Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/266

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légitime que je prends pour moi, & dont je me saisis.

Les Espagnols appellent encore Aldea un village, ou une bourgade : & les esclaves, hommes & femmes, sont appelés Aldii, Aldiæ, Aldiones, & Aldionæ, du même mot ael, ou parce qu’ils étoient à la campagne, dans les villages, dans les terres que l’on héritoit de ses peres, ou parce qu’ils étoient une partie de l’alleu, ou patrimoine. Icquez paroît avoir rencontré la véritable origine de ce mot alleu ou alodes, en le dérivant de deux mots de la langue teutonique & gothique, all, tout, & lod, revenu : suivant cette étymologie alleu, alodes, veut dire un bien dont le revenu appartient tout entier à celui qui possede le fonds dont le revenu est franc ; c’est ce qu’on a exprimé par le terme de franc-alleu. Voyez M. Bignon sur Marculphe, & le P. Sirmond sur les Capitulaires de Charles le Chauve, & Chifflet dans son Glossaire.

☞ FRANC-ALLEU. Liberum allodium. Petit pays de France, dans la basse Auvergne, au pays de Combraille, sur les confins du Bourbonnois. Il est ainsi appelé à cause des exemptions dont il jouit.

ALLEVEURE. s. f. On prononce allevûre. Petite monnoie de cuivre ; la plus petite qui se fabrique en Suède. Elle ne vaut pas tout-à-fait le denier tournois de France. Deux alleveures font la roustique : huit roustiques font le marc de cuivre : 24 marcs font la richedale commune, qui est au prix de l’écu de France de 60 sous.

ALLEZER, ou ALEZER. v. a. Terme d’Artillerie. C’est nettoyer l’ame du canon, l’agrandir, & la rendre du calibre dont il faut qu’elle soit. M. Suriray de Saint Remi, dans ses Mémoires d’Artillerie, page 70 du 2 Tome, explique la manière d’allezer les canons, & dans la première vignette du même tome, il a fait graver au haut du coin de la main droite la manière dont cela se fait, & on en donne quelque explication sur le mot boîte, au 19e article. Voyez Allezoir.

☞ ALLEZER, terme d’Horlogerie, c’est rendre un trou circulaire fort lisse & poli, en y passant un allezoir.

ALLEZOIR. s. m. C’est un châssis de charpente suspendu en l’air avec de forts cordages qui le tiennent bien ferme. On y place une pièce de canon pour l’allezer. Il y est perpendiculairement la bouche en bas, dans laquelle entre un couteau bien acéré & bien tranchant, qui est posé sur un arbre de fer, planté bien ferme en terre. Il est traversé horizontalement par une roue ou par une croix aussi de fer, sur laquelle on met des hommes ou des chevaux pour la faire tourner. On descend & l’on remonte le canon à mesure qu’il en est besoin, par le moyen des moufles & des poulies, afin de donner lieu au couteau de couper aussi avant qu’il le faut. Ce couteau est emboîté dans une boîte de fonte ou de cuivre ; il faut jusqu’à dix-huit boîtes différentes pour une pièce, & la pièce est environ deux heures à descendre. Voyez les Mémoires de M. de S. Remi.

☞ ALLEZOIR. Outil d’Horlogerie, broche d’acier trempé, ronde, polie & un peu en pointe, servant à polir intérieurement & à accroître un peu les trous ronds dans lesquels on la fait tourner à force.

ALLEZURE. s. f. C’est ainsi qu’en termes d’Artillerie on appelle le métal qui tombe en bas lorsqu’on allèze des canons.

ALLI. petite rivière du royaume de Naples. Semirus, Allius. Elle arrose la Calabre ultérieure, & se jette dans le golfe de Squilace, à peu de distance au levant de la rivière de Cantazaro.

ALLIA. Voyez Ahia.

ALLIAGE. s. m. Mélange de divers métaux, ou d’un seul métal de différens titres. Metallorum permistio ac temperatio. On le dit particulièrement de l’or ou de l’argent, & des monnoies. Le titre des monnoies change suivant la quantité d’alliage qu’on y met. L’argent d’Allemagne est plus bas que celui de Paris, parce qu’on y met plus d’alliage. L’alliage pour les statues se fait moitié de cuivre rouge, & moitié de cuivre jaune. Félib. Charles le Chauve défendit que dorénavant il ne fût fait aucun alliage d’or ni d’argent dans le royaume. Le Blanc. Voyez les Capitulaires de ce Roi, T. II, fol. 117, §. 8.

