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& Alba fucetis ou fucentis, parce qu’elle étoit voisine du lac Fucin, aujourd’hui Lago di Celano.

☞ ALBIAS. Petite ville de France, dans le Querci, partagée en deux par la rivière d’Aveyrou.

ALBICANTE. s. f. Terme de Fleuriste. C’est une espèce d’anémone, dont les grandes feuilles sont d’un blanc sale ; sa peluche est blanche, à l’extrémité couleur de rose : en Bretagne on la nomme Carnée. Albicans Anemone.

ALBICORE. s. m. C’est un poisson qu’on trouve dans la mer océane, beaucoup plus grand que le maquereau, auquel il ressemble d’ailleurs par le goût & par la couleur. Les Albicores que l’on tuoit, étoient la plûpart aussi grands que des Thons ; desorte que deux matelots avoient de la peine à en tirer un dans le bord. Wicquefort. Quelques anciennes relations écrivent albocores, & appellent albocorets les jeunes albocores. Elles disent que ce poisson est blanc, parce qu’il n’a point d’écailles ; qu’il a le ventre tout blanc & mou, avec des ailerons jaunes, qu’on voit reluire de loin sous l’eau ; qu’il est plus grand que les Bonites, auxquelles il ressemble ; qu’on en a pris de cinq pieds de long, & gros comme un homme ; que sa chair est maigre & farineuse, & moins délicate que la Dorade ; que sa peau est tendre, & qu’il n’a qu’une seule arête traversante. Il fait la chasse aux poissons volans qui se trouvent dans cette mer-là.

ALBIGEOIS, OISE. s. m. & f. Albigensis. Qui est d’Albi. Anciennement on disoit Albienses, & non pas Albigenses. On appelle aussi de ce nom tous ceux qui sont du territoire d’Albi, dont nous allons parler.

Albigeois, s. m. Albiensis, ou Albigensis ager. Le pays dont Albi est la capitale. La rivière d’Agouste le sépare presque entièrement du reste du Languedoc. Le Rouergue & le Querci le bornent de l’autre côté. Castres en Albigeois & Albi sont les principales villes de l’Albigeois.

Albigeois, oise. s. m. & f. Nom d’hérétiques qui s’éleverent au XIIe siècle dans le Languedoc, aux environs de Toulouse, & sur-tout dans l’Albigeois, d’où ils prirent leur nom. Ils s’appelerent encore Pétrobusiens, Arnaudistes, Cathares, Piffres, Patarins, Tisserans, Bons-Hommes, Publicains, Passagiens, ou Passagers, &c. Les Albigeois étoient de vrais Manichéens. C’est de la Bulgarie que l’erreur prit son cours vers les différentes parties de l’Europe ; d’abord en Allemagne, puis en Italie, & de-là dans la Provence & le Languedoc. La Bulgarie avoit été infectée par les Pauliciens d’Arménie, & les Pauliciens descendoient des anciens Manichéens. Pierre de Bruys, Provençal, esprit inquiet & visionnaire, passe pour avoir été le premier qui porta une erreur si monstrueuse dans le Languedoc vers l’an 1126. Il fut brûlé à S. Gilles 20 ans après qu’il eut commencé de dogmatiser. Le plus considérable de ses partisans fut un Moine, nommé Henri, hérésiarque, d’autant plus dangereux, que ses manières étoient plus insinuantes que celles de son maître. Les Albigeois, qui sembloient n’attaquer que le culte extérieur de l’Eglise & les Sacremens, cachoient dans un silence impénétrable des dogmes horribles. Ils posoient pour fondement de leur système, qu’il y avoit deux Dieux, l’un infiniment bon, l’autre infiniment méchant. Ils disoient que ces Dieux n’avoient pas créé la matière ; qu’elle étoit comme eux un être nécessaire ; que le Dieu bon avoit fait un monde invisible, & que le méchant avoit formé celui que nous voyons ; que chaque Dieu avoit ses femmes & ses enfans ; que le diable étoit fils du Dieu méchant, & Jésus-Christ fils du Dieu bon ; que l’un de ces Dieux ne pouvoit faire que du bien dans son monde, & que l’autre ne pouvoir faire que du mal dans le sien ; qu’ils avoient tous deux une égale puissance, pour se former mutuellement des obstacles dans l’exécution de leurs desseins ; & que par une nécessité fatale, qui suivoit de cette égalité de pouvoir, le bien & le mal étoient mêlés par-tout. La Providence, selon eux, n’étoit qu’une impression nécessaire, qui joignoit le bien & le mal dans presque tous les êtres inférieurs aux Dieux. Ils croyoient que l’ancien Testament étoit la parole & la loi du Dieu méchant, & le nouveau l’ouvrage du Dieu bon ; tous dogmes Manichéens, desquels les Albigeois tiroient des conséquences abominables pour la pratique & pour les mœurs. Ils avoient une Hiérarchie composée de Prêtres, de Diacres, & d’Evêques, et leur pape tenoit son siége en Bulgarie. Les Calvinistes, pour trouver à leur secte une origine plus ancienne, prennent les Albigeois pour leurs prédécesseurs & leurs peres. Vers le commencement du XIIIe siècle, sous le pontificat d’Innocent IIIe, & sous le règne de Philippe Auguste, l’hérésie des Albigeois devint si puissante, que les Catholiques ne virent plus d’autre remède efficace à lui opposer, que celui d’une Croisade. Les Religieux de Cîteaux formerent le projet de cette sainte ligue. Les Albigeois furent condamnes en 1180 au Concile de Latran. Philippe Auguste en sollicita l’exécution auprès du S. Siége ; & le Pape, en qualité de Pere commun des Fidèles, leva le premier l’étendard de la Croix. Elle fut publiée en 1210. Le fameux Comte de Montfort-l’Amaury en fut le chef. Louis VIII, Roi de France, fit aux Albigeois une guerre qui ne finit qu’en 1228. La paix fut suivie en 1229, de l’établissement de l’Inquisition contre ces hérétiques à Toulouse. Depuis ce temps les Albigeois s’affoiblirent peu à peu, & furent enfin entièrement détruits, à la réserve de quelques-uns qui se joignirent aux Vaudois, & dans la suite à Zuingle, qu’ils reconnurent pour le Réformateur de leur secte, & ensuite à Calvin, dont les disciplines donnerent aux églises des Albigeois la forme de celle de Genève. Les Albigeois prirent les noms de Cathares, ou Puritains.

