Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/145

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& d’un mérite distingué : on adore, en se dévouant entièrement au service de ce qu’on aime : on honore par les attentions, les égards & les politesses : on révère en donnant des marques d’une haute estime, & d’une considération au-dessus du commun. M. Diderot.

ADORF, AUDORF. Petite ville de la Haute-Saxe. Adorfium. Elle est dans la Misnie, sur l’Ester, au-dessous de Plawen.

ADOS. s. m. Terme de Jardinage. Terre élevée en talus contre une muraille bien exposée. On sème des pois & des féves sur un ados, pour les avancer plus qu’en pleine terre, parce que la réfléxion du soleil échauffe ces talus. Les laitues ont besoin d’un bon ados pour venir promptement. On donne à la terre ainsi élevée, le nom d’ados, parce qu’elle est en talus, & qu’elle forme une espèce de dos ; Id. ou bien parce qu’elle est au dos du mur, adossée, appuyée contre le mur.

ADOSSER. v. a. mettre le dos contre quelque chose. Applicare dorsum. On adosse un enfant contre un mur, pour l’empêcher de tomber. ☞ Les nouveaux Vocabulistes qui expliquent ce verbe, pris dans cette signification, par dorso incumbere, n’ont pas fait attention que ces mots latins ne signifient pas adosser quelqu’un, mais être adossé, avoir le dos appuyé contre quelque chose. Mettre le dos de quelqu’un, mettre son dos contre un mur, s’adosser.

s’Adosser, dorsum applicare, dorso incumbere. Il s’adossa contre la muraille, contre un arbre, & se défendit long-temps.

s’Adosser, verbe réciproque, signifie aussi avoir le dos tourné l’un contre l’autre. Tergum obvertere. Les soldats s’étant ainsi adossés, ne craignirent plus d’être enveloppés par l’ennemi. Ablan.

Adosser, dans un sens figuré, signifie la même chose qu’appuyer, placer une chose contre une autre, qui lui sert d’appui. Applicare. Adosser un bâtiment contre une montagne. Cette maison est adossée contre l’Église. Inniti, incumbere. Cet appentis est adossé contre la muraille.

Adosser, se dit en termes de Blason, de ce qui est tourné le dos contre le dos de son pareil. Adversos pingere, ponere. Montbeliard porte d’azur à deux bars adossés d’or : ce sont deux espèces de poissons. On dit aussi adorsé : le contraire est affronté. Il se dit particulièrement des animaux rampans, comme le lion, &c. On le dit en général de tout ce qui a de la longueur, & qui a deux faces différentes : comme des clefs adossées, quand leurs pannetons sont en dehors : des faux adossées, &c.

Adosser, terme de Sculpteurs, de Peintres & d’Antiquaires. Mettre deux têtes sur la même ligne, en sens opposé. Acad. Fr. Ce mot vient d’ad & de dorsum.

ADOSSÉ, ÉE, part. Voyez Adosser.

ADOUAR. s. m. Un Adouar est une espèce de village ambulant (car il y en a très-peu de bâtis & de stables en toute l’Afrique) composé de quelques familles Arabes qui campent sous des tentes, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, selon que la bonté du terrain les attire. Chaque Adouar a son Marabou, & se soumet à la conduite d’un Chef qu’ils choississent entr’eux. Voyez le Diction. de la Martinière.

ADOUBER. v. a. qui signifioit autrefois raccommoder. Adouber une machine. Reficere. Tous les tuyaux de cette machine sont bien adoubés, elle doit jouer maintenant. On le disoit aussi des vaisseaux ; aujourd’hui on dit radouber.

Ce mot vient du latin adaptare. Du Cange le dérive du mot. adobare, qui signifioit autrefois, Armer. Voyez Adapter.

Adouber, vouloit dire autrefois, donner à un Chevalier, ou à un Soldat, les armes nécessaires, les habits, &c.

Se ne fussiez Chevaliers adoubés. Roman de Gaydon.
Là me fi-il Chevalier Adouber. Id.

Adouber. v. a. Terme de Jeu de Trictrac. Mettre en ordre une dame de son jeu qui est mal rangée, la ranger mieux, & comme elle doit être. Disponere, dirigere, ordinare. Quand il y a dans votre jeu une dame un peu dérangée, & que vous voulez la mieux ranger, il faut dire, avant que de la toucher, j’adoube ; sans quoi, si les dés jetés étoient à vous, on vous forceroit à jouer la dame que vous avez touchée. L. S.

