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guré, l’affermissement d’un Etat. L’amour des peuples envers le Prince, est l’affermissement de son empire. Mon Dieu, vous êtes le seul soutien & le seul affermissement des ames. Arn. La grâce est admirable d’avoir fait de la crainte, dont le propre est d’ébranler, l’affermissement de toutes les vertus. Bourdal. Exh. t. I. p. 446. Dans ce sens il désigne la confirmation dans un bon état.

AFFÉTÉ, ÉE. adj. Qui affecte trop de plaire par des manières de parler ou d’agir, qui ont un air de coquetterie. Affectator, Confectatrix. Fille affétée. C’est une petite affétée : elle ne seroit point désagréable, si elle n’étoit point affétée. Acad. Fr. Ce mot se dit aussi des choses qui sont faites avec affectation, & qui ne sont pas naturelles. Affectatus. Cet homme est ridicule. Avec son langage affété, sa mine affétée.

Je laisse aux doucereux ce langage affété,
Où s’endort un esprit de mollesse hébété. Boil.

AFFÉTERIE. s. f. Les paroles & les actions d’une personne affétée ; certaines manières étudiées & pleines d’affectation qui marquent un désir de plaire. Affectatio, consectatio nimiæ concinnitatis. Afféterie pure, ridicule, dégoûtante, ennuyeuse. Poppée, la plus spirituelle & la plus belle dame de son temps, prit d’abord Néron par ses afféteries & par ses caresses. Ablanc. Elle le voulut porter par ses afféteries & par ses caresses à des choses honteuses. Id. Il n’y a rien de plus insupportable que les afféteries d’une coquette ou d’une précieuse. Voy. Affectation.

AFFETTUOSO. Terme de Musique, emprunté de l’Italien, qui marque qu’un morceau doit être joué ou chanté affectueusement, lentement, tendrement.

AFFEURER, ou AFFORER. v. a. Terme de coutume. C’est mettre le prix ou le taux aux denrées. Annonæ pretium dicere, rei venali pretium slatuere. C’est à la Police qu’il appartient d’affeurer les denrées.

AFFEURAGE. s. m. Prix que l’on met aux denrées. Droit d’affeurage. Æstimatio venalium. Voyez aussi Afforage.

AFFICHE. s. f. Placard attaché en lieu public, pour rendre une chose connue à tout le monde. Libellus publicè affixus. Affiche de Comédie.

Au Palais, on nomme affiches, les proclamations que l’on attache aux places publiques, pour procéder à un bail judiciaire. Tabula publicè proposita. De même on appelle l’affiche de quarantaine, de quinzaine, celles qui se font avant l’interposition du décret ; & tout cela pour avertir les créanciers de faire trouver des enchérisseurs. La première affiche doit contenir une enchère. Ces deux affiches doivent être publiées au Prône, & apposées aux portes des Eglises, & autres lieux publics. En matière criminelle, on donne assignation à l’accusé par affiche à la porte de l’Auditoire.

Affiche, en termes de Collège, est une solennité que font les Ecoliers, où ils exposent leurs compositions au jugement les uns des autres. Solemnes litterariarum lucubrationum proscriptiones. Elles sont écrites dans des images, ou cartouches, qui ont divers ornemens. On propose des énigmes & des prix à ceux qui les expliqueront pendant les affiches. Ce mot en ce sens ne se dit jamais qu’au pluriel. Les affiches sont d’une grande utilité pour donner de l’émulation aux Ecoliers. Il se dit au singulier, quand il se prend en particulier pour une de ces images ou cartouches dans lesquels chacun écrit sa composition. Mon affiche de prose n’a point été piquée. J’ai repris ou piqué un solécisme dans ton affiche de vers. L’affiche grecque d’un tel a été déchirée. Les Ecoliers le disent aussi de l’ouvrage qu’ils écrivent dans le cartouche : J’ai fait mon affiche de vers, elle est sans faute ; mais je n’ai pas encore achevé l’affiche du Grec. Il n’y avoit que les Jésuites qui fissent de ces sortes d’affiches.

Affiche. Terme de Finance & appliqué aux Fermes. C’est une feuille écrite ou imprimée, qu’on met dans les carrefours ou autres lieux, pour avertir le public du jour qu’on doit faire les publications, les enchères & les adjudications des fermes.

