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 S’il peut se plonge & affonde,
Souventefois en mer profonde. Ovide. Ms. cité par Borel.

AFFORAGE. s. m. Droit seigneurial qu’on paye au Seigneur, pour avoir permission de vendre du vin, ou autre liqueur dans son fief, & suivant la taxe qui en sera faite par ses officiers. Jus Dominii in vinum venale. Ragueau & du Cange en parlent.

Afforage, est aussi employé dans la dernière Ordonnance de la ville de Paris, du mois de Décembre 1672 ; pour dire, le prix d’une chose vénale fixé par autorité de Justice. Venalium æstimatio Judicis auctoritate facta. On ne peut vendre des vins étrangers, que le prix n’en ait été fixé par les Echevins, & qu’il n’en soit fait mention par l’acte d'afforage, comme il est porté au ch. 9 de la même Ordonnance. Pasquier témoigne que le mot d’affeurer, signifioit autrefois acheter, & qu’on disoit affeurer son cheval ; pour dire, l’acheter au feur, & au juste prix.

Ce mot vient du latin Afforare c’est-à-dire, Juxta foros & leges judicare. D’autres le dérivent de Fodrum, par une métaphore tirée de ceux qui étant obligés de payer au Seigneur une certaine quantité de feurre, ou de foarre, la faisoient estimer en argent à un certain prix.

AFFOUAGE. s. m. Droit de couper du bois dans une forêt pour sa famille. Du Cange. Jus cædendæ sylvæ domesticos in usus.

Ragueau dit plus particulièrement, le droit de prendre du bois dans une forêt pour son chauffage. Ce mot vient de ad, pour, & focus, feu, comme si l’on disoit, provision de bois pour son feu.

AFFOUAGEMENT. s. m. Est un état ou département qui se fait dans la Provence, & autres pays où les Tailles sont réelles, pour faciliter la levée des impositions qu’on fait sur la province, en réglant le nombre des feux de chaque paroisse ou communauté. Vectigalium descriptio. Environ l’an 1471 se fit le général affouagement, ou la quotité de feux pour l’imposition des tailles, par tous les Bailliages, Vigueries & Vallées de Provence ; auquel affouagement tous les biens possédés alors par les Ecclésiastiques, & par les Gentilshommes, furent déclarés nobles, & exempts de taille, & ceux que désormais les uns & les autres acquerroient, seroient sujets à la taille. Ce mot vient de fouage, qui vient de feu.

AFFOUGUER. v. a. Terme singulier pour exprimer les effets de la fougue & de la violence. ☞ Mettre en fougue. Les vents affouguent les mers.

☞ AFFOUGUÉ, ÉE. Violenté, mis en fougue. La mer affouguée. Garantir des roues à eau d’être affouguées par les vagues. Merc. d’Avr. 1727. Ce participe n’est pas plus usité que le verbe.

AFFOUIR en un lieu. Vieux mot, qui veut dire, se retirer d’un lieu en fuyant ailleurs. Confugere, secedere in aliquem locum.

AFFOURCHE. s. f. Terme de Marine. Ancre d’affourche, c’est une ancre mouillée de sorte que son cable fasse un angle, & comme une fourche avec le cable d’une autre ancre. Voyez Affourcher.

AFFOURCHER. v. a. Terme de Marine. C’est jeter une ancre à la mer dans une telle distance, que son cable fasse une manière de fourche avec le cable d’une première ancre qu’on y a déjà jetée. Ainsi on appelle ancre d’affourche, celle qui est jetée de cette sorte après la première. Ce mot vient de furca.

Affourcher en patte d’oie, c’est jeter trois ancres, de façon qu’il y en a deux qui travaillent ensemble du plus fort vent que l’on craint.

Affourcher à la voile, c’est porter l’ancre d’affourche avec le vaisseau, lorsqu’il est encore à la voile.

Affourcher. v. a. Passer un ruisseau ou autre chose en mettant un pied d’un côté & le second de l’autre. Ce mot n’est plus en usage, on dit Enjamber.

Affourcher. Terme de menuiserie, employé pour signifier un double assemblage de deux pièces de bois, avec une languette & rainure de l’un dans l’autre.

AFFOURCHÉ, ÉE. part. Vaisseau affourché sur ses ancres.

