Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/268

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autre, & broga, comme qui diroit un homme venu d’une autre terre, venu d’ailleurs ; mais le nom d’Allobroge étoit fait long-temps avant que la langue gauloise fût mêlée du latin : ainsi M. Bochard tire plus vraisemblablement ce nom de ברא, bro, qui en langage celtique, comme en hébreu, signifie, champ, terre. C’est ce qu’a voulu dire le Scholiaste de Juvénal, qui n’a pas su distinguer l’inflexion latine gis, gi, ga, des radicales bro. Al en cette occasion, comme en hébreu, על signifie haut ; desorte qu’Allobroge signifie celui qui habite un pays élevé, montagneux, des montagnes, un montagnard nom qui convient très-bien aux Allobroges, puisqu’ils occupoient depuis Genève jusqu’au Rhône, toute la Savoie & le Dauphiné, pays plein de hautes montagnes. Ptolomée dit que Vienne étoit la capitale des Allobroges. D’autres dérivent ce nom du grec Ἄρειος, qui signifie martial, belliqueux, de Ἄρης, Mars, & du gaulois Brig, qui signifie nation, peuple. Geofroy de Viterbe, Secrétaire des Empereurs Conrad III, Frédéric I, & Henri IV, dans l’onzième siècle, tire ce nom de celui d’une rivière nommée Labroga, sur les bords de laquelle les Allobroges, selon lui, habiterent d’abord. Borel dit qu’il vient d’al & de brava, parce que les Allobroges étoient un peuple de Gallia bracata : & ailleurs il dit qu’il vient d’al, tout, lo, hhut, & brig, ou brug, pont, ou tour, donjon, montagne, comme s’il y avoit berg. J. Picard, dans sa Celtopédie, Liv. III, pag. 136, a pensé que ce nom étoit grec, ἀπὸ των ἀλλων ϰαὶ του βρύειν, c’est-à-dire, de ἀλλος, autre & Βρύειν sourdre, être en mouvement, quod aliis, atque aliiis rebus movean tur, parce qu’ils étoient remuans, & qu’ils aimoient le changement. Il prétend que c’est à cela qu’Horace fait allusion, Epod. XVI. Novisque rebus infidelis Allobrox. Mais on peut dire contre ces étymologies, que dans les premiers temps, les lieux n’ont point donné le nom aux hommes, mais plutôt les hommes aux lieux. C’est un principe dont il ne faut guères s’écarter dans cette matière ; outre qu’il n’est pas sûr que les Allobroges aient habité d’abord les rivages de la Lobraga. Un nom grec pour les Gaulois, ou la composition d’un mot grec & d’un nom celte, ou gaulois, ne revient pas davantage, & Ἀλλοβριγες s’écrit par un iota. Il paroît que M. Bochard a été le plus heureux. César, Liv. I, Ch. 6. Ciceron, dans son Oraison pour Fonteius, Strabon, Liv. IV. Tite-Live, Liv. I. de la Décade III. Tacite, Liv. I. Hist. Ch. 66. Polybe, Liv. XXX. 50. M. Valois, Notit. Gal. sur Vienne, parlent des Allobroges. Les Anciens font mention du Sénat & du peuple des Allobroges. Aujourd’hui par Allobroges, nous n’entendons que les Savoyards ; & de là est venu que dans le style comique & familier, il est pris pour grossier, rustre, ou homme qui a le sens de travers. C’est un franc Allobroge. Traiter quelqu’un d’Allobroge. Acad. Fr. Il parle françois comme un Allobroge. Cette manière de parler n’est pas nouvelle, & nous trouvons dans Juvénal, Sat. VII, v. 214, qu’un certain Rhéteur gaulois, nommé Rufus, & qui eut de la réputation, traitoit Cicéron d’Allobroge par mépris. Voyez le II, Livre de l’Histoire de Dauphiné de Chorier.

ALLOBROGIE. s. f. Regnum, ou Ditio Allobrogum. Chorier prétend que le Royaume de Bourgogne a porté ce nom. Voici ses preuves & ses paroles. Gonrad, Abbé d’Usperg, écrivant que ceux qui étoient autrefois appelés Allobroges sont présentement nommés Bourguignons, dit que ce que nous appelons aujourd’hui Dauphiné, a été nommé autrefois Bourgogne. L’Auteur des Actes du Martyr S. Alban, publiés par Canisius, donne de même à Sigismond, fils de Gondebaud, le titre de Roi très-Chrétien des Allobroges. Guntherus, parlant à l’Empereur Frédéric I, dit aussi Allobrogum Regna, pour la Bourgogne. D’où il conclut : peut-on nier que le Dauphiné ou pays des Allobroges, n’ait été la principale province de cet État, puisqu’à cause d’elle tout le royaume de Bourgogne a été autrefois le royaume des Allobroges ?

