Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/188

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dit trois fois à haute voix une prière qui commence par ces mots, Agnus Dei. La Messe est-elle avancée ? Elle en est à l’Agnus Dei. C’est le Pape Sergius, qui à la fin du VIIe siècle ordonna que l’on chantât à la Messe Agnus Dei, pendant que l’on rompoit les hosties. Fleur.

AGNUS CASTUS. s. m. Vitex. Arbrisseau dont les branches sont pliantes & fort souples. Ses feuilles sont découpées en cinq parties, c’est à-dire, en main ouverte, & ressemblent à celles du chanvre, excepté qu’elles ne ne sont pas dentelées si profondément à leur bord, & qu’elles sont plus blanchâtres. Ses fleurs naissent au sommet des branches en forme d’épi, ramassées ensemble autour des branches en manière d’anneau. Chaque fleur est d’une seule pièce, qui a la figure d’un tuyau, dont l’ouverture extérieure s’évase & se découpe en deux lèvres. Le fruit qui succède à la fleur est sphérique, dur, & partagé ordinairement en quatre loges, qui contiennent chacune une semence assez menue. Les Anciens étant persuadés que cet arbrisseau étoit un spécifique pour conserver la chasteté, lui ont donné le nom de doublement chaste : les Médecins se servent de ses fruits en émulsion, pour adoucir l’âcreté des urines, & pour les gonorrhées virulentes. L’infusion de ces mêmes fruits est bonne pour l’hydropisie, & pour les pâles couleurs. Les Grecs l’ont appelé ἄγνος, c’est-à-dire, chaste, parce que les dames Athéniennes qui faisoient profession de chasteté, couchoient sur des feuilles d’Agnus Castus pendant les sacrifices de Cérès. On fait des conserves & des opiats d’Agnus Castus. M. Chomel en distingue deux espèces ; le grand, qui devient arbre comme le saule ; & le petit, qui a les feuilles plus velues.

AGO.

☞ AGOBEL. Petite ville d’Afrique, dans la Province de Hea, au royaume de Maroc, sur une haute montagne, dans une situation très-avantageuse.

Agobel. Ancienne ville d’Afrique, dans le royaume de Tremecen, dont on ne voit plus que les ruines entre Oran & Tezela.

☞ AGOLA. Ville d’Abissinie, au nord de la ville d’Amara, & entre celles de Fungi & de Losa.

AGON. s. m. Agon. Ce mot est grec ἀγών, & signifie un combat, un jeu public & solennel, un jeu sacré qui se faisoit en certains jours de fêtes, ou en certaines cérémonies, à l’honneur de quelque Dieu, ou de quelque héros. Ainsi il y avoit l’Agon d’Androgée, institué par Minos en Crète, l’Agon Gymnique, Agon Gymnicus, à Athènes ; Agon Néméen, institué par les Argiens dans l’olympiade 53, l’Agon Olympien, Olympius, institué par Hercule 430 ans avant la première olympiade, selon Eusébe. Les Romains en instituerent aussi à l’exemple des Grecs. L’empereur Aurélien établit l’Agon du Soleil ; & Dioclétien l’Agon Capitolin, qui se célébroit de quatre ans en quatre ans comme les jeux olympiques, & par lequel cet Empereur ordonna que l’on comptât les années comme on comptoit par les olympiades ; mais cela ne dura pas. C’est dans ce dernier sens seulement qu’on pourroit user de ce mot en François, si l’on vouloit dans l’Histoire de ce temps-là compter les Agons. En toutes les autres occasions, il faudroit dire Jeux, les jeux olympiques, les jeux Néméens, &c. Il y a une médaille grecque de Commode, rapportée par M. Béger, T. II p. 679. au revers de laquelle on voit une figure d’homme toute nue, ayant la main droite sur sa tête, & tenant de la gauche un bâton, avec ces mots pour inscription, ΙΕΡΟΝ ΑΓΩΝ ΝΙΚΑΙΕΩΝ. L’Agon sacré des habitans de Nicée. M. Béger ne croit point que ce soit la figure du Dieu Agon, dont parle Pausanias, mais un athlète qui avoit remporté le prix à Nicée.

