Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/219

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sommet des plus hautes montagnes, jusqu’à la basse région de l’air que nous respirons. Elle est froide & humide, à cause des vapeurs, & des exhalaisons que le soleil y élève. La région supérieure de l’air, est celle qui s’étend depuis la cime des montagnes jusqu’au terme de l’atmosphère. Elle est plus pure, plus raréfiée, & plus légère que les autres. Au-dessus est l’Ether ou la matière éthérée. L’air differe de la matière éthérée, entre autres choses, dit M. Harris, en ce que les rayons de la lune, & des astres supérieurs, souffrent une réfraction en y entrant, ce qui n’arrive pas dans la matière éthérée. Et en effet, comment feroit-elle une réfraction ; puisque les astres nagent dans cette matière ? M. Hook, dans sa Micrologie, pag. 13. semble croire que l’air n’est autre chose qu’une espèce de teinture & de dissolution des parties terrestres & aqueuses, agitées par la matière éthérée ; & il suppose que ces parties sont de la nature du sel. Les Anciens n’ont point connu la pesanteur de l’air. On la connoît par le baromètre, sa chaleur par le thermomètre, sa sécheresse par l’hygromètre.

C’est Galilée qui a le premier découvert la pesanteur de l’air, & qui l’inféra de ce que l’eau s’arrête & demeure suspendue dans les pompes à 34 ou 35 pieds. Après lui Torricelli continua de prouver la même chose par de nouvelles expériences. M. Boyle, après des expériences réitérées, a avancé que la pesanteur de l’air est à l’eau comme 1000 est à 1. M. Hallay, dans les Transactions Philosophiques, n. 181. dit, que selon plusieurs expériences la pesanteur spécifique de l’air proche de la surface de la terre, est à celle de l’eau, comme 1 à 840, comme 1 à 852, comme 2 à 960, & qu’il l’a ainsi conclu de plusieurs expériences, le mercure s’arrêtant toutes ces fois-là environ à 29 pouces ¾ ; mais parce que ces expériences ont toutes été faites en été, & que conséquemment l’air étoit raréfié, il croit que l’on peut dire, sans crainte de se tromper sensiblement, que le mercure demeure suspendu à la hauteur de 30 pouces, & que dans un temps mitoyen entre la chaleur & le froid, la pesanteur spécifique de l’air est à l’eau comme 1 à 800. Ainsi puisque le mercure est à l’eau comme 13, ½ est à 1, le mercure doit être à l’air comme 10800 est à 1 & une colonne d’air de 10800 pouces, est égale à 1 pouce de mercure. Et si l’air étoit par-tout également dense, ou également comprimé, la hauteur de l’atmosphère ne devroit pas être moindre de 5 milles & 3/10 de mille ; & si on élevoit le baromètre au-dessus de la surface de la terre, à chaque 900 pieds, le mercure devroit descendre d’un pouce ; mais parce que l’air n’est pas également comprimé par-tout, il s’ensuit que l’atmosphère a plus de 5 milles de hauteur. On a trouvé l’invention de pomper l’air pour faire du vide, par la machine de M. Boyle. M. Mariotte, dans ses Essais de Physique, dit que l’air se peut dilater plus de quatre mille fois davantage qu’il n’est auprès de la terre, avant que d’être dans sa dilatation naturelle, telle qu’il l’a au haut de l’atmosphère, où il n’est chargé d’aucun poids. Sa hauteur, suivant son calcul, ne va guère qu’à 20 lieues ; & elle n’iroit pas à 30 quand il seroit huit millions de fois plus raréfié que celui qui est près de la terre. Voyez cependant ce qu’on va dire à cet égard peu après dans ce même article sur d’autres observations. Le même Mariotte prétend que l’air est bleu, contre l’opinion de plusieurs qui le croient sans couleur. Quelques-uns soutiennent que l’air des lieux souterrains n’est pas effectivement plus froid en été, mais qu’il paroît seulement tel en comparaison du dehors, qui est beaucoup plus chaud. On infere de la pesanteur de l’air, que la terre est autant comprimée par l’air qui l’environne, que si elle étoit par tout couverte d’eau à la hauteur de 31 pieds. Borelli dit, que l’air est composé de corpuscules, ou petites lames dures, flexibles, capables de ressort, & qui faisant plusieurs tours en ligne spirale, forment la figure d’un cylindre creux. 

