se levant, elle ajouta :

« Si mademoiselle Amy Dorrit veut bien faire quelques efforts par elle-même et accepter l’aide de mes faibles conseils pour se donner le vernis qui peut lui manquer, monsieur Dorrit n’aura plus aucun motif d’inquiétude. Puis-je profiter de cette occasion pour faire observer, par exemple, qu’il n’est pas convenable de