Ce qui a donné lieu à l’alliage, est 1°. Le mélange des métaux, qui ne viennent pas des mines en leur entière pureté. 2°. L’épargne de la dépense qu’il faudroit faire pour les affiner. 3°. La nécessité de les rendre plus durs par quelque portion d’autre métal. 4°. La fonte des monnoies étrangères qui sont alliées. 5°. Les frais de la fabrication qui sont pris sur la monnoie. 6°. Le droit des Princes pour leur seigneuriage.

Alliage, se dit en Arithmétique du mélange de plusieurs choses ensemble de divers prix, ou de différente valeur. Par la règle d’alliage on suppute, ou le prix commun de ce mélange de choses de différente valeur ; ou combien il faut de chacune de ces choses pour en composer un mélange sur un certain pied, afin de les réduire à un certain prix, ou à un certain nombre.

Alliage, se dit aussi au figuré pour toute sorte de mélange & d’union. Conjunctio. Les élémens sont des êtres simples qui naissent du premier alliage des principes. Roh. Il n’y a guère de vertu si pure qu’il n’y entre quelque alliage.

ALLIAIRE. s. f. Alliaria. Plante qu’on appelle autrement Herbe des Aulx, & dans quelques endroits aillet, tous noms qu’on lui donne parce qu’étant écrasée, elle rend une odeur d’ail. Elle pousse plusieurs tiges à la hauteur d’un pied & demi, menues, un peu velues. Ses feuilles sont au commencement rondes, comme celles du lierre-terrestre, ensuite elles deviennent un peu longues, & dentelées tout à l’entour. Ses fleurs naissent aux sommités, blanches, petites, de quatre feuilles, & de filamens jaunâtres ; il leur succède de petites gousses longuettes, anguleuses, contenant des semences oblongues, menues, noires. Sa racine est longue, menue, dure, blanche, sentant l’ail. Cette plante croît le long des haies. Lorsque les vaches en mangent, leur lait & le beurre qu’on en fait a un goût d’ail, de même que les œufs des poules qui en ont mangé. C’est une espèce de Julienne, ou Hesperis. Quelques-uns l’appellent, Hesperis allium redolens. On s’en sert dans les sauces, & dans les ragoûts. Elle est bonne aussi pour faire uriner, contre le venin, contre les vieilles toux, & sur-tout contre la gangrène.

ALLIANCE. s. f. Liaison, union qui se forme entre deux personnes, ou deux familles, par le moyen d’un mariage. Affinitas, Affinitatis conjunctio. Il y a plusieurs alliances contractées entre ces deux maisons. L’heureuse alliance de la France & de l’Espagne. L’alliance est une cause de récusation. Les Romains blâmoient les alliances basses dans les Princes : elles choquoient leur amitié, dit Tacite. De Roch. La loi des douze Tables défendoit les alliances entre les personnes inégales de biens & de condition. Id. Les mariages étoient défendus en Portugal entre les hommes qui n’avoient jamais fait la guerre, & les filles des nobles. Id. Ce mot vient d’adligatio. Huet.

Alliance, se dit figurément en choses spirituelles & morales, pour affinité spirituelle. Il se contracte une alliance spirituelle au Baptême entre le parrain & la marraine, le pere & la mere du baptisé. La plupart des bourgeois s’appellent compere & cousin, & il n’y a rien de plus ordinaire entr’eux que ces noms d’alliance. Cail. Voy. Affinité.

Alliance, se dit aussi des unions des ligues, des traités qui se font entre des Souverains & des Etats, pour se joindre d’intérêt dans une défense commune. Fœdus. La triple alliance de la Hollande avec la Suède & l’Angleterre a été fort fameuse. Ainsi on dit, Jurer alliance avec quelqu’un. Ablanc. Recevoir quelqu’un en son alliance. Id. Rompre, quitter l’alliance de quelqu’un. Arn. C’est en ce sens qu’on dit, L’alliance de Dieu avec les hommes, ou avec son peuple. L’Arche d’alliance chez les Juifs étoit le coffre où étoient renfermées les Tables de la loi, qui contenoient les principaux articles de cette alliance.

☞ On dit l’ancienne & la nouvelle alliance, l’ancien & le nouveau Testament. L’alliance du Seigneur avec la race d’Abraham. Cette alliance dura depuis