Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/158

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Affaire, se dit aussi quelquefois de la fortune, de l’état des biens d’une personne. Maintenant que les affaires du genre humain sont déplorées, & sans ressource, mettons Caton en sûreté. Bouh. La plupart des gens ne se mêlent des affaires d’autrui, que pour mieux faire leurs propres affaires. S. Evr. Grâces à Dieu, les affaires vont bien. Ce bourgeois est fort bien dans ses affaires ; c’est-à-dire, qu’il a du bien, qu’il n’a point d’affaires mauvaises, ni embrouillées, que les affaires sont en bon état.

Affaire, se dit encore du talent particulier qu’on a pour certaines choses. C’étoit l’affaire de Molière de jouer les Bigots, & les Médecins. C’étoit l’affaire de M. de la Bruyère de nous caractériser les mœurs de ce siècle. C’étoit l’affaire de Lucien de se moquer des Dieux. C’étoit l’affaire de la Fontaine de tourner un conte en vers.

On dit, avoir affaire à quelqu’un ; pour dire, avoir à lui parler, avoir quelque chose à traiter avec lui. J’ai affaire à lui. Nous n’avons point d’affaire ensemble. Un marchand a affaire à tout le monde.

On dit aussi, avoir affaire à quelqu’un ; pour dire, avoir quelque contestation, quelque démêlé avec quelqu’un. Il a affaire à un terrible homme. Il faut prendre garde à qui on a affaire. Si vous l’attaquez, vous aurez affaire à moi. Je n’avois point affaire à de la cavalerie. Bussi. Dans ce sens on se sert plutôt du verbe Faire, & l’on écrit, vous aurez à faire à moi.

Affaire, signifie aussi, devoir. Partes, munus, officium. Ce n’est point mon affaire ; pour dire, cela n’est point de mon devoir, cela ne me regarde pas. Qu’avoit il affaire d’aller porter cette nouvelle ? pour dire, cela étoit-il de son devoir ?

Affaire, signifie encore, besoin. Opus, avec le verbe sum, ou habeo. Je n’ai point affaire de vos conseils. Qu’ai-je affaire de toutes ces querelles ? Acad. Fr. Qu’ai-je affaire de me fatiguer des pensées de la mort pour la recevoir constamment ? Je mourrai peut-être sans y penser. Nic. En ce sens on dit par ironie, j’ai bien affaire de cet homme-là ; pour dire, je ne me soucie guère de lui, je n’ai pas besoin de son service.

Affaire, signifie encore, maladie dangereuse. Morbus gravis, periculosus. Tirer un malade d’affaire ; pour dire, le guérir. Je me suis tiré d’affaire en faisant diète. J’ai vu notre malade, les affaires sont faites ; pour dire, il n’en peut revenir, il faut qu’il meure.

Affaire, se dit aussi de ce qui donne beaucoup d’embarras, de peine, d’inquiétude. Cura, sollicitudo. La mort de son patron lui donnera beaucoup d’affaires, le fera bien courir. Un homme sage ne se veut point faire d’affaires. Il y a des gens qui se font des affaires de gaieté de cœur. Je lui ai fait une fâcheuse affaire, sans y penser. Cet homme vous donnera bien des affaires. On dit dans le style familier, avoir des affaires par-dessus la tête ; pour dire, avoir beaucoup d’affaires, beaucoup d’embarras.

Affaire, se dit aussi d’un grand dessein, d’une entreprise. Consilium. D’un grand coup, d’un accident particulier. Casus, eventus. L’entreprise du canal de Languedoc a été une grande affaire. La mort du Général ennemi est une grande affaire, un coup fort avantageux, très important.

Affaire, se dit particulièrement des procès, & de tout ce qui se traite en quelque Juridiction que ce soit, tant en matière civile, qu’en matière criminelle. Lis, causa, controversia. Il y a une grande affaire au Conseil, au Parlement. C’est une affaire de grande & de longue discussion. Celui qui n’entend point les affaires, ne doit point se mêler de plaider. Ce Procureur, cet Avocat, ce Juge, ont beaucoup d’affaires ; pour dire, ont beaucoup de procès à instruire, de causes à plaider, d’instances à juger. Les affaires ne finissent point maintenant. On ne sauroit sortir d’affaires, vider l’affaire, terminer une affaire avec ce chicaneur. Mon affaire va bien. Il s’est bien démêle de cette affaire. Voilà le nœud de l’affaire, la difficulté du procès. On le dit aussi en d’autres matières. Cette affaire est bien embrouillée, bien compliquée. En ce sens on appelle un homme d’affaires, celui qui fait les affaires d’une maison : un solliciteur à gages, celui qui a soin des affaires domestiques d’un Seigneur. Le droit civil accorde une action à celui qui a manié les affaires d’autrui, même sans commission, du moins pour ce qu’il a fait utilement.