ALLOBROGIQUE. adj. m. & f. Allobrogicus. Qui appartient, ou qui a rapport aux Allobroges. On donne le titre d’Allobrogique à Q. Fabius Maximus, pour avoir vaincu les Allobroges. Pline, Liv. VII, Ch. 50.

ALLOCATION. s. f. Terme de compte, qui se dit lorsqu’on approuve, & qu’on alloue un article, & qu’on le passe en compte. Computationis approbatio. Il y a la moitié des articles de ce compte qu’on dispute, dont on ne sauroit obtenir l’allocation. Ce mot vient du latin alloco.

ALLOCUTION. s. f. Harangue que les Généraux & les Empereurs Romains faisoient à leurs troupes. Allocutio. Le don de haranguer étoit d’un bien plus grand usage chez les anciens que parmi nous. Les Empereurs Romains s’en sont fait honneur sur leurs médailles. Ils donnoient le nom d’Allocution aux harangues militaires qu’ils faisoient à la tête des troupes, & la légende ordinaire des médailles frappées à ce sujet, est Allocutio. M. l’Abbé Tilladet donna en 1705 une Histoire chronologique de ces allocutions marquées sur les médailles des Empereurs Romains.

La première est de Caligula. Ce Prince y est représente debout en habit long sur une tribune, d’où il harangue l’armée, dont on n’a représenté que quatre soldats, ayant le casque en tête & leurs boucliers en main, comme tout prêts à partir pour une expédition. Dans l’exergue on lit : Adloc. coh. c’est-à-dire, Adlocutio cohortium. La seconde est de Néron, au revers de laquelle on trouve à peu près le même type & la même légende : Adlocut. coh. La troisième est de Galba, représenté en habit de guerre avec le mot seul Adlocutio à l’exergue. La quatrième est de Nerva, représenté en habit long, sur une tribune près d’un temple. Derrière l’Empereur deux autres figures d’hommes aussi en habit long, & dans l’exergue Adlocvtio. Avg. Trajan est le cinquième, Adrien le sixième, qui nous fournit plusieurs types d’allocutions. En voici deux singulières. On voit derrière l’Empereur le Préfet du Prétoire, & dans l’exergue sur l’une : Adlocvtio coh, Prætor. & sur l’autre, coh. Prætor. sans Adlocutio. Dix autres médailles d’Adrien, le représentent haranguant en habit de guerre, & plus ordinairement même à cheval, & pour légende : Exercitvs Britannicvs, Cappadocicvs, Diacicvs, Germanicvs, Hispanicvs, Mavretanicvs, Mæsiacus, Noricvs, Rhæticus, Syriacvs. On en trouve ensuite dans M. Aurèle, dans Luce Vère, dans Commode. Mais dans celui-ci la légende est : Fides exercitvs p. m. tr. p. XI. Imp. VII. cos. V. pp. Septime Sévère, Caracalla, Géta ont le même type & de semblables légendes. Macrin, pm. tr. p. Sévère Alexandre, Adlocvtio avg. cos. pp. Gordien le pere, les deux Philippe pere & fils, que quelques-unes de leurs médailles nous représentent tous deux ensemble debout sur une tribune haranguant leurs troupes. Une médaille de moyen bronze très-rare représente Valérien & Gallien en regard : Concordia Avgvstorvm. Au revers ces deux Princes debout sur une tribune, ayant derrière eux le Préfet du Prétoire : Adlocvtio Avgvstor. Posthum. a trois types différens d’allocutions, sans le mot Adlocvtio, mais avec Exercitvs Avg. Exercitvs isc. Exercitvs vac. Tacite, Adlocvtio Avg. Probus, Adlocvtio militum. Numérien & Carin son frere, Adlocvtio Avg. Enfin le dernier dont nous ayons une allocution est Maxence. L’inscription est Adlocvtio Avg. & dans l’exergue, Rep. Voyez l’Hist. de l’Acad. des Inser. T. I. p. 240.

Allocution, se dit aussi de la médaille qui représente une allocution. Voilà une belle allocution, & bien conservée. Toutes les allocutions sont estimées. Plus les revers ont de figures, plus ils sont à estimer, particulièrement quand ils marquent quelqu’action mémorable. Par exemple, la médaille de Trajan, Regna adsignata, ou il paroît trois Rois au pied d’un théâtre, sur lequel on voit l’Empereur qui leur