Affourché. adj. Monté sur une voiture, sur un animal, jambe deçà, jambe delà, comme un homme est à cheval. Vectus, equitans.

 Un jour un villageois sur son âne affourché,
Trouva par un ruisseau son passage bouché. Rouss.

AFFOURRAGEMENT, ou AFFOURAGEMENT. s. m. L’action d’affourrager. Pabuli præbitio. Passionis invectio.

AFFOURRER, ou AFFOURRAGER, ou AFFOURAGER. v. a. Donner du fourrage, de la paille aux moutons, ou à d’autres bestiaux. Ce mot vient de foarre, feurre, ou fourrage, & du latin far. Quelques-uns ont dit aussi affeurer : mais ce mot signifioit autrefois, mettre le prix aux denrées, d’où est venue la phrase, au feur & à mesure.

AFFOYS. Vieux mot, qui veut dire, promesses. Promissa.

☞ AFFRANCHI, IE. s. m. & f. Signifie proprement un homme mis en liberté. Libertus, Liberta.

☞ Dans le Droit Romain, c’étoit un nouveau citoyen devenu homme libre par l’affranchissement ou manumission. C’étoit le nom que l’on donnoit à l’acte par lequel un esclave étoit mis en liberté. Manumissio quo si dimissio de manu. Voyez ce' mot.

☞ Les Affranchis prenoient le nom & le prénom de leurs maîtres qu’ils joignoient à leur propre nom, & s’unissoient par-là, en quelque sorte, à leur famille. Un Affranchi étoit obligé à la reconnoissance envers son maître, non-seulement par la Loi naturelle, mais encore par la Loi civile, sous peine de rentrer dans la servitude.

☞ Ces nouveaux Citoyens étoient distribués dans les tribus de la ville qui étoient les moins honorables, très-rarement dans les tribus de la campagne.

☞ La condition d’Affranchi étoit comme mitoyenne entre celle des Citoyens par droit de naissance & celle des esclaves ; plus libre que celle-ci ; moins indépendante que la première.

☞ Le fils d’un Affranchi étoit libre à tous égards. Libertus & Libertinus signifient la même chose.

☞ A Athènes les Affranchis & les fils naturels étoient sur le même pied.

☞ AFFRANCHIR. v. a. Mettre quelqu’un en liberté, le tirer de la servitude. Manumittere. On affranchit un esclave quand il a rendu quelque service signalé à son maître. Par le Droit Romain on ne pouvoit affranchir un esclave avant l’âge de 18 ans.

☞ Il signifie aussi délivrer de quelques devoirs d’engagement, tirer d’une sujétion fâcheuse. Liberare, eximere, immunem facere. Le mariage affranchit de la puissance paternelle. On ne peut être affranchi des devoirs, du joug du mariage que par la viduité. Il est d’une ame grande & généreuse d’affranchir les peuples d’une cruelle servitude. Vaug. Les Hollandois se sont affranchis de la domination des Espagnols.

 
Vos invincibles mains
Ont de monstres sans nombre affranchi les humains. Rac.

Affranchir un héritage, en matière de fief, c’est le libérer de quelque charge, de quelque rente. On affranchit une terre, un fief, en obtenant des lettres d’amortissement. Voyez ce mot.

Affranchir un paquet, affranchir une lettre, affranchir le port des lettres ou des paquets, c’est payer le port d’un paquet, d’une lettre, en les mettant à la poste, au carrosse, au messager, afin que celui à qui on l’envoie ne le paye pas. Litterarum, aut rei cujusvis pretium, tabellario, veredario, solvere. Quand on écrit à son Procureur, il faut affranchir les lettres. Quand on envoie quelques mémoires au Libraire du Mercure Galant, il faut affranchir les paquets. Cette expression vient de ce que quand on a payé le port d’une lettre ou d’un paquet à l’endroit d’où on l’envoie, le commis de la poste met dessus, franc, pour marquer que le port est payé.

Affranchir, se dit au figuré, comme synonyme de délivrer, en parlant des diverses passions qui nous agitent, & qui nous tiennent dans une espèce d’esclavage. L’Evangile nous a affranchis de la tyrannie du péché. Le fidèle est affranchi de toute crainte. Il est aussi réciproque. Heureux qui s’affranchit du pouvoir de l’amour. Corn. On dit aussi dans le même sens, être affranchi du pouvoir