Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/143

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qu’Auguste fût appelé le fils de César en vertu d’une adoption juridique. Nous avons quelques adoptions marquées sur les médailles. Celle de Trajan. Imp. Caes. Nerva Trajan. Aug. Germ. Au revers. Adoptio. Une figure en habit de guerre, tenant de sa main gauche une haste, tend la main droite à une figure qui est en habit de Sénateur. Celle d’Hadrien par Trajan. Caes. Trajanus Hadrianus Aug. & au revers, Adoptio parth. divi Trajan Aug. p. m. tr. p. cos. Monsieur Boussac dans ses Notæ Theologicæ 14, 15 & 16e Dissertation, explique diverses sortes d’adoptions, dont l’une se faisoit au Baptême, l’autre par l’épée, & la dernière par les cheveux. M. de Cordemoy a cependant remarqué à la fin de l’Histoire de Dagobert, que l’adoption étoit permise quand on n’avoit point d’enfans ; elle se faisoit devant le Roi, qui en donnoit des lettres ; & celui qu’on adoptoit étoit considéré comme fils : il jouissoit dès ce moment des biens de son pere adoptif, à la charge de lui fournir toutes les choses dont il avoit besoin pour vivre commodément suivant sa condition.

ADOR. Ville, ou Château de la Terre-Sainte, dont il est parlé I. Mach. XIII. 20. Adrichomius prétend avec assez de fondement, que c’est la même chose que Dor.

ADORABLE. adj. m. & f. Digne d’être adoré, qui mérite le plus profond des respects. Adorandus. Dieu seul est adorable. Les mystères de la Religion sont adorables.

☞ Ce terme qui ne convient qu’à Dieu, s’applique abusivement & hyperboliquement aux personnes dont les qualités éminentes méritent nos hommages & notre amour. Un prince adorable. On l’applique aussi aux vertus. La bienfaisance est une vertu adorable. Venerandus.

☞ Dans le style familier nous disons, d’un homme d’un commerce doux & agréable, que c’est un homme adorable.

☞ Dans l’ivresse de sa passion, un amant dit que sa maîtresse est adorable. Alors ce terme ne désigne qu’un excès d’attachement, de passion.

ADORATEUR, ATRICE. s. m. & f. Celui ou celle qui adore, qui rend un culte, & des hommages religieux, Cultor, venerator, Cultrix. Les adorateurs du vrai Dieu. Il y a beaucoup d’observateurs des coutumes, & des bienséances, mais peu d’adorateurs en esprit & en vérité. Flech.

On le dit abusivement de celui qui estime, ou qui aime passionnément, ou qui admire extrêmement. Ce galant est l’adorateur de toutes les belles. Les femmes du monde font vanité de traîner avec elles une foule d’adorateurs. S. Evr. Ce Poëte est l’adorateur de ses propres ouvrages. On le dit encore de ceux qui font la cour avec trop de soumission & de bassesse, aux personnes élevées au dessus d’eux. Les favoris trouvent plus d’adorateurs que d’amis. Bouh.

Je n’ai percé qu’à peine,
Les flots toujours nouveaux d’un peuple adorateur,
Qu’attire sur ses pas sa prochaine grandeur. Rac.

Adorateurs d’un bien fragile,
Dupes d’un cœur ambitieux,
Jusques à quand un cœur d’argile
Charmera-t-il nos foibles yeux ?
Recueil des vers imp. par le P. Bouhours.

ADORATION. s. f. Action par laquelle on rend le plus grand des respects, & des honneurs divins, soit par une posture humiliée, soit par d’autres actes d’une profonde soumission. Culte suprême qui n’appartient qu’à Dieu. Adoratio. L’adoration suprême n’est dûe qu’à Dieu. Notre culte & nos adorations sont absolument inutiles s’il est vrai que Dieu a décidé de nous par un décret éternel. Port-R. Le plus grand des péchés est l’adoration des Idoles.

☞ Quand on dit l’adoration de la Croix, aller à l’adoration de la Croix, en parlant de la cérémonie qui est en usage dans l’Église Romaine le jour du Vendredi Saint, par laquelle on se prosterne devant l’Image de la Croix ; il ne faut pas prendre ce mot à la lettre, mais seulement par relation à J. C. qui a opéré le mystère de notre Rédemption sur la Croix. Voy. au mot Adorer les différentes acceptions de ce mot.