On appelle Gens d’affaires, intéressés dans les affaires, les Financiers, les Traitans & Partisans qui prennent les Fermes du Roi, ou le soin du recouvrement des impositions qu’il fait sur les peuples. Publicani, vectigalium redemptores. La Chambre de Justice est établie pour la recherche des malversations des gens d’affaires. Toutes leurs contraintes portent cette clause, comme pour les propres deniers & affaires de Sa Majesté.

☞ Ce terme s’applique encore à tout ce qu’on a à discuter, à démêler avec quelqu’un. Affaire d’honneur. Affaire d’intérêt. Se tirer d’affaire avec honneur. Ou lui a fait une mauvaise affaire dont il s’est tiré fort adroitement.

Affaire, se dit aussi des querelles, des combats, des différens, des brouilleries. Rixa, jurgium, contentio. Ne vous faites point d’affaires avec cet homme-là, il a la mine de vous mal mener. Scar. L’inquiétude des esprits vifs suscite partout des affaires. P. Gail. Cette plaisanterie lui a fait une affaire avec un de ses bons amis.

Affaire, se dit aussi des divertissemens. Oblectamenta voluptatis. Cet homme a tous les jours quelque affaire de plaisir ; pour dire, quelque partie pour se divertir.

Affaire, signifie quelquefois la même chose qu’intrigue amoureuse.

On dit, qu’un homme a affaire à une femme, ou une femme à un homme ; pour dire, qu’ils ont commerce ensemble, de même qu’en latin Res. Rem habere cum muliere.

Affaire, est quelquefois synonyme de duel. Ce jeune homme a eu affaire avec un de ses camarades, & l’a tué.

☞ On le dit aussi des actions de guerre, des siéges, des batailles, des combats. On dit qu’un homme s’est bien montré dans une affaire, qu’il a vu bien des affaires ; que l’affaire a été longtemps disputée, qu’elle a été décisive.

On dit ironiquement à un homme, que ses affaires sont faites ; pour dire, qu’il ne doit plus rien espérer, qu’il n’a plus rien à prétendre. Acad. Fr.

Affaires, signifie quelquefois, dettes, embarras. Debitum, æs alienum. C’est un homme qui a beaucoup d’affaires, de dettes. Ce marchand met ordre à ses affaires, a payé ses dettes.

Affaire, se dit aussi des choses qui nous conviennent. Il cherche un bon cheval, j’ai son affaire. Conveniens. Ce valet est son affaire. Ce mot est du style familier en ce sens.

Si feu mon pauvre père
Etoit encor vivant, c’était bien votre affaire.
Racine.

Affaire, signifie aussi, marché, traité, convention. Pactum, Conventio. J’ai fait affaire avec un tel, au sujet de la maison, par rapport à sa charge. Je vous donne ma parole, c’est une affaire faite.

En termes de Fauconnerie, on dit qu’un oiseau est de bonne affaire, qu’on l’a rendu de bonne affaire, quand on l’a bien affaité, bien dressé à la volerie.

☞ On dit familièrement aller à ses affaires, faire ses affaires ; pour dire aller à la garde-robe, satisfaire aux besoins de la nature. Latrinam petere. Exonerare ventrem.

☞ Chez le Roi, chaise d’affaires, la chaise percée, & brevet d’affaires, un brevet qui donne permission d’entrer dans l’endroit où est le Roi sur sa chaise d’affaires.

Affaire, se dit proverbialement en ces phrases:Chacun fait ses affaires, ou du moins doit les savoir ; & absolument, qu’un homme fait ses affaires, quand il conduit ses affaires avec prudence. On dit d’un homme, que ses affaires sont faites ; pour dire, qu’il est perdu, qu’il est ruiné, ou qu’il ne doit plus prétendre à quelque chose. On dit, que les affaires font les hommes; pour dire, que le travail donne des connoissances &