AGONALES. s. f. Fêtes que célébroient les Romains à l’honneur du Dieu Janus dans le mois de Janvier ; ou, selon quelques-uns, à l’honneur des Dieux Agoniens, que les Payens invoquoient quand ils entreprenoient quelque chose importante. D’autres prétendent qu’elles ont pris leur nom du mont Agon, qui fut depuis le mont Quirinal, sur lequel se faisoit la solennité. Agonalia. On varie sur l’étymologie de ce mot. Les uns disent qu’il vient d’une cérémonie qui s’observoit dans le sacrifice qu’on faisoit en ce jour. Le Sacrificateur tenant le couteau nu, & prêt à frapper la victime, qui étoit un bélier, crioit, Agon, ferai-je ? C’est le sentiment d’Ovide, Fast. L. I. v. 319. D’autres rapportent l’origine de ce nom au mont Quirinal, sur lequel se faisoit ce sacrifice, & qui s’appeloit Agon. D’autres enfin, comme on le voit dans Ovide au même Liv. v. 329. croyoient que ce mot étoit grec, & qu’il venoit d’ἀγών, qui signifie combat, jeu public & sacré, parce qu’anciennement il y avoit ce jour-là un combat de chars.

Agonale. Agonalis. Est aussi un adjectif, ou une épithète qui se donne aux Saliens, ou Prêtres que Numa Pompilius consacra au Dieu Mars, surnommé Gradivus, & qu’on appeloit aussi Palatins, ou Quirinaux. Les Saliens Agonales étoient au nombre de douze. Il semble que l’analogie demanderoit qu’on dît les Saliens Agonaux, plutôt qu’Agonales ; cependant les Dictionnaires mettent Agonales. Au reste, ces Dictionnaires se trompent, lorsqu’ils en font un substantif. Je ne crois pas qu’on dise Agonales tout seul, comme on ne dit point Palatins, ou Quirinaux seuls ; mais Saliens Palatins, Saliens Quirinaux, Saliens Agonales, ou Agonaux. Agonales Salii. Rosinus, Liv. III des Antiq. Rom. ch. 33. les appelle Agonenses Salii. On donnoit aussi cette épithète au mont Quirinal, qu’on appelle quelquefois le mont Agonale, mons Agonalis ; autre preuve qu’Agonale est adjectif. Le Cirque Agonale étoit où est aujourd’hui la place Navone.

AGONE. s. m. Agon. Nom qu’on donnoit au Sacrificateur qui frappoit la victime. Avant que de donner le coup, il demandoit au peuple, Agon, pour Agone ? le ferai-je ? C’est-à-dire, frapperai-je ? C’est de-là qu’est venu ce nom.

AGONIE. s. f. Extrémité de la maladie, où la nature fait son dernier effort contre le mal qui menace de mort. On ne le dit qu’en parlant de l’homme. Extremæ morientis angustiæ, extrema corporis animique colluctatio. Ce malade a été trente heures à l’agonie. Ce mot vient du grec ἀγών, certamen. Il n’y a pas un plus grand combat que celui de la mort contre la vie.

Agonie, se dit figurément en Morale, d’une grande peine d’esprit, des grandes inquiétudes, ou des grandes angoisses. Angor. Cette nouvelle a mis son esprit dans une mortelle agonie. La vie des pauvres esclaves est une longue mort, ou une agonie continuelle. Pasc. Ils allerent à la montagne des Oliviers, après qu’il eut souffert une rude agonie, il fut pris pour être exposé à tous les opprobres.

Agonie, se dit aussi dans le style enjoué, des tourmens que l’amour fait souffrir. Philis me met à l’agonie.

AGONIENS. s. m. pl. C’étoient les Dieux qu’on invoquoit lorsqu’il s’agissoit de quelque entreprise importante. Voyez Agonius.

AGONISANT, ANTE. adj. Qui est à l’agonie. Moriens, Agens animam. ☞ Il est agonisant. Il est aussi substantif, prier pour les agonisans. La confrérie des Agonisans. La confrérie des Agonisans a été instituée par les Peres Augustins, sous le nom de S. Nicolas de Tolentin. La confrérie des Agonisans porte un sac blanc avec une mosette violette, sur laquelle il y a un écusson représentant la Nativité de Notre Seigneur. Une des principales obligations des confrères des Agonisans, est de prier & de faire prier Dieu pour ceux qui sont condamnés à mort par la Justice, afin qu’ils puissent faire une bonne mort. La veille de l’exécution ils en donnent avis à plusieurs Monastères de Religieuses, afin qu’elles se mettent en prières pour le même sujet. Le jour qu’elle se doit faire, ils exposent le Saint-Sacrement dans leur Eglise, où ils font célébrer un grand nombre de Messes pour le criminel, pour lequel le Saint-Sacrement est toujours exposé, jusqu’à ce qu’il soit expiré ; & le Dimanche suivant ils disent l’Office des Morts dans leur Eglise, & y font célébrer plusieurs Messes pour le repos de son ame.

AGONISER. v. n. Souffrir l’Agonie, être à l’Agonie. Cum