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médite, & les affections regardent la volonté, & les élancemens de l’ame vers Dieu. En ce sens ce mot se dit le plus souvent au pluriel.

Affection, se dit aussi chez les Philosophes, des qualités des choses, & des divers changemens qui leur arrivent. Affectio. On a trouvé l’art d’observer, par le Thermomètre, toutes les différentes affections de l’air. Roh.

☞ On distingue les affections en affections du corps & en affections de l’ame. Les affections du corps sont certaines modifications qui sont occasionnées par le mouvement, en vertu duquel un corps est disposé de telle ou telle manière.

☞ Les affections de l’ame, sont ce qu’on appelle plus ordinairement passion.

Affection, se peut prendre en général pour l’impression que les êtres qui sont ou au-dedans de nous, ou hors de nous, exercent sur notre ame. Mais ce mot se prend plus communément pour le sentiment agréable ou désagréable que les objets occasionnent en nous.

Affection, se disoit autrefois en Géométrie, dans le même sens que propriété. Cette courbe a telle affection, c’est-à-dire, telle propriété.

Affection, en termes de Médecine, signifie une impression fâcheuse dans toute l’habitude du corps, ou dans quelqu’une de ses parties. Affection mélancolique. Affection hystérique. Acad. Fr.

Affection hypocondriaque. Maladie des Hypocondres, qui cause divers accidens fâcheux. Voyez Hypocondriaque.

AFFECTIONNÉMENT. adv. Avec affection. Studiosè, propenso animo. Ce mot ne se dit plus, & l’usage y a substitué, affectueusement.

AFFECTIONNER. v. a. Avoir de l’affection pour quelque chose, ou pour quelque personne. Amare. Le mot d’affectionner ne se doit jamais dire en ce sens de l’inférieur au supérieur, & rarement d’égal à égal. Le Sur-Intendant Bullion ne parle pas juste, en répondant aux Cordeliers qui lui demandoient à quel Saint il vouloit dédier une Chapelle : Hélas ! ils me sont tous indifférens, je n’en affectionne aucun. Bouh.

Affectionner, signifie aussi, s’intéresser pour quelque chose. Studere alicui rei, propendere in aliquid, vel in aliquem. C’est une affaire que j’affectionne, à laquelle je m’intéresse avec chaleur.

Affectionner, signifie encore, attacher les personnes à quelque sujet, les y intéresser par quelque chose qui touche, qui émeut, qui entraîne, & donne du plaisir. Afficere. Cela se dit particulièrement des auteurs de pièces dramatiques & de nouvelles historiques, qui doivent faire tous leurs efforts pour affectionner les spectateurs, & les lecteurs, à leurs principaux personnages. Je n’ai jamais vû une histoire plus languissante ; en la lisant on ne prend parti pour personne, & l’Auteur n’affectionne à rien. M. Scud.

s’Affectionner à quelque chose, c’est s’y attacher fortement, s’y appliquer avec ardeur & avec affection. Il faut s’affectionner à son métier pour y réussir. Il y a des Ecrivains qui s’attachent plus qu’il ne faut à finir certains endroits de leurs discours, auxquels ils s’affectionnent. Bouh. Il s’affectionna tellement à la solitude, qu’il cherchoit le silence des forêts. Id.

AFFECTIONNÉ, ÉE. part. Qui a de l’affection, de l’amour, de la bonne volonté pour quelqu’un. Benevolus, studiosus. ☞ Quoique ce nom ait une terminaison passive, il signifie pourtant une action. Ce qui n’est pas extraordinaire dans notre langue. On finit les lettres par cette formule : Votre très-humble & très-affectionné serviteur. On a usé de cette formule différemment selon les temps & les personnes. On s’en est servi long-temps en écrivant aux personnes de la première qualité : & même M. d’Urfé en a usé dans la souscription de l’Epître dédicatoire de son Astrée au Roi en l’année 1620. Il y en a grand nombre d’exemples. Mais depuis on s’est rendu plus délicat, & on a mis au lieu d’affectionné, le mot d’obéissant, à ceux qui avoient la moindre élévation, ou à qui on vouloit faire civilité : ensorte que le terme de très-affectionné, ne s’écrit que de supérieur à inférieur ; & il faut être fort au-dessus de celui à qui on écrit, ou être incivil ou mal-instruit de l’usage, pour lui donner du très-affectionné. On a retranché le superlatif en écrivant aux inférieurs ; & toujours en diminuant, on a dit votre affectionné à vous servir, en écrivant à quelque paysan ou artisan ; & enfin, votre affectionné à vous rendre service, quand un grand Seigneur écrivoit à un domestique, ou à quelqu’un de sa dépendance.

