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16 secondes. M. Cassini a donné à l’année solaire apparente 365 jours, cinq heures, 49’, 5”. à l’année moyenne 365 jours, cinq heures, 29’, 12”. C’est précisément l’année Grégorienne. Tacquet donne à l’année apparente 365 jours, cinq heures, 48’, 45”. Et à la moyenne, 365 jours, cinq heures, 48’, 40”. Dans les Nouvelles littéraires de la mer Baltique, 1699. Mars, pag. 83. Joachim Tædius donne à l’année solaire 365 jours, cinq heures, 47’, 50”. 16 . L’année lunaire est de 354 jours, & de 49’, pendant lesquels elle parcourt douze fois le zodiaque. L’an solaire est, ou astronomique ou civil. L’astronomique est, ou tropique ou astral. Le tropique ou naturel, consiste dans le temps que le soleil emploie à parcourir le zodiaque. L’astral est l’espace que le soleil emploie à retourner au même astre d’où il s’étoit éloigné. L’an civil, ou politique, est la forme de l’année que chaque nation a établie pour compter le temps.

Les Astronomes font une autre division de l’année. Ils distinguent l’an planétaire, l’an émergent, l’an climactérique. Lannée planétaire, est le temps qu’une planète emploie à parcourir le zodiaque par son mouvement propre d’occident en orient. Ainsi l’an planétaire de la lune est de vingt-sept jours. L’an du soleil, de Vénus & de Mercure, est de 365 jours. L’an de Mars est de deux ans, l’an de Jupiter de douze ans, & l’an de Saturne de trente ans. Ces années planétaires s’appellent aussi périodes. L’an émergent est l’époque où chaque peuple commence à compter, comme les Grecs par la 1. Olympiade. L’année climactérique est l’espace de 7 ou de 9 ans, pendant lesquels on prétend qu’il arrive quelque changement dans le tempérament de chaque personne. En particulier à l’égard de l’année lunaire on la distingue en commune ou embolismique. L’an lunaire commun est de 365 jours. L’an embolismique est celui où l’on intercaloit un treizième mois lunaire, ensorte que cette année embolismique étoit de 384 jours.

Les hommes curieux de découvrir la cause de la vicissitude des saisons, s’apperçurent bientôt que l’éloignement ou la proximité du soleil, produisoit cette diversité ; & ils appelerent année, tout l’espace de temps que le soleil emploie à parcourir l’intervalle dans lequel il roule sans cesse. Cependant l’on n’a point fait par-tout le même calcul du cours du soleil. Si on en croit Hérodote, les Egyptiens ont les premiers distingué l’année en douze mois, qui faisoient 360 jours. Mercure y ajouta cinq jours : & l’on dit que Thalès institua l’année sur le même pied chez les Grecs. Cela n’étoit pourtant point général dans la Grèce. Il y avoit trop de villes indépendantes les unes des autres, pour convenir d’une règle uniforme. L’année des Hébreux étoit mixte ; car quoiqu’elle fût dirigée selon le cours de la lune, c’est-à-dire, de douze mois lunaires, ils intercaloient tous les trois ans un mois de 30 jours ; & par cette augmentation, leur année se rapprochoit à la mesure de l’année solaire. Voyez le Calendrier des Hébreux traduit par Munster, & imprimé à Bâle en 1527, & dans la Bibliothèque Rabbinique de Bartolocci, Tom. II. pag. 550. & suiv.

Diodore de Sicile, Liv. I. Plutarque dans la vie de Numa, & Pline, Liv. VII. ch. 48 disent que les Egyptiens mesurerent d’abord leurs années par le cours de la lune, & qu’elles n’étoient que d’un mois ; qu’ils les firent ensuite de trois mois, puis de quatre, comme celle des Arcadiens ; puis de six, comme celles des peuples d’Acarnanie, & que c’est pour cela qu’ils comptent un si grand nombre d’années depuis le commencement du monde, & que l’on trouve dans leur Histoire, des Rois qui ont vécu 1000 ou 1200 ans. Mais Hérodote ne parle point de cela ; il dit même que l’année Egyptienne étoit de douze mois, comme nous l’avons rapporté. D’ailleurs, nous savons par l’écriture que dès le déluge, l’année étoit composée de douze mois. Cham & son fils Mizraïm, fondateur de la monarchie d’Egypte, avoient donc cet usage ; il n’est pas probable que ses descendans l’aient changé. Enfin, quoique Pline rapporte absolument, & sans restriction, ce que nous avons dit, Plutarque ne le rapporte que comme une chose incertaine, ne disant pas que cela est vrai, ni qu’il en ait des monumens ou des preuves ; mais seulement qu’on le dit. Bien plus, Diodore de Sicile nous fait entendre que ce n’est qu’une conjecture de je ne sais quels Auteurs qu’il ne nomme point, & qui probablement avoient imaginé ce système, pour ajuster & réduire la chronologie Egyptienne à celle des autres peuples, & la rendre croyable. Ἀπίστου δ’ἴντος τοῦ πληθους τῶν ἐτών ἐπιχειροῦσι τίνες λέγειν ὀτί, &c. C’est-à-dire, ce nombre d’années étant incroyable, quelques-uns tachent, ou entreprennent de dire ; paroles qui montrent évidemment ce que j’ai remarqué. Un Auteur récent a écrit que Varron avoit dit de tous les peuples de la terre ce que ces auteurs disoient des Egyptiens, & il ajoute que Lactance l’en reprend avec sujet. Je ne sais en quels endroits de Varron ou de Lactance, il a vû cela. Ce que je sais, c’est que Lactance, Liv. II. Divin. Inst. c. 13, où il rapporte le sentiment de Varron, ne le fait parler que des seuls Egyptiens ; mais saint Augustin, Liv. XV. De Civit. Dei. ch. 14. montre que les années des Patriarches, marquées dans l’Ecriture, sont semblables aux nôtres, & qu’une des nôtres n’en vaut pas dix des leurs ; & quoiqu’il n’attribue ce sentiment à personne, il semble cependant que quelqu’un l’avoit soutenu, puisque ce Saint le réfute. Au reste, il ne parle point de tous les peuples de la terre ; mais seulement des Patriarches des Hébreux.

Les Romains commençoient leur année aux calendes de Janvier. Romulus peu versé dans l’Astronomie, abrégea l’année en 10 mois, qui s’achevoient en 304 jours. Numa Pompilius corrigea la confusion qu’apportoit cette constitution irrégulière de l’année, & composa les mois de Janvier & Février, des jours qui manquoient à l’année de Romulus, & les plaça devant le mois de Mars, que Romulus avoit mis le premier : en le consacrant au Dieu Mars son pere. Enfin, Jules-César, pour donner une forme certaine à l’année, la régla par le cours annuel du soleil : & pour trouver place aux jours dont l’année solaire surpassoit l’année lunaire de Numa, qui étoit de 355 jours, il les distribua sur les mois qui en avoient le moins. Ainsi l’année fut fixée à 365 jours & six heures. L’année chrétienne est constituée selon la réformation de Jules-César. Cependant, parce que l’année, qui à cause de lui a été appelée Julienne, étoit plus longue de quelque minutes que l’année solaire astronomique, cette erreur presque imperceptible, répétée plusieurs fois, devint considérable ; ensorte que depuis la correction de César, elle formoit 10 jours, & que par-là les équinoxes avoient presque remonté au commencement des mois. Le Pape Grégoire XIII, pour remédier à ce dérangement des temps, qui s’augmentoit tous les ans, convoqua les plus habiles Astronomes ; & pour remettre les équinoxes dans leur place, il ordonna par une bulle, que l’an 1582, on retrancheroit 10 jours qui s’étoient accrus depuis le concile de Nicée, & que l’on compteroit le 15 Octobre, lorsqu’on ne devoit compter que le 5. Cette bulle datée du 6 des calendes de Mars, ou du 24 de Février 1582, qui étoit la dixième année du pontificat de ce Pape, fut publiée à Rome le Jeudi 3 Mars 1582, & confirmée par une déclaration du 7 Novembre de la même année. Sur quoi est intervenu en France l’édit du Roi Henri III, donné à Paris au mois de Novembre 1582, portant que le 9 Décembre suivant étant expiré, le lendemain, que l’on auroit compté le dixième, seroit compté le vingtième du même mois, & le lendemain 21, auquel se célébreroit la fête de S. Thomas, que le jour d’après seroit le 22 ; de sorte que le jour qui auroit été le 15, seroit compté le 25, & qu’on y célébreroit la fête de Noël : que cette année 1582, finiroit 6 jours après la fête de Noël, & que la suivante que l’on compteroit 1583, commenceroit le septième jour d’après la même fête.

L’an, se distingue par différentes marques particulières, qu’on y a attachées. Ans de grâce, sont ceux que l’on compte depuis la naissance de Jésus-Christ 1769.