Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/209

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quand on en mange, soit à cause du levain, & des autres alimens qui y sont contenus ; soit parce que la tissure en est différente. On s’en sert dans la peste, dans la colique venteuse & dans plusieurs autres maladies. On l’appelle pour cette raison, la Thériaque des paysans. Son usage est désagréable, à cause de sa puanteur. Outre les aulx domestiques, il y en a de sauvages. Il y en a un dont les feuilles sont plus larges, semblables à celles du poireau. D’autres ont leurs feuilles menues & très-étroites, & les têtes très-petites, en comparaison du domestique ; elles sont garnies de fleurs, ou blanches, ou purpurines, ou rayées, ou jaunes. Il y en a une espèce commune en France qui vient dans les bois & fleurit au printemps. Cette espèce ne donne qu’une ou deux feuilles aussi larges que celles du muguet ; d’entre ces deux feuilles s’élève une tige haute d’un pied au plus, qui porte à son extrémité une tête garnie de fleurs blanches. On la nomme ail d’ours, Allium ursinum. Les anciens Botanistes avoient donré le nom de Moly à une partie de ces aulx sauvages, & ils appelaient Scorodoprasum, les espèces qui portoient des feuilles de poireau.

Ail de chien. Voyez Muscari. Ses fleurs sont de couleur de pourpre. Il y a aussi un ail poireau, qui est gros comme un poireau, & qui participe aux qualités de l’un & de l’autre : en Grec σκοροδπρασον. On ne peut souffrir l’haleine de ceux qui ont mangé de l’ail. En 1368 Alphonse, Roi de Castille, fit un Ordre de Chevalerie, qu’il appela l’Ordre de la Bande ; il leur défendit par ses Statuts de manger des aulx, ni des oignons, & ordonna que les contrevenans s’abstiendroient pendant un mois de pratiquer la Cour, ni les autres Chevaliers. Matth. Vie de Louis XI. Liv. 6. en ses annot. marg. De Roch. Les aulx & les oignons sont les viandes ordinaires des Espagnols & des Gascons ; la dixme de l’ail rend plus de 1000 écus de rente à l’Archevêché d’Alby. La pointe d’une épée qui a touché de l’ail fait une plaie où la gangrène se met d’abord, si l’on n’y remédie. L’ail se sème de gousse, ou autrement de caïeux, à la fin de Février, & se met trois à quatre pouces avant dans la terre, & à trois à quatre pouces de distance. On les tire de terre vers la fin de Juillet, & on les met sécher, pour les garder ensuite d’une année à l’autre dans un lieu qui ne soit pas humide. L’ail mangé à jeun est la Thériaque des Paysans. Il est vrai qu’il cause la soif, la chaleur par tout le corps, & des maux de tête quand on en use souvent ; mais on peut corriger ces accidens en mangeant de l’ache, ou du persil incontinent après. L’ail appliqué en forme de cataplasme sur une morsure de serpent, ou de chien enragé, est, dit-on, un souverain remède. Pour empêcher que les oiseaux ne nuisent aux fruits nouveaux des arbres, il faut pendre aux branches quelque quantité d’ails. Id. En latin allium, qui vient du grec ἄγλιθες, qui signifie la tête de l’ail. Vespasien dit a un jeune homme, qui lui demandoit un gouvernement : j’aimerois mieux que tu sentisses l’ail, que le parfum. Ablanc. Il étoit défendu a ceux qui avoient mangé de l’ail, d’entrer dans le temple de la mere des Dieux. Bayl.

Cette plante n’a été appelée allium en latin, selon saint Isidore, Orig. lib. 3, cap. 10, qu’à cause de la forte odeur qu’elle répand, allium dictum quòd oleat.

AILA, ou AILATH, ou ÆLATH, ÉLATH. Ancienne ville de l’Idumée. Aila, Ailath, Ælath. Elle étoit placée sur le bord de la mer rouge, près d’Asiongaber. Elle fut le siége d’un Roi des Iduméens. Saint Jérôme dit que de son temps elle s’appeloit Legio Xa, parce que les Romains y avoient fait une colonie de la dixième légion. On prétend que c’est la même que Joséphe appelle Elana.

AILBERT. s. m. Nom d’homme, qui s’est fait d’Agilbert. Agilbertus. S. Ailbert, ou Agilbert, étoit Evêque de Paris. Baillet.

