Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/159

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rend habile. On dit, qu’il n’est point de petite affaire ; pour dire, que le moindre ennemi peut donner beaucoup de peine. On dit, Dieu nous garde d’un homme qui n’a qu’une affaire ; parce qu’un homme qui n’a qu’une seule chose à faire, en est ordinairement si occupé, qu’il en fatigue tout le monde. On dit, avoir affaire à la veuve & aux héritiers ; pour dire, qu’on a beaucoup d’affaires. On dit aussi, avoir affaire à forte partie ; pour dire qu’on n’a rien à négliger, & que l’on sera bien heureux si l’on se tire d’embarras. On dit, que ceux qui n’ont point d’affaires s’en font ; pour dire, que les hommes sont inquiets, & se lassent d’être oisifs & sans agir. On dit, à demain les affaires ; pour dire qu’il ne faut plus penser qu’à se divertir. On dit ironiquement, qu’un homme a fait une belle affaire ; pour dire, qu’il s’est trompé, qu’elle est ruineuse. C’est une autre affaire, c’est une affaire à part ; pour dire, qu’il ne faut pas confondre les choses. Les poëtes ont feint que les Fées avoient cent yeux hors de leur maison, & que dedans, elles étoient aveugles. Nous ne voyons rien dans nos affaires, & cependant nous voulons voir clair dans celles des autres. De Roch.

☞ AFFAIRÉ, ÉE. adj. Ce terme qui n’est que du style familier, se dit d’un homme qui a beaucoup d’affaires, qui est chargé d’affaires. Negotiosus. Il y a des gens si affairés, qu’ils n’ont pas le temps de respirer. Il fait l’affairé.

Et sans aucune affaire est toujours affairé

AFFAISSEMENT. s. m. C’est l’abaissement de quelque chose, causé par son propre poids, par sa propre pesanteur, ou par quelque force extérieure. Depressio, Sedimentum. L’affaissement de la terre en cet endroit est fort considérable.

Affaissement, en jardinage, se dit du fumier qu’on empile, & qui s’affaisse après avoir été dressé, si on n’a pas soin de le fouler. On le dit de même des terres nouvellement rapportées, qui s’abaissent quelque temps après, soit par leur propre poids, soit par les pluies qui les pénétrent.

Affaissement, se dit en Médecine pour désigner l’état des vaisseaux, qui perdent leur ressort, & diminuent de diamètre. Les Vocabulistes appellent cela l’inanition & la distention des vaisseaux qui perdent leurs cavités, cela n’est ni clair, ni vrai, ni bien dit.

AFFAISSER. v. a. C’est faire que des choses que l’on met les unes sur les autres, s’abaissent, se foulent, & tiennent moins d’espace en hauteur. Deprimere, stipare. Les pluies affaissent les terres.

☞ On le dit encore pour faire ployer, faire courber sous le faix. Une trop grande charge a affaissé ce plancher.

Affaisser, se dit aussi avec le pronom personnel, & signifie, s’abaisser par son propre poids, ou par quelque force ou impression extérieure. Perdre son niveau. Sidere. Les fortifications de terre s’affaissent sensiblement. Ce mur commence à s’affaisser. Il n’y a guère de planchers qui conservent toujours le niveau, & qui ne s’affaissent avec le temps. Les montagnes s’affaissent quelquefois. Un bâtiment s’affaisse lorsque étant fondé sur un terrain de mauvaise consistance, son poids le fait baisser, ou lorsqu’étant vieux, il menace ruine. En termes de Jardinage, on dit, cette terre, ou cette couche s’est affaissée. La terre s’est affaissée en quelques endroits, & a bouché les entrées d’une partie de ces caves qui se sont rendu célébres sous le nom de catacombes. Misson, let. 28.

On dit figurément d’un vieillard qui se courbe, qu’il s’affaisse, qu’il commence à s’affaisser sous le poids des ans.

AFFAISSÉ, ÉE. part. Qui s’est abaissé, qui occupe moins d’espace en hauteur. Depressus.

AFFAITAGE. s. m. Terme de Fauconnerie. Soin qu’on prend pour affaiter, ou pour bien dresser un oiseau de proie. Cura cicurandi accipitris. Il faut bien du soin & de l’industrie pour réussir à l’affaitage d’un oiseau. Les effets de l’affaitage sont tout-à-fait merveilleux, puisqu’il fait que l’oiseau naturellement farouche, fier, fantasque & passionné pour sa liberté, la quitte néanmoins au premier rappel du Fauconnier, & abandonne l’air où il vole, pour se rendre volontairement esclave.

