Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/168

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l’affluence des ruisseaux. Vaug. On dit aussi affluence de paroles, mais le plus souvent en mauvaise part. Verborum copia. Bon Dieu ! quelle affluence de paroles !

On dit encore ce mot figurément, d’une grande abondance de biens. Divitiarum copia. D’un grand concours de monde. Magnus hominum concursus, summa frequentia. Affluence de toutes sortes de biens. Grande affluence de peuple. Acad. Fr.

AFFLUENT, ENTE. adj. Il se dit d’une rivière qui tombe dans une autre. Affluens. On a expédié des Patentes pour rendre la Seine navigable jusqu’à sa source, & toutes les rivières y affluentes, tant au-dessus qu’au-dessous de Paris.

☞ Ce mot est employé dans la Physique moderne pour désigner la matière électrique qui vient de toutes parts au corps électrisé. Matière affluente, par opposition à la matière effluente. Voyez Aimant, Électricité.

Affluent. Suivant les Vocabulistes, est aussi un s. m. qui se dit du lieu où une rivière tombe dans une autre, comme confluent se dit d’un endroit où deux rivières se joignent. Je n’entends pas trop cette distinction. L’endroit où une rivière tombe dans une autre, se jette dans une autre, où deux rivières se joignent, mêlent leurs eaux, s’appelle confluent. A l’égard du mot affluent, je veux d’autres garans qu’eux.

☞ AFFLUER. v. n. Qui se dit au propre des eaux qui se rendent dans un même canal, dont le concours & la chute se font dans un même lieu. Plusieurs ruisseaux, plusieurs rivières affluent dans la Seine, dans la Loire. affluere.

☞ On le dit au figuré des choses qui arrivent en abondance, ou surviennent en grand nombre dans un même lieu. Toutes sortes de biens affluent dans cette maison. Les vivres affluoient dans le camp. Les écoliers affluent de toutes parts dans l’Université de Paris. Les étrangers affluent à Paris.

Ce mot, pris au figuré, déplaît à bien des gens, qui l’ont peut-être jugé trop rigoureusement. L’Acad. ne le condamne point.

☞ AFFOIBLIR. v. a. Rendre foible, diminuer les forces. Debilitare, frangere, infringere. La trop grande chaleur affoiblit le corps. Le vin pris avec excès affoiblit les nerfs. Un travail continu affoiblit la vue.

Affoiblir, dans les arts, c’est rendre plus foible, en ôtant de l’épaisseur ou de la grosseur. Debilitare, vim imminuere. A force de raboter une planche, on l'affoiblit. Les bois affoiblis exprès sont toisés de la grosseur de leur bossage, & comme s’il n’y avoit aucun cintre ni vide.

☞ On le dit également au figuré. Affoiblir le crédit & l’autorité de quelqu’un. La vieillesse affoiblit la mémoire. L’affectation, en matière de langage affoiblit la pensée.

Affoiblir les monnaies, c’est en diminuer le poids ou le titre. Pondus vimque imminuere. On affoiblit l’or, en le mettant dans l’eau-forte, en y mêlant de l’argent, du cuivre, de l’émeri. Lorsque le besoin de l’Etat le demandoit, le Roi pouvoit non-seulement lever de grosses sommes sur la fabrication des monnoies, mais même les affloiblir, c’est-à dire, en diminuer la bonté. C’est ce que nous apprend un plaidoyer fait en l’an 1304, par le Procureur-Général de Philippe le Bel, contre le Comte de Nevers qui avoit affaibli sa monnoie. Item abaissier & amenuiser la monnoie est privilége espécial au Roi de son droit royal, si que à lui appartient, & non à autre, & encor en un seul cas, c’est à savoir en nécessité, & lors ne vient pas le gãag ne conversit en son profit espécial, mais au profit & en la défense dau commun. le Blanc.

Affoiblir, est aussi neut. & signifie, devenir plus foible, plus débile, perdre de ses forces & de sa vigueur. Consenescere, debilitari, deficere. L’esprit affoiblit de plus en plus. Le parti affoiblit. Ablanc.

Affoiblir, est aussi réciproque, & signifie tout de même, devenir moins vigoureux, moins fort, s’abattre, se débiliter. Son corps & son esprit s’affoiblissent beaucoup. Son autorité s’affoiblit tous les jours.

AFFOIBLI, IE. part.

