Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/326

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AMONITION. s. f. Ce mot ne se dit qu’en cette mauvaise phrase. Pain d’amonition. Panis castrensis. Le soldat le dit par corruption, au lieu de pain de munition : mais il ne faut pas l’imiter. Cependant Du Cange remarque qu’on a dit Amonitio dans la basse latinité, pour signifier substance ; & il prétend que c’est de-là qu’est venu ce mot usité parmi les troupes, pain d’amonition pour signifier le pain qu’on leur donne pour leur subsistance ; & il écrit Amonition seulement par un m.

AMONT. adv. qui se dit d’une chose plus haute à l’égard d’une autre, & sur-tout en parlant de pays. Suprà, sursùm, è superiori loco. Il est opposé à aval. La Bourgogne est appelée, à l’égard de Paris, le pays d’amont. Et généralement ce qui est vers la source des rivières, est pays d’amont. On dit monter en amont, pour dire, remonter, aller contre le fil de l’eau : & on disoit autrefois, montez amont ; pour dire, montez ici haut. Ménage dérive ce mot de ad montem.

Vent d’amont, est le vent d’Orient opposé à vent d’abas, ou d’aval, qui est celui d’Occident. Apeliotes, solanus. On dit en Fauconnerie, tenir amont, quand l’oiseau se soutient en l’air, en attendant qu’il découvre quelque gibier.

AMORAVIS. Les anciens Romanciers appellent ainsi les Sarrasins, ou les Maures d’Afrique ; peut-être parce que leurs Amirs ou Emirs ; c’est-à-dire, leurs Rois ou Gouverneurs, y établirent leur domination. On lit dans le Roman manuscrit d’Aubery cité par M. Du Cange, Hongres, venarres, acapars beduins, des Esclaves & des Amoravis.

AMORBACH. Petite ville d’Allemagne. Amorbachium. Elle est sur la rivière de Mult ou Milt, dans l’électorat de Mayence, près du comté de Wertheim.

AMORCE. s. f. Appât dont on se sert à la chasse, ou à la pêche, pour prendre du gibier, des bêtes carnacières ou du poisson. Illicium. On met de la chair pour servir d’amorce pour prendre des loups. Ce mot, selon quelques-uns, vient de hamus ; & ils prétendent qu’on doit écrire hamorce. D’autres le dérivent de à morsu.

Amorce, est aussi de la poudre à canon fort fine, qu’on met dans le bassinet des armes à feu, pour les faire tirer. Ignis illicium. On appelle aussi amorce, une trainée de poudre, ou une corde préparée pour faire tirer des boîtes tout de suite, ou des pétards & des fusées pour un feu d’artifice.

Amorce, se dit aussi des mèches soufrées, qu’on attache aux grenades, ou à des faucilles avec lesquelles le feu prend aux mines.

Amorce. Terme d’Artificier. Ignis illicium. Ce mot qui signifie dans l’usage ordinaire la poudre grenée qui donne feu à la lumière d’un canon, s’entend en matière de feu d’artifice, d’une pâte de poudre écrasée dans de l’eau pour la rendre adhérente à l’orifice d’un artifice, auquel elle doit donner le feu lorsqu’elle est sèche ; quelques-uns l’ont appelée Feu grugé, peut-être par corruption de feu grégois, mais plutôt du mot écrasé, synonyme de grugé, comme lorsqu’on dit du sel grugé.

Amorce. Terme de Commandement dans l’exercice, tant sur mer que sur terre.

Amorce, se dit figurément en Morale de tout ce qui attire la volonté en flattant les sens ou l’esprit. Illecebra. L’argent & les plaisirs sont les amorces du vice. Les vertus apparentes de quelques Hérétiques ont été des amorces pour faire embrasser leur doctrine par les peuples qui ne jugent que par les apparences. Craignez d’un vrai plaisir les amorces trompeuses. Boil. La louange est une amorce agréable. Bouh. Des plaisirs de l’amour vanter la douce amorce. Boil.

L’amour a beau parler ;
Pour engager un cœur, ses amorces sont vaines,
Si ce cœur ne court pas au-devant de ses chaînes.

Corn
.

Du bien que nous cherchons la longue jouissance
Peut flatter, mais non pas contenter nos désirs ;
Quand un souhait finit, un autre recommence,
Un plaisir sert d’amorce à de nouveaux plaisirs.

Le P. Ledrel.

☞ AMORCER. v. a. Terme de Chasse & de Pêche. Garnir d’amorce, ou attirer avec l’amorce. Inescare, escà illicere, allicere. On amorce un hameçon, on le garnit d’une amorce. On amorce le poisson, on l’attire en lui jetant de petites pelotes de mangeaille. Voyez Pelote & Peloter. On amorce une souricière, on y met une amorce, un appât pour attirer les rats & les souris. On amorce le Gibier.

☞ Au figuré, c’est attirer par quelque chose qui flatte l’esprit ou les sens. Illicere, pellicere, inescare. On se laisse amorcer au gain. On est amorcé par le gain. On est amorcé par l’espérance d’une récompense. Cet homme sait amorcer les gens. Il n’est pas du style noble.

Ménage dérive ce mot de amorsare, qui a été fait de morsus, comme morceau de morcellus.

Amorcer. Terme d’Artillerie. Mettre de l’amorce à un canon, à un mousquet, ou à quelque autre arme à feu. ☞ Mettre de la poudre à tirer dans le bassinet des armes à feu, à des fusées, à des pétards, &c. Pulverem ignis illicem indere, unmittere. Amorcez votre fusil, il ne sera pas temps de le faire quand le gibier paroîtra.

Amorcer. Terme de Charpentiers, Menuisiers, Charrons, & autres Ouvriers en bois. Il signifie, se servir de l’amorçoir, pour commencer à percer dans une pièce de bois un trou qu’on veut achever avec la tarière ou le laceret, selon l’usage qu’on leur destine. On le dit aussi de la première ouverture que l’on fait avec l’ébauchoir, pour entailler une mortoise.

Amorcer. Terme de Serrurier. C’est ôter quelque chose du fer, avant que de le percer.

AMORCÉ, EE. part.

AMORÇOIR. s. m. Outil d’artisans qui travaillent en bois, & qui sert à commencer à le percer. Il y a des tarières de plusieurs sortes de grosseurs, dont les plus petites s’appellent des amorcoirs.

AMORGO, MORGO, MORGOS. Île de l’Archipel. Amorgus. Elle est entre Naxi & Stampalie. C’est la patrie de Simonides.

AMORIUM. Ville autrefois considérable de l’Asie mineure, ou d’Anatolie. Amorium. Elle étoit dans la Phrygie. Elle fut détruite par les Sarazins, vers le milieu du IXe siècle.

AMORRHÉEN, ENNE. s. m. & f. Amorrhæus. Peuple descendu d’Amorrhée. Amorrhæus, fils de Chanaan. Gen. X, 15. Les Amorrhéens étoient divisés en deux parties. Les uns habitoient les montagnes de la terre de Chanaan ; les autres s’étoient établis au-delà du Jourdain, & y avoient fondé deux royaumes, celui de Basan & celui d’Hésébon. Moyse ayant vaincu ceux-ci, donna leur pays aux Tribus de Gaad, de Ruben, & à la moitié de la Tribu de Manassès.

☞ AMORTIR. v. a. Affoiblir, diminuer la violence de quelque chose, faire perdre de la force. Infringere. La natte d’un jeu de paume amortit le coup de la balle & empêche sa réflexion. On garnit un sautereau d’épinette d’un morceau d’étoffe, pour amortir le son de la corde.

Amortir. Rendre moins violent, moins ardent, éteindre une chose allumée. Extinguere, restinguere. Cet incendie a été grand, il a fallu de l’eau pour l’amortir. Amortir le feu d’un érésipèle avec de l’oxycrat.

☞ Il se dit souvent avec le pronom personnel. L’ardeur de la fièvre s’amortit par la saignée. Extingui, restingui.

☞ Il se dit aussi des couleurs, pour signifier, en diminuer la vivacité, l’éclat, par des couleurs sombres, ou autrement. Ces couleurs sont un peu trop vives & trop dures, il faut les amortir par d’autres plus douces.

☞ On le dit aussi des herbes, pour signifier, en diminuer la force, l’amertume. Amortir des herbes, c’est les laisser dans l’eau chaude autant de temps qu’il en faut pour leur ôter leur verdeur, sans les faire cuire.