On dit aussi j’adoube par précaution, quand on met la main sur une dame qu’on voudroit jouer, sans être encore bien déterminé, & pour lors on peut la jouer, ou ne la pas jouer.

On peut toucher le talon impunément, & sans dire, j’adoube, excepté lorsqu’il n’y a plus qu’une dame. De même celui qui n’a pas jeté les dés, peut toucher son bois sans conséquence, quand même il seroit battu à faux, & qu’il n’auroit pas marqué ; il le peut faire tant qu’il n’a pas jeté les dés. Id.

☞ On dit aussi ]’adoube aux Echecs quand on touche une pièce pour l’arranger & non pour la jouer.

Adoubeur. Vieux s. m. Celui qui ajuste, qui raccommode. Ch. Est. Concinnator.

☞ ADOUCIR. v. a. rendre doux, moins âcre, moins rude ou moins amer, &c. Temperare, rem aliquam dulcem efficere, mollire. Conj. J’adoucis, j’adoucissois, j’adoucirai. Adoucir l’acide du ciron avec le sucre. Adoucir l’eau de la mer. Adoucir l’âcreté du sang. Acad. Fr.

☞ On dit figurément adoucir la voix, qui signifie parler d’un ton moins aigre ou moins, élevé. Adoucir une expression, c’est-à-dire, la corriger, en se servant de termes moins durs & plus convenables. Acad. Fr.

☞ On dit que la pluie adoucit le temps, pour dire, qu’elle le rend moins froid. Id.

Adoucir, signifie encore dans un sens figuré, rendre moins fâcheux & plus supportable. Cela adoucira un peu votre mal. Adoucir l’ennui, le chagrin, &c. Levare. On dit aussi adoucir l’humeur, le caractère. Acad. Fr. On dit encore adoucir & apprivoiser les lions & les tigres mêmes. Ablanc.

Adoucir, se dit parlant des règles, des constitutions, d’une maison, d’un ordre Religieux, &c. Mitigare, lenire. Dans ce sens il a beaucoup d’analogie avec mitiger. Cependant le premier signifie diminuer la rigueur d’une règle, par la dispense d’une partie de ce qu’elle prescrit & par la tolérance des légères inobservations ; il n’a rapport qu’aux choses passagères & particulières. Ainsi adoucir une règle dépend de la facilité ou de la bonté d’un Supérieur. Mitiger une règle, c’est en diminuer la rigueur par la réforme de ce qu’elle a de rude ou de trop difficile. Mitiger dans ce sens est l’effet de la réunion des volontés ou de la convention des membres d’un Corps ; ou de la loi d’un maître, selon le gouvernement. Adoucir & Mitiger ont encore une légère différence. Exemple, on adoucit les peines d’un ami : on mitige le châtiment d’un coupable.

Il se dit aussi avec le pronom personnel, & signifie, devenir plus doux. Mitescere. L’hiver s’est adouci ; le froid est moins âpre, & moins violent. Le dépit de ne posséder pas les richesses, se console et s’adoucit, par le mépris que l’on a pour ceux qui les possédent. Rochef. Les haines & les inimitiés s’adoucissent par le temps. Du R. Il n’y a personne si sauvage, qui ne se puisse adoucir. Dac. La fièvre s’adoucit par l’abstinence & le repos.

Adoucir. Terme de Peinture. C’est mêler ou fondre deux on plusieurs couleurs ensemble avec le pinceau, de façon que le passage de l’une à l’autre paroisse insensible. On adoucit aussi les desseins lavés & faits avec la plume, en affoiblissant la teinte ; c’est-à-dire, en rendant ses extrémités moins noires. L’on adoucit encore les traits d’un visage en les marquant moins, en les rendant moins rudes.

Adoucir. Terme de Manufactures de Glaces. On l’entend de la première façon qui se donne aux Glaces brutes, en les usant & frottant les unes contre les autres avec du grès, du sable ou de l’émeri, pour les polir & les rendre transparentes. On dit quelquefois dégrossir, mais le vrai terme de l’art est adoucir.

On appelle l’Atelier de l’Adouci, le lieu où on leur