AFFECTUEUSEMENT. adv. D’une manière affectueuse. Amanter, benevolè, studiosè.

AFFECTUEUX, EUSE. adj. Qui marque, qui témoigne beaucoup d’affection. Amoris & benevolentiæ plenus. Un compliment affectueux, des prières très-affectueuses. Affectueux, se dit encore des pièces d’éloquence, qui excitent & qui remuent les passions. Affectuum movendorum potens. Un Orateur doit remplir les peroraisons de mouvemens affectueux. On dit de même, Orateur pathétique & affectueux. Ces mots viennent d’Afficio, afficior, affectus.

AFFÉRENTE. adj. f. Terme de Palais, qui se dit en cette phrase : il faut partager cette succession en trois lots, afin que chacun en ait sa part afférente ; pour dire, qui lui doit échoir ou appartenir.

AFFÉRIR. v. n. Vieux mot. Appartenir. On a dit, ce qui lui affiert ; pour dire, ce qui lui convient.

AFFERMER. v. a. Donner, ou prendre à ferme quelque terre, quelques droits pour un certain temps, & moyennant certain prix. Locare, vel conducere, redimere. Il a affermé sa seigneurie pour neuf ans. Ce Traitant a affermé les Gabelles, le Fermier qui a affermé cette métairie n’y peut pas vivre. Les Greffes s’afferment, parce qu’ils sont domaniaux. Quand on afferme quelque terre au-delà de neuf ans, c’est une espèce d’aliénation. Remarquez que ce nom se dit aussi-bien de celui qui donne, que de celui qui prend à ferme.

AFFERMÉ, ÉE. part. Locatus, conductus.

AFFERMIR. v. a. Rendre ferme & stable. Solidare, firmare. Il faut affermir une voûte par de bons arcs-boutans. Affermir un plancher. Voyez Ferme.

Affermir, signifie aussi, rendre ferme & consistant ce qui étoit mou. Le vin affermit le poisson. La gelée affermit les chemins. Dans ce sens on dit mieux raffermir. Acad. Fr.

Affermir, signifie encore, dans un sens figuré, rendre plus stable, plus assuré, plus inébranlable. Stabilire, confirmare, asserere. Cela n’a servi qu’à affermir notre amitié. Ablanc. Brutus affermit la liberté des citoyens. Cela vous doit affermir davantage dans votre opinion. La Philosophie affermit le courage. La victoire affermit un Prince sur son trône. La grâce affermit les fidèles dans la foi. On tire de l’Ecriture Sainte une consolation qui affermit l’espérance des biens avenir. Port R. L’approbation affermit, & fortifie les hommes dans l’idée qu’ils ont de leur propre excellence. Nicol.

Affermir, se dit aussi en ce sens avec le pronom personnel, & signifie, se rendre plus ferme, plus assuré, plus inébranlable ; & il se dit dans le propre & dans le figuré. Firmari, solidescere, roborari, stabilire se. ☞ Au propre. Les terres s’affermissent par la gelée. Le poisson s’affermit en cuisant. Au figuré, &c. Aimer à s’affermir dans l’attente des biens éternels. Port-R. Le courage des fidèles s’affermit à la vûe des périls. S’affermir dans ses connoissances. Ablanc. Il s’affermit dans la mauvaise voie. Port-R.

Affermir, la bouche d’un cheval, l’affermir dans la main & sur les hanches. Termes de Manège. C’est continuer les leçons qu’on lui a données, pour qu’il s’accoutume à l’effet de la bride, & à avoir les hanches basses. Voyez Assurer. Encyc.

AFFERMI, IE. part. Stabilitus, solidatus, firmatus, roboratus, assertus, &c. Au figuré : L’ame demeure bien affermie sans être sujète à ces incertitudes qui rendent sa foi chancelante. Bourdal. Exh. t. I p. 128.

AFFERMISSEMENT. s. m. Action qui affermit quelque chose. État d’une chose affermie. Stabilimentum, firmamentum, confirmatio, stabilimen. L’entrait ou le tirant, sert à l’affermisement d’une ferme de charpente. Il n’est guère d’usage au propre. On dit au fi-