Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/307

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vient de ambio, je tourne autour, ou bien de amb, ou ambu, ancienne préposition, qui signifie autour ; & urbs : ville. Scaliger, dans ses notes sur Festus, prétend que les Amburbies & les Ambarvales, sont la même cérémonie.

AMC.

AMCOPELTZ HOKELL. Montagne d’Irlande. Amcopetum. Elle est extrêmement haute. On la met à neuf ou dix lieues de la ville de Stolhelt.

AME.

☞ AME. s. f. Anima. C’est ainsi qu’on appelle le principe de la vie dans les êtres vivans.

☞ On appelle ame végétative, l’ame qui fait croître les plantes. Ame sensitive, celle qui fait croître, mouvoir & sentir les animaux. Et ame raisonnable, celle qui est le principe de la vie, de la pensée, & des mouvemens volontaires dans l’homme.

☞ Les anciens Philosophes ont admis une ame qui anime le monde, un esprit universel répandu dans toutes les parties de l’univers, qui est le principe de tous les mouvemens qui s’y exécutent. Diffusa per artus mens agitat molem, & magno se corpore miscet. Platon traite fort au long dans son Timée de l’ame du monde. D’autres ont donné des ames à tous les globes célestes & à la terre pour en régler les mouvemens.

L’ame végétative est le principe de la nutrition, de l’accroissement, & de toutes les productions des végétaux. L’ame végétative n’est point distinguée de la matière. C’est, si l’on veut, la sève préparée dans la terre, par le soleil & par les organes des végétaux où elle se filtre, se travaille, & se rend propre à produire tout ce que nous voyons dans les plantes. C’est, selon d’autres, la disposition des parties de la plante. Voyez Plante, Accroissement, Végétation, Suc.

L’ame sensitive est le principe de la vie, & de toutes les actions, & des mouvemens qui se font dans les bêtes. Les Péripatéticiens enseignent que ce principe ou cette ame est matérielle, mais non pas matière ; qu’elle n’est point créée, mais tirée de la matière, educitur ex materia ; qu’elle est capable de connoissance & de sentiment, & qu’elle finit avec la vie de l’animal. Les Epicuriens, les Gassendistes & les Cartésiens soutiennent qu’elle n’est point distinguée de la matière. Les premiers prétendent néanmoins qu’elle a du sentiment. Pour les Cartésiens, ils prétendent que les bêtes sont de pures automates, ou des machines, que les objets & les corpuscules qui en sortent, déterminent par pure mécanique aux mouvemens que nous leur voyons faire ; qu’elles n’ont par conséquent nulle connoissance, nul sentiment de douleur & de joie ; & que leur ame, de même que celle des plantes, ne consiste que dans un arrangement de parties, qui les rendent les unes & les autres propres à faire leurs fonctions.

Le premier sentiment ne paroît pas soutenable. Peut-on se persuader qu’un être tel que la matière, dans lequel il est impossible de concevoir autre chose que des parties & de l’étendue, soit capable de connoissance & de sentiment ?

L’opinion des Cartésiens n’est pas mieux fondée. Il ne se passe rien en nous qui puisse nous convaincre, & même nous faire penser, que les mouvemens des bêtes qui répondent a nos mouvemens volontaires, se fassent par la seule disposition de la machine. Bien plus, nous avons en nous de quoi nous persuader positivement, que les mouvemens dont il s’agit, ne se font point dans les bêtes par la seule disposition de la machine. Ce qui se passe dans l’extérieur des bêtes, doit nous faire penser tout le contraire de ce qu’enseignent les nouveaux Philosophes. Enfin les Cartésiens ne parlent & ne raisonnent point du tout conséquemment en cette matière. Ce sont quatre propositions que le P. Daniel a développées très-nettement dans ses Nouvelles Difficultés. Voyez aussi son Voyage de Descartes.

