Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/216

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AINDRE. Île de la Loire. Antrum. Elle étoit à trois lieues au dessus de Nantes. Elle a été submergée par les inondations. S. Hermeland s’étoit retiré dans l’Aindre, & y avoit bâti un Monastère.

Aindre, est aussi le nom d’une rivière de France. Anger, Ingeris. Elle coule dans le Berry, baigne Château-roux & Châtillon-sur-Aindre, & se décharge dans la Loire, entre l’embouchure du Chéa & de la Vienne. Plusieurs écrivent Indre.

AINE. s. f. Partie du corps humain où se fait la jonction de la cuisse & du ventre. Inguen. Il y a dans l’aine une glande ou émonctoire, où se forment les bubons pestilentiels, & les maux vénériens. Quelques-uns mouillent l’n, comme si l’on écrivoit aigne. Dans une vie de Sainte Humiliane, écrite au 13e siècle, on trouve Anglio ; pour dire, l’aine, Inguen.

Aine. C’est le nom d’un petit bâton qu’on passe au travers de la tête des harengs qu’on fait sorer ou sorir.

AÎNÉ, ÉE. adj. & s. Enfant qui naît le premier d’un mariage. Natu maximus. Fils aîné. Fille aînée. Frère aîné, sœur aînée. Les aînés ont de grandes prérogatives sur les cadets. Il a été partagé en aîné, c’est à-dire, avec avantage. Dans les pays coutumiers les aînés nobles ont le principal fief ou manoir par préciput, ou le vol du chapon. Les aînés portent les armes pleines : & les cadets sont obligés de les briser pour la distinction des branches.

☞ En parlant des branches d’une maison, on dit aussi la branche aînée, la branche cadette.

Ce mot vient de ains né, comme qui diroit, né auparavant, par opposition à puîné. Nicod. Ménage le dérive de ante natus. On appeloit autrefois maisné, le cadet ou le dernier né des enfans.

Aîné, se dit aussi des autres enfans par subordination. Le second est aîné du troisième, le troisième du quatrième, &c.

Aîné, se dit par extension du plus avancé en âge comparé à un plus jeune. Major, natu major. Il est mon aîné, mon doyen de plus de sept ans.

En parlant du Roi de France, on dit, le Roi très-Chrétien est le fils aîné de l’Eglise. Filius Ecclesiæ primogenitus. L’université de Paris se dit la fille aînée du Roi.

En la Coutume de Normandie, on appelle rente aînée, celle qui est la première en date.

☞ AIN-EL-CALU, ou HAIN-CALU. Ville d’Afrique, dans la province de Tremecen, au Royaume de Fez.

☞ AÏNEQUIE. Rivière d’Afrique, au Royaume de Maroc. Elle arrose la province de Sus, passe à Garet, & se perd dans le Sus.

☞ AINES & DEMI-AINES. s. f. Terme de Facteur d’Orgues. Ce sont les premières des pièces de peau de mouton de forme de Losange, & les secondes des pièces de la même étoffe qui sont triangulaires, servant à joindre les éclisses & les têtieres des soufflets d’orgue.

AÎNESSE. s. f. Primogéniture, qualité de ce qui fait un aîné, & le droit que cette qualité lui donne. Natalium inter fratres prærogativa. On ne le dit guère qu’en le joignant au mot droit, droit d’aînesse. Le droit d’aînesse est reconnu par-tout, & particulièrement chez les Nobles. Esaü vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles. Il semble que le droit d’aînesse est une prérogative injuste, & contraire au droit naturel ; car puisque la naissance seule donne aux enfans le droit de prétendre à la succession paternelle, le hasard de la primogéniture ne doit point mettre d’inégalité entr’eux. Aussi le droit d’aînesse qui appelle l’aîné par préférence à la couronne, s’est-il introduit fort tard en France. Il n’étoit point connu sous les Rois de la première race, ni même de la seconde. Les quatre enfans de Clovis partagerent également le royaume. Louis le Débonnaire divisa aussi l’empire en quatre portions, qu’il donna à ses quatre fils. Apparemment ce n’est que sous la race de Hugues Capet, que la prérogative de la succession à la couronne fut affectée à l’aîné. La prérogative du temps est un droit d’aînesse que la nature nous oblige de reconnoître. Patr. Il n’est pas permis aux peres ni aux meres d’y déroger directement, ni indirectement. Cette prérogative est inviolablement observée parmi toutes les nations, ensuite de ce qui est dit au Deut. XXI, 15, & au II. Paral. XXI, 3. Des Roch. Voyez encore Gen. XXV, 31, XLIX, 3. Du Moul. in Cons. Par. §. 8, q. 3, n. 24. Aînesse & primogéniture sont quelquefois deux choses différentes : la primogéniture est un titre que la nature établit & que la naissance fixe ; l’aînesse est un droit que la loi donne & que la coutume étend. En France on a étendu le droit de primogéniture ; car après la mort du premier né, le second lui succède au droit d’aînesse, desorte que ce droit passe toujours à celui des freres qui est le plus âgé.