AFFAITEMENT. s. m. Voyez Enfaîtement.

AFFAÎTER. v. a. Raccommoder le faîte d’une couverture, y mettre des faîtières. Tecti fastigium reficere. Voyez aussi Enfaîter. Affaîter se dit peu.

AFFAITER. v. a. Terme de Fauconnerie, qui se dit en parlant des oiseaux sauvages qu’on apprivoise, qu’on rend familiers & doux, qu’on assure pour revenir sur le poing, ou au leurre. Cicurare, mansuefacere, erudire. C’est aussi l’introduire au vol, le curer, le traiter, r’habiller ses pennes, le tenir en santé, & le rendre de bonne affaire. Curare. On affaite l’oiseau en le portant d’ordinaire sur le poing ; en le découvrant souvent pour lui faire voir toutes sortes d’objets ; en se faisant connoître à la voix, au visage ; en le caressant de toutes les manières, & en se rendant fort doux à son égard, & patient à souffrir toutes les mauvaises humeurs.

Affaiter des peaux. Terme de Tanneur. C’est les façonner à la tannerie. Coria, pelles effingere, perficere.

AFFAITÉ, ÉE. part.

AFFAITIER, & AFAITIER. v. a. qui vouloit dire autrefois, instruire, rendre habile en quelque science.

Car de plusieurs langages s’estoit fait affaitier.

Rom. de la Rose.

Affaitier, signifioit aussi, raccommoder. Et lui demandez de ce cuir qu’il emporte, & vous dira qu’il en veut ses soliers affaitier, quand ils seroient dépéciés. Merl.

AFFAITIÉ. part. & adj. Appris, instruit. Jean li Nivelois fut moult bien affaitié.

AFFALE. Terme de Marine, c’est le commandement aux gens de mer pour faire baisser quelque manœuvre. Deprime.

☞ On l’emploie aussi pour faire agir les Matelots, pour toucher les garants d’une Caliorne ou gros Palan, dans lesquels le frottement est si considérable, qu’ils ne sont pas assez courans d’eux-mêmes. On l’emploie encore pour abaisser les itagues, les cargues des basses voiles, afin que la toile tombe plus facilement.

AFFALÉ, adj. & part. Terme de Marine qui se dit d’un vaisseau qui est arrêté sur la côte, qui ne peut s’élever, ni courir au large par trop, ou trop peu de vent : ou que le vent ou les courans forcent à se tenir près de terre. Navis coacta littus radere.

AFFALER. terme de marine, v. a. Se dit en général, pour dire, abaisser. Deprimere. Il faut affaler cette manœuvre, cette poulie, c’est-à-dire, il faut abaisser.

AFFAMER. v. a. Faire souffrir la faim, causer la faim en retranchant ou en coupant les vivres. Famem inferre.

☞ AFFAMER une ville, une place, une province. On affame une ville assiégée, en lui coupant les vivres par un blocus. On affame souvent les provinces par un transport mal entendu des blés. On affame quelqu’un en lui donnant trop peu à manger.

☞ On dit figurément d’un grand mangeur, qu’il affame tous les convives, qu’il affame toute une table ; pour faire entendre qu’il mange tout, qu’il ne laisse rien aux autres.

Affamer, se dit aussi figurément dans ces phrases.

Affamer son écriture, la rendre trop déliée, trop maigre.

Affamer un habit, un ameublement, y épargner trop l’étoffe. Acad. Fr. Dans ce sens il se dit plus ordinairement au participe, que je crois même peu usité. Écriture affamée, habit affamé, me paroît une expression tirée par les cheveux.

AFFAMÉ, ÉE. part. Famelicus, fame pressus. Il est cruel comme un loup affamé, pressé de la faim.

Affamé, se dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie, une personne qui désire ardemment quelque chose, qui a une passion extrême d’en jouir. Cupidus, incensus, inflammatus fludio alicujus rei. Ce Prince est affamé de gloire. Cet homme est affamé de nouvelles. Il est affamé d’argent. Pensez-vous que ce soit un homme affamé de femmes ? Mol. Ce