On trouve bien des choses concernant l’histoire des Albigeois dans les ouvrages de Saint Bernard, sur-tout dans ses lettres ; dans Jean-Paul Perrin, Histoire des Vaudois, & dans l’Histoire des Comtes de Toulouse par Castel. Roger de Hoveden, dans ses Annales d’Angleterre, a conservé des pièces très-curieuses sur ce qui concerne les Albigeois avant le temps de la Croisade. Pierre de Vaucernay, Religieux de Cîteaux, témoin oculaire de la plûpart des grandes actions de Simon de Montfort, a écrit l’Histoire des Albigeois d’un style simple, mais d’une manière fort animée contre leurs abominations. La Chronique de Robert, Moine d’Auxerre, renferme des particularités considérables sur les Albigeois du Nivernois. Reinier, d’abord Evêque des Albigeois, & ensuite Dominicain, prend l’hérésie des Albigeois par le fond, & donne de grandes lumières pour l’intelligence de leurs dogmes. Vincent de Beauvais, la Chronique d’Alberic Abbé d’un Monastère près de Liége, Guillaume de Puy-Laurent, Aumônier de Raymond VII, Comte de Toulouse, & Luc Evêque de Tuy, ont aussi très-bien écrit sur la même matière. M. Bossuet en parle dans ses Variations. Le P. Langlois, Jésuite, imprima en 1703 une Histoire très-exacte des Croisades contre les Albigeois

Autrefois on disoit & on écrivoit Aubigeois & Aubegeois, soit qu’on parlât du canton de Languedoc, soit qu’on parlât des hérétiques qui ont tiré leur nom de ce canton. 

En cel temps fu d’Aubijois, sires, 
Simon le Comte de Monfort. Guiart.

 

Et dans l’Ordéne de Chevalerie de Hue de Tabarie. MS. 

Ja li bon durer ne porroient 
Se che n’est fors de Sarazins. 
D’Aubejois & de Barbarins.

☞ ALBINOS. Nom que les Portugais donnent à des Maures blancs, qui ont les cheveux blonds, les yeux bleus, le visage & le corps si blanc, qu’on les prendroit de loin pour des Anglois ou des Hollandois. Mais de près la blancheur de leur teint n’est point naturelle ; elle est pâle & livide, comme celle d’un lépreux. Les Nègres les regardent comme des monstres, & ne leur permettent pas de multiplier. Ainsi ils viennent d’un pere ou d’une mere Nègres. Vossius croit que ces Maures blancs sont de vrais lépreux, & que cette blancheur n’est autre chose que l’effet d’une maladie qui leur desseche la peau. Il croit même que tous les Nègres seroient sujets à cette lèpre, s’ils n’avoient soin de la pré-