AIN-MIRIAM, ou MARIAM. Fontaine de Marie. C’est une source de bonne eau proche de Jérusalem, à 200 pas de Siloé vers le septentrion, sous une voûte qui est au pied du mont, qu’on prétend être le mont Moria. On lui a donné ce nom, parce qu’on suppose que quand la Sainte Vierge étoit à Jérusalem, elle y alloit comme les autres femmes, prendre de l’eau, ou laver son linge, les hardes de sa maison. Voyez le P. Roger dans sa Terre-Sainte, Liv. I. p. 161.

AINS, AINÇOIS. adv. Ce sont de vieux mots qui signifioient autrefois Mais. At, sed. On dit encore dans le burlesque, Ains au contraire ; pour dire, Tout au rebours. Ce mot vient de l’Italien anzi, qui a été fait de ante. Ménage. D’autres le dérivent du Grec ατι, ou du Latin ast ; parce que c’est un terme correctif qui marque quelque objection, ou quelque chose de contraire.

AINS. adv. s’est dit autrefois pour avant. Antè, priùs. Ains que, avant que, Antequàm, priusquàm. Marot dit à François I, au sujet d’une statue de marbre de Vénus qui lui avoit été présentée :

Cette Déesse avec sa ronde pomme,
Prince Royal, des autres le plus digne,
N’est point Vénus, & Vénus ne se nomme,
Jà n’en déplaise à la Langue Latine ;
C’est du haut Ciel quelque vertu divine,
Qui de sa main t’offre la pomme ronde,
Te promettant tout l’empire du monde
Ains que mourir.

C’est-à-dire, avant que tu meures.

☞ AINSA. Voyez Ainza.

AINSI. adv. Qui signifie de même, comme. Ità, sic. Par exemple, cela est ainsi que vous l’avez dit. Quand on eut fait silence, l’orateur parla ainsi. On répond plusieurs requêtes avec cette formule, soit fait ainsi qu’il est requis. La guerre a ses faveurs ainsi que ses disgraces. Racine.

Ainsi, sert particulièrement aux deux membres de la comparaison. Quemadmodùm, Ità. Ainsi que le hibou craint le soleil, ainsi le pécheur fuit la lumière. On disoit autrefois, tout ainsi comme, par ainsi, comme ainsi soit.

☞ Dans ces occasions, ainsi que est synonyme avec comme, lorsqu’il est aussi membre de comparaison, & avec de même que qui l’est toujours, mais avec une différence, dit M. l’Abbé Girard, qui est assurément une des plus délicates de notre langue & des plus difficiles à démêler.

☞ De même que marque proprement une comparaison qui tombe sur la manière dont est la chose ; ce qu’on peut nommer comparaison de modifications. Ainsi que marque particulièrement une comparaison qui tombe sur la réalité de la chose ; ce qu’on peut nommer comparaison de faits ou d’actions. Comme marque mieux une comparaison qui tombe sur la qualité de la chose ; ce qu’on peut nommer comparaison des qualifications. Je dirois donc, selon cette différence, les François pensent de même que les autres nations, mais ils ne se conduisent pas de même ; parce qu’il n’est précisément question que d’une certaine manière de penser & de se conduire, qui est une modification de la pensée & de la conduite qu’on suppose en eux. Mais je dirois, il y a des Philosophes qui croient que les bêtes pensent ainsi que les hom-

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