On le dit aussi des choses & des personnes, pour lesquelles on a beaucoup d’amour & d’admiration, & une estime accompagnée d’un profond respect. Cultus, veneratio. L’amour que les peuples ont pour un Prince vertueux & bienfaisant, va jusqu’à l’adoration. Les femmes qui ont de la beauté, s’imaginent que nous leur devons des adorations comme à des divinités. S. Evr.

Adoration du Pape. Cérémonie qui se pratique au Conclave à l’élection d’un Pape, qui a lieu dans deux cas différens.

On crée un Pape par l’adoration, ou par le scrutin. L’élection par l’adoration se fait lorsque les Cardinaux vont brusquement, & comme inspirés du S. Esprit, à l’adoration d’un d’entr’eux, & le proclament Pape. Cette manière d’élection est dangereuse, parce qu’étant confuse & tumultueuse, & n’étant point accompagnée d’une délibération tranquille, il arrive qu’elle se fait par surprise. Car les indifférens se laissent entraîner sans réflexion dans ces occasions imprévues ; & ceux qui ont d’autres vues, n’osant se hasarder à être les derniers à donner leur consentement au nouveau Pape, se joignent presque malgré eux au torrent qui les emporte. Hist. des Concil. ☞ On appelle aussi adoration du Pape, l’hommage extérieur que les Cardinaux rendent au Pape qui vient d’être élu. Lorsque le Pape est élu, il est placé sur l’autel, & les Cardinaux vont à l’adoration, c’est-à dire, se prosternent devant lui. C’est le premier hommage qu’on lui rend, pour reconnoître la supériorité attachée à la place éminente de Vicaire de Jésus-Christ.

Les Filles ou Religieuses de l’Adoration perpétuelle. Ce sont des Religieuses Bénédictines, qui font profession d’adorer continuellement le Saint Sacrement ; c’est-à-dire, que jour & nuit il y en a quelqu’une dans chaque maison, qui prie devant le Saint Sacrement. On en parlera au mot Bénédictine.

ADORER. v. a. Rendre un hommage souverain avec la plus profonde soumission ; rendre à Dieu le culte suprême qui lui est dû. Adorare. Il n’y a que Dieu seul qu’on doive adorer véritablement. Les Payens adorent les Idoles. L’adoration du vrai Dieu s’appelle culte de latrie. L’adoration des faux Dieux se nomme idolâtrie. Il se met quelquefois sans régime, & alors il signifie faire un acte de Religion. Les Israélites alloient adorer en Jérusalem. Fleury.

Adorer, signifie quelquefois simplement, révérer, respecter, rendre une espèce de culte subalterne, & inférieur à celui qui n’est dû qu’a Dieu. Venerari, colere. Dans ce sens on dit, adorer les Saints, qu’on honore simplement d’un culte religieux ; mais ce culte est d’un ordre inférieur à celui qu’on rend à Dieu ; adorer les reliques, les images, pour lesquelles on a seulement de la vénération.

Il y a plusieurs passages, tant dans la Sainte Écriture, que chez les Écrivains Ecclésiastiques, où le mot d’adorer se dit seulement d’un simple honneur qu’on fait à quelqu’un, ou de la vénération qu’on a pour lui. La Reine Esther adora le Roi Assuérus. Le mot d’adorer, en sa plus étroite signification, & en sa première origine, ne signifie autre chose que porter la main à la bouche, Manum ad os admovere ; c’est-à-dire, saluer, faire la révérence, ou baiser les mains. Le Pape Saint Martin ayant envoyé quelques personnes de son Clergé à l’Exarque de Ravenne Callipas, qui étoit venu à Rome en 653, avec le Chambellan Théodore, & l’Armée de Ravenne ; l’Exarque les reçut dans le Palais, croyant que le Pape étoit avec eux ; mais ne l’y trouvant pas, il dit aux premiers du Clergé : Nous voulions l’adorer ; mais demain, qui est Dimanche, nous irons le trouver & le saluer. On voit ici les mots adorer & saluer employés indifféremment, & il y avoit long-temps que l’on disoit adorer l’Empereur. Fleury.

L’adoration se prend en deux manières. Il y a celle que nous rendons à Dieu, seul adorable par sa nature, & qui s’appelle latrie. Il y en a une autre que nous rendons à cause de Dieu, à ses amis, & à ses serviteurs ; comme quand Josué & David adorèrent des Anges ; ou aux lieux & aux