AILE. s. f. La partie de l’oiseau qui l’élève ou qui le soutient en l’air, quand elle est étendue. ☞ Parties du corps des oiseaux, qui sont les instrumens du vol, & qui sont façonnées pour cet effet avec beaucoup d’art, & placées à l’endroit le plus propre pour tenir le corps dans un exact équilibre. Ala. L’aigle est un oiseau qui vole à tire d’aile. Les Faucons se tiennent long-temps sur aile, ils ont l’aile vîte, tranchante, l’aile forte, l’aile entière. On dit aussi ; faire voir en aile l’oiseau, le mettre en aile : voler de belles ailes. Les poussins sont encore sous l’aile de la mère.

Aile, se dit aussi d’une chauve-souris, d’une mouche, d’un papillon, d’un serpent, d’un dragon, & généralement de tout ce qui sert à quelques insectes à voler. La chauve-souris n’a point de plumes à ses ailes. Les ailes d’un papillon, d’un moucheron, &c.

Aile, se dit aussi de cette partie charnue qui s’étend de l’estomac à la cuisse dans les oiseau qu’on mange. Une aile de chapon, de perdrix. Il y en a qui préfèrent la cuisse à l’aile.

Aile, se dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie, protection, garde. C’est une fille d’honneur qui a toujours été élevée sous l’aile de la mere. Et sur-tout en poësie : Cache-la sous ton aile au jour épouvantable, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l’ame pécheresse. Malherbe a dit aussi,

 
Et son ame étendant ses ailes,
Fut toute prête à s’envoler.

On dit aussi familièrement, la peur lui a mis des ailes aux talons ; pour dire, l’a fait fuir en diligence. Si la peur vous donne des ailes pour vous sauver, l’espérance lui en donnera de plus fortes pour vous atteindre. Vaug. ☞ On peint ordinairement Mercure avec des ailes aux talons. Les anciens payens donnoient des ailes à la victoire, à la renommée, au cheval pégase, à l’amour. Les Peintres & les Poëtes en donnent aux vents, au temps, aux heures. On dit poëtiquement sur les ailes du temps, sur les ailes des vents, des zéphirs.

On donne aussi figurément des ailes aux Chérubins, & aux Anges. Les Chérubins devant Dieu se couvrent la face de leurs ailes : ils couvroient l’arche de leurs ailes.

Aile, en termes d’Anatomie, se dit par analogie, de plusieurs parties du corps. Les lobes du foie s’appellent souvent ailes, ou ailerons. On appelle ailes ou ailerons, les chaires molles & spongieuses qui sortent de la partie naturelle des femmes, que les Anatomistes appellent nymphes, ou dames des eaux, parce qu’elles servent à conduire l’urine dehors. On appelle aussi ailes, ou ailerons, les deux cartillages qui sont aux côtés du nez, & qui forment les narines. On appelle encore ailes ou ailerons, le haut des oreilles, les cartilages qui forment la partie supérieure des oreilles.

Aile, en termes de Blason, quand elle est seule, s’appelle un demi-vol ; & lorsqu’il y en a deux, elle s’appelle un vol : ce qui se dit de quelque oiseau que ce soit.

On appelle au Manége ailes, ces pièces de bois qu’on met aux côtés de la lance pour la charger vers la poignée.

Aile, en termes de Botanique, c’est l’angle que les feuilles d’une plante, ou la queue des feuilles forment avec la tige, ou avec une branche de la plante. Cet angle est ordinairement aigu, & tourne toujours en haut. Il s’appelle ainsi par ressemblance à l’angle que forment les ailes d’un oiseau avec son corps, ou plutôt à l’angle que forme le bras de l’homme avec le tronc du corps, & qui s’appelle aussi aile. Quelquefois on appelle aussi de ce nom les branches mêmes, ou les feuilles qui poussent a côté l’une de l’autre sur les tiges des arbres ou des plantes, & qui forment avec la tige l’angle dont on vient de parler. Le mot d’aisselle convient mieux ici

Aile, se dit encore en Botanique. 1°. Des deux pétales latérales des fleurs légumineuses, situées entre le pavillon & la nacelle. 2°. De l’expansion membraneuse qui accompagne certaines semences. Le bignonia, l’Erable, &c. ont leurs semences ailées. Semina alata. 3°. De ces feuillets membraneux qui accompagnent les tiges suivant leur longueur. Alors on dit que les tiges sont ailées : Caulis alatus.