M. Harris croit que l’air est composé de trois différentes espèces de corpuscules. Les premiers y sont envoyés par forme d’exhalaisons, ou vapeurs de la terre, de la mer, de tous les corps des animaux, des végétaux, & des minéraux par le moyen du soleil, ou de la chaleur souterraine. La seconde espèce sont des parties encore plus subtiles, qui y sont envoyées par les corps célestes, & par les ruisseaux de la matière magnétique qui sort de la terre, & de l’eau. La troisième espèce mérite peut-être plus proprement le nom d’Air, étant les parties propres & spéciales de l’air, pris dans sa signification étroite. Ce sont des corpuscules qui ont une vertu élastique, constante & permanente ; car cette vertu, dit-il, est une propriété essentielle de l’air, qui ne convient aux autres liquides qu’autant qu’ils participent de l’air, ou qu’ils renferment des parties d’air. Il est donc probable, continue-t-il, que notre air est composé ou abonde de parties, dont la nature est de se rétablir d’elles-mêmes, autant qu’elles le peuvent, dans leur premier état, en s’étendant quand elles ont été comprimées. Suivant les expériences communes, la pesanteur de l’air, proche de la superficie de la terre, est à peu-près à l’égard de l’eau, ce que 1 est à 800 ; mais les altérations qui arrivent dans l’air, font qu’il pese ou plus ou moins, sur la surface de la terre. Quelquefois le poids de toute l’atmosphère est balancé par 28 pouces de vif-argent, & quelquefois par 30. Outre cela le froid & le chaud dilatent, ou compriment l’air, & par conséquent en changent la pesanteur. De plus, les exhalaisons des parties insensibles, qui s’échappent presque de tous les corps, & qui demeurent suspendues en l’air, en augmentent la pesanteur. Sur ce pied-là, si l’air étoit également condensé, toute l’atmosphère n’auroit guère plus de cinq lieues de hauteur. Mais comme les parties supérieures de l’air sont beaucoup plus raréfiées que les inférieures, chaque espace qui répond à un pouce de vif-argent, & qui est de 900 pieds d’air, s’augmente aussi, ensorte que la hauteur de l’atmosphère devient beaucoup plus grande. En effet, on suppute qu’à la hauteur de 41 lieues l’air est si raréfié, qu’il occupe un espace 3000 fois plus grand qu’ici. Il est probable qu’il n’y a aucune partie de l’atmosphère qui soit élevée plus de 45 lieues sur la superficie de la terre. Borelli a encore observé, que bien que l’air remplisse naturellement beaucoup de place, il peut être réduit à un petit espace ; que dans une grande condensation, telle que dans les arquebuses à vent, le lieu qu’il occupe est différent de l’ordinaire d’un à 2000 ; & ce resserrement est la cause que l’effort qu’il fait pour se remettre dans son état naturel, est si violent. M. Boyle, dans son Traité sur l’admirable raréfaction de l’air, dit que l’air peut occuper 52000 fois plus d’espace qu’il ne fait ordinairement ; il ajoute que par des expériences incontestables, il a trouvé que la même quantité d’air mise dans le récipient en l’état où le met la seule pression de l’atmosphère, & sans le secours d’aucune chaleur étrangère, pour augmenter son ressort, pourra occuper 13000 fois plus d’espace qu’il ne fait dans son état naturel. Le même M. Boyle croit que l’espace qu’occupe l’air comprimé, est toujours en proportion réciproque avec la force qui le comprime. Voyez ce qu’en infere Grégory, Astron. pag. 401. Il n’est pas aisé d’expliquer comment il faut que les particules de l’air soient formées, pour être capables d’une si grande raréfaction, & d’une si grande condensation. M. Harris croit cependant qu’on peut assez aisément concevoir cette prodigieuse compression & dilatation de l’air, si l’on suppose que chaque particule élastique de l’air est entortillée autour de son propre axe, comme le ressort d’une montre, ou comme un rouleau de ruban. Car si cela est, les parties de chaque rouleau doivent faire effort pour s’éloigner par leur propre mouvement de leur axe, & l’effort doit être plus ou moins grand, à proportion de la vîtesse de leur mouvement ; & elles se mettroient en liberté, & s’étendroient de toute leur longueur, si elles n’en étoient pas empêchées par les particules semblables qui les environnent. Mais si elles étoient une fois délivrées de ce poids extérieur qui les comprime, alors elles se développeroient d’elles-mêmes, & par leur propre ressort, & étendroient leur rouleau, ou leur cercle, à un espace immense. C’est pour cela qu’une vessie où l’on n’a laissé que très-peu d’air, s’enfle dans le récipient jusqu’à se briser.