Page:Dickens - Olivier Twist.djvu/56

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nieux à découvrir les difficultés, mais lent et paresseux à découvrir le moyen de les surmonter ; de sorte qu’après avoir bien réfléchi, sans trouver la solution qu’il cherchait, il mit son petit paquet sur l’autre épaule et doubla le pas.

Il fit vingt milles ce jour-là, sans prendre autre chose que son morceau de pain sec et quelques verres d’eau qu’il demanda sur la route, à la porte des chaumières. À la nuit, il entra dans une prairie, se blottit au pied d’une meule de foin et résolut d’y attendre le jour. Il éprouva d’abord un sentiment de crainte en entendant le vent siffler tristement sur la campagne déserte. Il avait froid et faim, et se trouvait plus seul que jamais ; la fatigue de la marche lui procura pourtant un prompt sommeil, et il oublia ses peines.

Le matin, en se levant, il se sentit engourdi par le froid, et il avait si faim qu’il acheta du pain pour un penny au premier village qu’il traversa. Il n’avait pas fait plus de douze milles quand la nuit le surprit de nouveau ; ses pieds étaient enflés et ses jambes si faibles qu’elles tremblaient sous lui ; une seconde nuit passée à la belle étoile, par un temps froid et humide, acheva d’épuiser ses forces ; et quand il voulut le matin continuer son voyage, il pouvait à peine se traîner. Il attendit au pied d’une côte assez roide qu’une diligence vînt à passer, et il demanda l’aumône aux voyageurs de l’impériale ; il n’y eut presque personne qui fit attention à lui ; ceux qui le remarquèrent, lui dirent d’attendre qu’on fût arrivé au haut de la côte, et de leur montrer ensuite combien de temps il pouvait courir pour un demi-penny. Le pauvre Olivier essaya de suivre la diligence ; mais il ne le put, à cause de son épuisement et de ses pieds tout meurtris ; alors les voyageurs de l’impériale remirent leur demi-penny dans leur poche, en disant que c’était un petit fainéant, qui ne méritait rien. La diligence s’éloigna, ne laissant derrière elle qu’un nuage de poussière.

Dans quelques villages, de grands poteaux étaient plantés sur la route, et portaient un écriteau annonçant que quiconque mendierait serait mis en prison ; cet avis effrayait beaucoup Olivier, et il s’éloignait au plus vite. Ailleurs, il s’arrêtait devant les cours d’auberge et regardait piteusement ceux qui allaient et venaient, jusqu’à ce que l’hôtesse donnât l’ordre à un des postillons qui flânaient dans la cour de chasser cet étrange garçon qui restait là, sans aucun doute, dans l’intention de dérober quelque chose. S’il mendiait à la porte d’une ferme, il arrivait neuf fois sur dix qu’on le menaçait de