AFFOIBLISSANT, ANTE. adj. Qui affoiblit. Debilitans, infringens, imminuens. La saignée trop réitérée est un remède affoiblissant. Remèdes confortatifs. Remèdes affoiblissans.

AFFOIBLISSEMENT. s. m. Diminution de forces, diminution de vigueur : il se dit également bien dans le sens propre & dans le figuré. Debilitatio, infractio. Affoiblissement de corps. Affoiblissement d’esprit. La fleur de l’âge se passe, & la vigueur a ses affoiblissemens. Port-R. L’affoiblissement de la République de Rome est venu de la grandeur de ses citoyens. La vie austère produit l’affoiblissement des passions.

Affoiblissement, se dit particuliérement des monnoies. Charles VII. dans la grande nécessité de ses affaires, poussa l’affoiblissement si loin, & leva un si gros droit sur les monnoies, qu’il retenoit les trois quarts d’un marc d’argent pour son droit de seigneuriage, & pour les frais de la fabrication. Le Blanc. Le peuple se ressouvenant des dommages infinis qu’il avoit reçus de l’affoiblissement des monnoies, & du fréquent changement du prix du marc d’or & d’argent, pria le Roi qu’il quittât ce droit, consentant qu’il imposât les Tailles & les Aides, ce qui fut accordé. Id. Une Ordonnance de Philippe le Bel, du mois de Mai 1295, porte que le Roi étant à Paris, ayant aucunement affoibli les monnoies en poids & loi, espérant encore les affoiblir pour subvenir à ses affaires, & connoissant être chargé en conscience du dommage qu’il avoit fait, & feroit porter à sa République pour raison de cet affoiblissement ; le Roi s’oblige par Charte authentique au peuple de son royaume, que, ses affaires passées, il remettra la monnoie en bon ordre & valeur à ses propres coûts & dépens, & portera la perte & tare sur lui. Boizard. Il y a encore une pareille Ordonnance du Roi Jean donnée à Paris le 28 Décembre 1355, rapportée par le même Auteur, Traité des Monn. Ch. 10. Voyez Empirance. Ce mot vient du primitif, foible.

☞ AFFOLIÉE. adj. f. Terme de Marine, plus ordinairement Affolée. Voyez ce mot.

AFFOLER. v. a. Rendre excessivement passionné, jusqu’à la folie. Impotentem cupiditatis alicujus motum ciere, excitare. Il n’est guère en usage que dans le style familier, badin & satyrique, encore n’est-ce ordinairement qu’au participe. C’est la beauté de sa femme qui l’a affolé. Il étoit tellement entêté de cette opinion, qu’il en étoit affolé ; c’est-à-dire, qu’il en avoit presque perdu l’esprit.

Autrefois ce mot signifioit, estropier, blesser. Affoler une jambe, la blesser. Ledare, sauciare. Affoler une femme enceinte, la faire avorter. Abortum prægnanti inferre, facere. En ce sens il est hors d’usage. En 1397, le Roi donna du bien à l’Hôpital de Saint Antoine de Rouen, pour y recueillir, dit le titre de donation, les malades & affolés de la maladie de mondit Seigneur Saint Antoine. Geogr. & Hist. de la haute Norm. t.2. p.69. Du Cange dérive ce mot de affolare, qui signifie, toucher légérement, flatter en badinant. Le Roman d’Aubery emploie ce mot en le prenant pour blesser. De Sarazins y et molt affolés. Cela est vieux.

AFFOLÉ, ÉE. part. & adj. Qui est si passionné, & si sensiblement touché de quelque passion, qu’il approche de la folie. Insaniens cupiditate. C’est un homme affolé de son amour-propre. C’est une femme affolée de sa propre beauté. Tout cela n’est bon que dans le style familier & comique.

En termes de Marine, on appelle une boussole, ou une aiguille affolée, celle qui est défectueuse, ou touchée d’un aimant qui ne l’anime pas, qui indique mal le Nord. Acus magnetica deficiens, aberrans à polo.

AFFOLEURE. s. f. Vieux mot, qui signifie blessure. Gravior læsio. Ce mot n’est plus en usage ; il vient d’affoler. Dans une Charte de l’an 1328, (elle est d’Odoard Seigneur de Ham) il est dit, sauf à icelui Seigneur le cas d’affoleure.

AFFOLIR. v. n. Devenir fou. In insaniam incidere. Cet homme affolit tous les jours. Il n’est point d’usage.

AFFONDER. Vieux mot, qui signifioit plonger, enfoncer dans l’eau.