Les Epicuriens ont crû, que l’ame n’étoit autre chose qu’un air subtil composé d’atômes ; & les Stoïciens, que c’étoit une flamme subtile, ou une portion de la lumière céleste. Les Platoniciens enseignoient l’immortalité de l’ame. Parmi les Juifs la secte des Sadducéens croyoit que les ames sont mortelles, & corruptibles ; & qu’elles ne sont ni punies ni récompensées après la mort. Jésus-Christ les confondit par les termes mêmes de la loi, comme il est rapporté dans S. Matthieu, ch. XXII. v. 29 & suiv. en leur montrant que Dieu s’appeloit le Dieu d’Abraham, d’Isaac, & de Jacob, en parlant aux descendans de ces Patriarches, & long-temps après leur mort ; qu’ainsi il falloit bien que leurs ames fussent encore vivantes ; car Dieu n’est point le Dieu des morts, & des gens qui ne feroient plus rien ; mais il est le Dieu des vivans. La secte des Pharisiens croyoit l’ame immortelle ; que celles des justes passent en d’autres corps, & que celles des méchans souffrent des tourmens qui durent toujours. La secte des Esséniens prétendoient que les ames sont immortelles & incorruptibles ; qu’elles sont d’une substance aérienne très-subtile ; que les ames des bons s’envolent dans une région tempérée, & qu’un doux zéphir rend toujours agréable ; & qu’au contraire celles des méchans n’ont pour demeure que des lieux glacés, où elles gémissent éternellement dans des peines infinies. Tous les livres Indiens que j’ai vus supposent l’immortalité de l’ame. Lettr. ed. La passion que les Anciens avoient de laisser des monumens de leur gloire, étoit une marque de la croyance qu’ils avoient de l’immortalité de l’ame. Il ne faut qu’une réflexion sur nous-mêmes, pour reconnoître qu’il y a en nous une substance qui pense. Le doute même que nous formerions sur cette matière, est une preuve de son existence. Cette substance qui pense, & qui agit d’une manière dont la matière est incapable, est ce qu’on appelle Esprit. On donne le nom d’ame à ceux de ces esprits qui ont été créés pour être unis à des corps.

Les Cartésiens définissent l’ame, une substance qui pense ; & ils prétendent que cet attribut qui lui est spécial, en prouve la spiritualité & l’immortalité. La pensée est aussi essentielle à l’ame, que l’étendue à la matière. Or on ne sauroit concevoir que la matière disposée & arrangée d’une certaine manière, puisse produire une pensée. Il y a trop de différence entre les propriétés de la matière, & les opérations de l’ame, lorsqu’elle juge, ou qu’elle raisonne. D’où il s’ensuit qu’elle est spirituelle. Il en résulte en même temps que l’ame étant incorporelle, & immatérielle, elle ne peut-être dissoute, ni détruite par l’atteinte des agens extérieurs ; & qu’étant simple & sans parties, elle ne peut être séparée ni divisée. Par conséquent elle est immortelle. Pour que ces raisonnemens soient vrais, il n’est pas nécessaire de recourir au principe faux des Cartésiens, & de définir l’ame, une substance qui pense. Il suffit que l’ame soit capable de penser, & qu’elle produise en effet des pensées, sans qu’il soit besoin que la pensée soit son essence. Il n’est pas plus essentiel à l’ame de penser, que de vouloir ; & ni l’un ni l’autre n’est l’essence de l’ame ; car une chose sans laquelle je puis concevoir l’ame, & sans laquelle elle peut être, n’est pas son essence. La comparaison de l’étendue, que les Cartésiens prétendent être l’essence du corps, ne prouve rien ; ou si elle prouve quelque chose, c’est contre eux-mêmes ; puisque l’Eucharistie montre que leur sentiment n’est pas trop sûr. D’ailleurs si la pensée est l’essence de l’ame, comme une chose ne se produit point soi-même, qu’on ne produit point son être, ni son essence, l’ame ne produira point ses pensées ; elle ne produira pas plus ses volontés que ses pensées. Ainsi la voilà réduite à la condition des bêtes, ou même des corps inanimés, sans action, sans liberté. Si les Cartésiens entendent seulement parler de la faculté de penser, ils ont encore tort de dire que c’est l’essence de l’ame ; elle n’est pas plus son essence que la faculté de vouloir, puisque l’on conçoit quelque chose dans l’ame avant ces deux facultés. Au reste, les Cartésiens prouvent très-bien la spiritualité & l’immortalité de l’ame, parce qu’elle pense : mais il ne faut pas leur faire honneur de cette preuve, comme d’une invention qui leur soit propre : tous les bons Philosophes l’ont dit avant eux, & le disent encore. La véritable définition de l’ame est celle-ci. L’ame