Les affiches sont aussi anciennes, & l’on peut certainement ajouter autant & plus nécessaires, que les publications, pour instruire le public des loix qu’il doit observer. Tous les peuples qui ont acquis le plus de réputation par la sagesse de leur gouvernement, ont suivi cette méthode des affiches, pour rendre leurs loix publiques. Les Grecs les écrivoient sur des rouleaux de bois plus longs que larges, & les exposoient dans les places publiques. Ils nommoient ces rouleaux, selon Aristote, Cyrbes. D’autres disent que ce nom n’étoit donné qu’aux tables qui contenoient les loix des Sacrifices, & qu’ils nommoient Axones les autres tables. Les Romains affichoient leurs loix gravées sur des tables d’airain. Cet usage passa dans les Gaules avec la domination des Romains. Il fut conservé par nos Rois après leurs conquêtes. François I. le confirma par son édit du mois de Novembre 1539. De la Marre.

Affiche. Terme de maîtres Pêcheurs. C’est un des engins dont ils se servent, lorsqu’ils veulent aller tendre leur verveux. L’affiche est une sorte pointe de fer d’environ deux pieds de longueur, emmanchée d’une perche de dix ou douze pieds. On s’en sert pour arrêter le bateau, en la fichant & enfonçant profondément dans le sable ou la vase de la rivière. Elle est différente du croc.

Affiche de Paris. On appelle ainsi une feuille qui paroît toutes les semaines, dans laquelle on annonce les biens à vendre ou à louer, les nouvelles découvertes, les spectacles, le cours & le change des effets commerçables, &c.

AFFICHER. v. a. Attacher un placard, un écrit dans quelque lieu, pour avertir le public de quelque chose. Libellum, Tabulam, proscribere, figere, affigere. Cet édit, ce règlement a été lû, publié & affiché en tous les lieux ordinaires, afin que personne n’en prétende cause d’ignorance. On affiche les Livres nouvellement imprimés pour les faire connoître. On dit encore en badinant, de quand on menace de rendre la chose publique, qu’on la fera afficher. Le droit de faire publier & de faire afficher, n’appartient en chaque ville, qu’au Juge qui a la juridiction ordinaire, & le territoire. Lors même que dans une ville il y a plusieurs Juges ordinaires, ce droit de faire publier & afficher, n’appartient qu’au premier & principal Magistrat de la ville, comme une suite & dépendance de la Police. Le Prévôt de Paris en est en possession de temps immémorial. De la Marre. Il rapporte les preuves de ce dernier article. Traité de la Police, L. I. Tit. xv. c. 2. On dit de même d’un Prédicateur qui annonce à la fin de ses sermons sur quoi il prêchera les jours suivans : il affiche ses sermons. Cette expression ne se dit que dans la conversation ; annoncer est mieux. Declarare, monere, præmonere.

On dit au fig. Afficher le bel esprit; pour dire, se donner pour bel esprit, vouloir passer pour bel esprit. Afficher sa honte, rendre publics des sentimens ou une action qui nous déshonorent.

☞ Il s’emploie aussi au réciproque, s’afficher pour bel esprit, pour impie. Dans ce sens il ne se prend guère qu’en mauvaise part. Un homme sensé ne s’affiche point.

Afficher. Terme de Cordonnier. C’est couper les extrémités du cuir, lorsqu’il est sur la forme. Afficher une paire de semelles. Afficher une paire d’empeignes.

AFFICHÉ, ÉE. part. Proscriptus.

AFFICHEUR. s. m. Celui qui affiche. Afficheur de Thèses, Afficheur de la Comédie.

AFFIDÉ, ÉE. adj. Celui en la foi, en la discrétion de qui on se confie. Celui ou celle à qui on donne sa confiance. Fidus, fidelis. Il faut toujours avoir un ami affidé qui soit sûr, à qui on puisse confier ses pensées. Il est aussi substantif. Il m’a fait dire par un de ses affidés, il n’est pas du style noble.

Affidés, ou Affidati. Les Affidés. C’est le nom des Académiciens de Pavie, dont la devise est un héron, avec l’étoile de Mercure, & pour âme ce mot latin, Utraque, felicitas, pour marquer, dit le P. Kirker, Œd. Egypt. T. I. p. 10, la félicité de l’action & de la