Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/359

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Le mot de Presbyteri, qui est si souvent dans le nouveau Testament, & qui comprend également les Prêtres & les Evêques, signifie ancien. Voici ce qu’a remarqué là-dessus M. Simon, dans son supplément aux Ceremonies des Juifs, imprimé à Paris en 1681. Ceux qui tenoient les premiers rangs dans les synagogues, étoient ordinairement appelés Zekémin, Anciens, à l’imitation des 70 Anciens, que Moyse établit pour être les Juges du Sanédrin. Celui même qui présidoit aux autres, prenoit le nom d’Ancien, étant seulement comme le Doyen des Anciens. Dans les premières assemblées des Chrétiens, ceux qui y tenoient le premier rang, prirent aussi le nom de Presbyteri, Anciens ou Prêtres. Le Président, ou Evêque, qui étoit le chef des Anciens, prenoit la qualité d’Ancien ; & c’est pour cette raison que dans le nouveau Testament, le nom d’Evêque est quelquefois confondu avec celui de Prêtre ou Ancien. Ceux qui n’ont pas lu cette origine du nom de Prêtre, ont cru mal-à-propos qu’il n’y avoit au commencement du Christianisme, aucune différence entre les Evêques & les Prêtres.

Pour cette même raison, le conseil des premières assemblées des Chrétiens étoit appelé Presbyterium, ou conseil des Anciens. L’Evêque y présidoit en qualité de premier Ancien, & de chef, étant assis au milieu des autres Anciens. Les Prêtres ou Anciens qui étoient à ses côtés, avoient chacun leur chaire de Juge, & c’est à cause de cela qu’ils sont appelés assessores Episcoporum par les Peres de l’Eglise. Il ne s’exécutoit rien de considérable qui n’eût été auparavant délibéré dans cette assemblée, où l’Evêque ne composoit qu’un corps avec les autres Anciens ou Prêtres, parce que la Juridiction qu’on nomme aujourd’hui Episcopale, ne dépendoit point de l’Evêque seul, mais de tous les Anciens, dont l’Evêque étoit le Président.

Anciens. s. m. C’est le nom que les Calvinistes autrefois, lorsqu’ils étoient tolérés en France, donnoient à un certain nombre de personnes, qui conjointement avec les Pasteurs composoient leurs consistoires, pour prendre garde aux intérêts de leur religion, & pour faire observer leur discipline. On le choisissoit d’entre le peuple, & on les recevoit publiquement avec quelque sorte de cérémonie. Le nombre des Anciens étoit réglé. Le Roi défendoit aux Anciens des consistoires, de souffrir aucun Catholique Romain dan leur prêche. Voyez l’Edit de Louis XIV de 1680.

Anciens. s. m. plu. Terme de Coutume usité en Lorraine, pour signifier propre. Aliéner ses anciens, disposer de ses anciens, c’est-à-dire, aliéner ses propres, disposer de ses propres.

ANCIENNEMENT. adv. Autrefois, dans les siècles passés. Priscè, antiquè, olim. Anciennement on vivoit dans le monde avec plus de franchise.

ANCIENNES. s. f. Religieuses qui sont depuis long-temps au couvent, & dont on prend les suffrages pour les choses qui regardent le bien de la maison. Il faut consulter les Anciennes sur cette affaire.

ANCIENNETÉ. s. f. Ce qui fait qu’une chose est ancienne, le long-temps, la longue durée qu’une chose a subsisté, ou qu’il y a qu’elle est passée, qu’il y a entre elle & nous. Antiquitas, vetustas. Cela est établi de toute ancienneté. L’ancienneté des maisons est une marque de leur noblesse.

On le dit aussi de ce qui est plus ancien, & par priorité de temps ; & en ce sens, c’est le temps qu’il y a qu’une personne est reçûe dans une charge, ou dans une compagnie, ou qu’elle a droit à quelque chose, avant que d’autres fussent entrés dans ces corps, ou eussent ce même droit. Jus antiquitatis. L’ancienneté de son hypothèque le fera payer devant vous. L’ancienneté de sa réception le fera monter le premier à la Grand’Chambre. C’est l’ancienneté qui règle les rangs.

ANCILE. s. m. Ancile. C’est le nom d’un petit bouclier qui tomba, dit-on, du ciel sous Numa Pompilius. En même-temps une voix se fit entendre, qui dit que Rome seroit la maîtresse du monde, tant qu’elle conserveroit ce bouclier. Ainsi ce fut le Palladium de Rome. Denys d’Halycarnasse, Lactance, Ovide, Fast. Liv. III. v. 373, rapportent cette fable. Les Anciles se gardoient dans le temple de Mars, & tous les ans au mois de Mars on les portoit en procession autour de Rome, & le trentième jour de ce mois on les renfermoit.

On donne différentes origines à ce nom. Camérarius & Muret croient qu’il est grec, & qu’il s’est formé d’ἀγϰύλος, qui signifie, courbé. De-là vient que quelques Auteurs qui les suivent, écrivent ancyle & ancylia, par un y. Plutarque, dans la vie de Numa, écrit ἀγϰύλια, & dit que Juba, dans son Histoire, vouloit à toute force que ce mot eût été tiré du grec. Mais les médailles & les manuscrits condamnent cette orthographe. