Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/354

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ANATOCISME. s. m. Anatocismus, Usurarum renovatio, usurarum usura, Fœnoris fœnus. Conversion des intérêts en principal. C’est un contrat usuraire, lorsque des intérêts d’un principal, on en a fait un contrat de constitution ; ou bien lorsque l’on joint les intérêts au principal, & que dans un même billet, ou autre acte, on comprend les intérêts avec le principal. Il n’est point d’usure plus défendue, ni plus criante que l’anatocisme, parce qu’il n’en est point qui ruine plus sûrement & plus vîte les familles. L’anatocisme est défendu sévérement dans le Droit Romain Liv. VIII, God. de usuris. Il est aussi très-expressément défendu en France. L’Ordonnance du Roi, donnée à Saint Germain au mois de Mars 1679, parle ainsi, Tit. VI, art. 2. Les Négocians & Marchands, & aucun autre, ne pourront prendre l’intérêt d’intérêt sous quelque prétexte que ce soit. Et encore, Défendons aux Négocians & Marchands, & à tous autres, de comprendre l’intérêt avec le principal dans les lettres ou billets de change, ou autres actes. M. Domat a remarqué à ce sujet, Liv. III des Lois Civil. Tit. I, n. 10, qu’il faut prendre garde de ne pas confondre avec les intérêts des deniers, les revenus d’une autre nature, comme le prix d’un bail à ferme, les loyers d’une maison, & les autres semblables. Car ces sortes de revenus sont, dit-il, différens des intérêts, en ce que les intérêts ne sont pas un revenu naturel, & ne sont de la part du débiteur, qu’une peine que la loi lui impose pour son retardement, & de la part du créancier un dédommagement de la perte qu’il souffre de n’être pas payé ; au lieu que le prix des fruits & des loyers, est un revenu naturel, qui de la part du débiteur est la valeur d’une jouissance dont il a profité, & de la part du créancier un bien effectif, qui en ses mains fait un capital comme ses autres biens. Ainsi, conclut-il, le débiteur d’un bail à ferme, ou des loyers d’une maison, en doit justement les intérêts depuis la demande. C’est ce que l’on entend quand on dit que l’anatocisme est toléré pour les fermages.

Il ajoute dans ses notes : les rentes constituées à prix d’argent sont d’une autre nature qu’un loyer, ou le prix d’un bail. Car ces rentes ne sont pas des fruits d’un fond, & n’ont pour principal qu’une somme de denier qui a fait le prix de l’acquisition de la rente. Ainsi les arrérages de ces rentes ne peuvent jamais produire d’intérêts, ni s’accumuler avec le principal, pour faire un capital, dont le débiteur puisse devoir de nouveaux intérêts. Cependant l’anatocisme est aujourd’hui toléré pour les arrérages des rentes foncières ; & on l’exige après avoir obtenu une sentence pour cela. Quant aux Mineurs, il dit au v. 13, que la règle qui défend les intérêts des intérêts n’empêche pas qu’ils ne puissent exiger légitimement de leurs tuteurs non-seulement les intérêts des sommes provenues des intérêts, que les débiteurs du mineur ont payés au tuteur, mais même les intérêts des intérêts des sommes que le tuteur lui-même pourroit devoir en son nom ; car, dit-il, tous ces intérêts entre les mains des tuteurs sont des capitaux, dont leur charge les oblige de faire un emploi. Il en apporte la raison, Liv. II, Tit. 1, sect. 3, v. 24, dans ses notes. Si le tuteur, dit-il, se trouve débiteur en son nom envers son mineur, il sera tenu de comprendre dans le fonds qui proviendra des revenus, les intérêts de ce qu’il devra lui-même. Car il a dû en faire le payement, & il en est de même à son égard que s’il les avoit reçus d’un autre débiteur. A semetipso exigere eum oportuit. lege 36, ff. de Neg. gest. Ainsi dans ces cas l’anatocisme n’est pas défendu.

Ce mot est grec, & Cicéron s’en est servi en latin ; il vient d’ἀνα, préposition qui dans la composition signifie, répétition, rénovation, duplication, & de τόκος, qui veut dire usure. Ainsi anatocisme est, usure de l’usure, intérêt de l’intérêt.

ANATOILE. s. f. Nom de femme, Anatolia. Sainte Anatoile, que nos Auteurs modernes nomment vulgairement Sainte Anatolie, & que l’on trouve aussi nommée Callisthène, étoit Romaine de naissance. Baill.

ANATOLE. s. m. Anantolius. Nom d’homme, qui signifie, qui se lève ou qui est levé, d’ἀνατέλλω ; quelques Auteurs de Dictionnaires disent Anatole ; mais l’usage le plus commun, pour ne pas dire général, est de conserver en François le mot latin. Anatolius, Patriarche de Constantinople au Ve siècle, fut fort opposé au Pape S. Léon.

ANATOLICO. Bourg de Grèce, situé dans le Despotat. Anatolicum. Il est à l’entrée du golfe de Lépante, & au couchant de la ville de Lépante, bâti dans les lagunes, ou marais, à peu près comme Venise.

ANATOLIE. Anatolia. Nom que les Grecs ont donné à l’Asie mineure. Ἀνατόλη dans leur langue signifie, levant, orient. L’Asie mineure est à l’orient de la Grèce, c’est de-là que lui vient ce nom. Les Turcs prononcent Anadoli. Quelques-uns disent Natolie par corruption ; car le vulgaire entendant l’Anatolie, a cru que la étoit l’article, & Natolie le nom entier, au lieu que l’A est du nom, & que celui de l’article est mangé, comme dans l’Angleterre. C’est ainsi que quelques-uns disent la Pouille, au lieu de l’Apouille, d’Appulia. Dès l’an 1050 Cultumise s’étoit fait reconnoître pour Souverain de la plus grande partie de l’Asie mineure, ou de l’Anatolie, & il avoit établi le siége de sa domination à Jornium. De Vertot, Hist. de Malte.

Anatolie. s. f. Nom propre. Voyez Anatoile.

☞ ANATOMIE. s. f. C’est ainsi qu’on appelle la dissection du corps, ou de quelque partie du corps d’un animal, de même que l’art de disséquer le corps humain, ou celui d’un animal, pour connoître par ce moyen la situation, la forme, les fonctions des parties qui le composent. Anatome, dissectio, confectio, Ars dissecandi corpora. Ceux qui ont écrit de l’Anatomie chez les Anciens sont, Hipocrate, Démocrite, Aristote, Erasistrate, Galien, Avicenne, Hérophile, & plusieurs autres, qui en avoient parfaitement connu la nécessité, & qui la regardoient comme la plus importante partie de la Médecine, sans laquelle il nétoit pas possible de connoître l’usage des parties du corps humain, ni par conséquent les causes des maladies. Cependant elle avoit été entièrement abandonnée pendant plusieurs siècles, & ce n’a été que dans le seizième qu’elle a commencé à se rétablir. La dissection du corps humain a passé pour un sacrilège jusqu’à François I, & on voit une consultation que fit faire l’Empereur Charles V, aux Théologiens de Salamanque, pour savoir si en conscience on pouvoit disséquer un corps pour en connoître la structure. Le Gendre. Vesale, Médecin Flamand, mort en 1564, est le premier qui ait débrouillé ce qu’on appelle Anatomie. Id. Ceux qui y ont le plus contribué sont, Carpus, Jacques Sylvius, Charles Etienne, Vesale, Fernel, Columbus, Fallope, Eustathius, Fabrice d’Aquapendente, Paré, Du Laurens, Casserius, Gaspar Bauhin, Hofman, Riolan, &c. Mais ceux qui sont venus depuis, l’ont beaucoup perfectionnée, & l’ont enrichie d’un grand nombre de belles découvertes. Aselius découvrit les veines lactées en 1622. Le célébre Harvée publia son admirable découverte de la circulation du sang, en 1628, que le P. Faber, Jésuite, avoit cependant enseignée avant lui. Pecquet découvrit le réservoir du chyle, & les conduits thoraciques en 1651. Olaüs Rudbek, Suédois, & Thomas Bartholin, trouverent les vaisseaux lymphatiques en 1650 & 1651. Warthon trouva en 1655 les conduits salivaires inférieurs. Stenon découvrit les conduits salivaires supérieurs, ceux du palais, des narines & des yeux en 1661. Il travailla aussi sur les muscles, & sur d’autres parties avec beaucoup de succès. Wirsungus, en 1642, découvrit le conduit du pancréas. Willis, qui est venu depuis, a donné l’Anatomie du cerveau & des nerfs, d’une manière beaucoup plus exacte qu’on n’avoit fait avant lui ; il avoit pourtant omis plusieurs choses considérables, qui ont été depuis remarquées par Vieussens, célébre Médecin de Montpellier, & qui a aussi composé un excellent traité du cerveau & des nerfs. Glisson a traité du foie ; Wharton, des glandes ; Graaf, du suc pancréatique, & des parties de la génération, tant des