Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/220

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Par la même raison, continue-t-il, il est aisé de concevoir comment la chaleur peut causer une raréfaction dans l’air. Car le mouvement rapide des parties calorifiques, doit nécessairement mettre en mouvement celles de l’air, & faire par ce moyen qu’elles s’efforcent plus de s’éloigner de l’axe de leur mouvement, & conséquemment de se dévider, de se dérouler davantage, & d’occuper un plus grand espace : & en étendant leur ressort, il faut qu’elles pressent & poussent les autres corps, & qu’elles s’en débarrassent & s’en séparent. Reyer, dans une Dissertation sur l’air, donne aussi des parties spirales & serpentines aux parties de cet élément.

Monconis, Tom. II. p. 33. parle d’un Anglois, nommé Dredel, qui savoit extraire un esprit subtil de l’air, qui répandu dans un air grossier qu’on n’eût pû respirer, faisoit tomber en bas les parties grossières, & le rendoit ainsi propre à la respiration. Il parle aussi d’un Italien, Jésuite, à ce qu’il croit, qui faisoit vivre des enfans tant qu’il vouloit sans qu’ils respirassent. ☞ Fable toute pure. C’est par l’air que nous vivons ; & l’expérience nous apprend qu’un homme périt dans le moment où le conduit par lequel nous recevons l’air, est fermé. Voyez le même Auteur, Ibid , pag. 40. où il parle plus en détail du secret de Dredel. Là même, p. 69. il est parlé d’une machine par laquelle un homme peut aller au fond de la mer, au moins à 60 brasses, & qui lui fournira l’air nécessaire pour respirer, pourvû qu’il ne s’y comprime pas trop. 

De grands Physiciens ont trouvé par leurs expériences, que l’air ne pouvoit être condensé, que huit cens fois plus qu’il ne l’est sur la surface de la terre. Mais outre qu’il est permis de douter de l’exactitude de ces expériences, qui ont dû être très-difficiles, il se peut que tout notre art soit incapable de pousser l’air à une grande condensation. 

Sur la condensation de l’air, & jusqu’où elle peut aller. Voyez M. Amoutons, Acad. des Sc. 1703. Hist. p. 6 & suiv. Mém. p. 101 & suiv.

☞ L’air que nous respirons, est un corps fluide, grave & élastique, répandu jusqu’à une certaine hauteur autour de la terre, & dont nous ignorons la figure, quelques conjectures que les Physiciens aient voulu faire là-dessus. La fluidité de l’air est démontrée par la facilité avec laquelle nous divisons ses parties ; sa gravité par le baromètre que l’on place dans le récipient de la machine pneumatique, & dont on voit descendre le mercure, à mesure que l’on pompe l’air contenu dans le récipient : enfin son élasticité par les effets merveilleux du fusil à vent. Ces trois qualités que l’on reconnoît généralement dans l’air que nous respirons, servent à expliquer les expériences les plus curieuses. Voy. les articles relatifs, fluidité, gravité, ressort, &c. 

L’air contribue beaucoup à nous faire paroître le ciel étoilé. Car si la terre n’avoit autour d’elle aucune atmosphère, il n’y auroit de clarté que dans la seule partie du ciel qu’occupe le soleil ; & l’observateur, tournant les yeux au-delà & de tous les côtés, n’appercevroit uniquement dans le ciel qu’un fond obscur & comme plongé dans les ténèbres. En plein jour les moindres étoiles brilleroient, & cela assez près du soleil ; puisqu’il n’y auroit rien qui pût les effacer ; cette vive lumière du soleil n’étant réfléchie vers nos yeux par aucun corps que ce fût. Institut. Astronom. pag. 399.

Air, se dit par rapport aux qualités de l’air, par rapport à sa température, à sa constitution, selon qu’il est froid ou chaud, sec ou humide, sain ou mal sain. On dit bon air, mauvais air. Air grossier, subtil, pur, corrompu, infecté. 

On dit, prendre l’air ; pour dire, se promener, changer d’air, aller en un lieu éloigné, ou bien découvert. On dit, donner de l’air à un tonneau, en ôter le bondon, de peur que le vin ne jette ses fonds. Prendre l’air du feu, pour dire, se chauffer en passant. On dit encore, qu’un homme a pris du mauvais air, quand il a été en un lieu où il a pris la peste. On dit que nous vivons d’air autant que de ce que nous mangeons. Non-seulement il entre dans nos corps avec les alimens, & par la respiration, mais encore il s’y insinue par les pores, & par la même voie par laquelle se fait la transpiration. 

Lorsque l’air est corrompu, on le purifie en brûlant du romarin, du genièvre, du cyprès, du laurier, du sarment de vigne, du bois d’aloès, du santal, ou des gommes aromatiques ; comme de l’encens, du storax, du calamus, du benjoin, & autres semblables. Voyez les Règlemens pour la salubrité de l’air dans le Traité de la Police de M. de la Marre, Liv. IV. Tit. II ch. i & suiv.

☞ Dans un sens moral, on dit figurément que l’air du monde est contagieux ; pour dire, que la fréquentation du monde est pernicieuse, préjudiciable à l’innocence. L’air du monde est infecté, & fait presque toujours des impressions malignes sur les personnes d’une profession retirée, aussi-tôt qu’elles le respirent. Ab. de la Tr. Le seul air du monde est si dangereux, que les ames les plus innocentes & les plus vigoureuses ont peine à se défendre de ses impressions. Id.

☞ En l’air. Façon de parler employée au propre & au figuré. Au propre, on dit d’un homme toujours prêt à sauter, à danser, qu’il a toujours le pied en l’air. Et en parlant d’une chose qui ne paroît presque soutenue de rien, on dit qu’elle est toute en l’air. Cet escalier, ce cabinet, ce bâtiment paroît tout en l’air, est tout en l’air

☞ Au figuré, pour marquer que la fortune d’un homme n’a point de fondement solide, on dit qu’elle est toute en l’air

☞ Cette façon de parler est encore employée dans le sens figuré, pour désigner des choses qui sont sans fondement, sans effet, qui n’ont aucune vérité, aucune réalité. On dit des choses en l’air. On forme des desseins en l’air. On fait des menaces en l’air, des contes en l’air

Faudra-t-il de sang froid, & sans être amoureux 
Pour quelque Iris en l’air feindre le langoureux ?

Boil.

On dit en termes de guerre, la droite de notre brigade étoit en l’air. La gauche de notre bataillon étoit en l’air. On tira le bataillon que nous avions à notre gauche, & on le porta au centre, qui plioit, pour le soutenir ; par-là notre gauche demeura en l’air. J’ai trouvé cette expression dans une pièce manuscrite d’un Officier général, très-bien écrite. Elle signifie, qu’il y a dans une ligne d’armée un grand vide par où les ennemis pourroient entrer, & qui fait que la droite ou la gauche d’un bataillon, ou d’une brigade, est trop éloignée du corps, ou du bataillon le plus voisin ; qu’elle n’est point appuyée & soutenue de ce bataillon, qui n’est pas dans la distance requise. C’est ce qui s’appelle être en l’air

En termes de Jardinage, un arbre en plein air, c’est un arbre qui a une tige de six pieds, parce qu’il jouit pleinement de l’air, sans qu’aucun mur l’en puisse empêcher. Liger

Air, se dit pour vue. Prospectus, aspectus. Voilà une maison en bel air, c’est-à-dire, en belle vue ; qui est bien exposée de tous côtés, qui n’est point couverte, qui a des vues libres de toutes parts. Quæ campos longè, latèque prospicit, circumquaque prospicit

En termes de Poësie on dit, les plaines de l’air, les campagnes de l’air. Aura, cœlum. Ganymède fut enlevé dans les airs. Junon est la Déesse de l’air. Quoique les Poëtes disent, voler dans les airs, régulièrement l’air n’a point de pluriel en prose. Ménag

Air, ou Aire de vent, terme de Marine, signifie, un des 32 vents que l’on marque sur la boussole. Ventus venti regio, Trames. On dit aire, & non pas air. Voyez ce mot.

Air, signifie aussi, souffle, vent, haleine. Spiritus, Halitus, Aura. Le vent est défini par les Philosophes, un air agité. Il fait un air vif & piquant. 

☞ En parlant d’une affaire qui est sur le bureau devant les Juges, & généralement de toutes les affaires qui sont à la décision des hommes, on dit que l’air du bu-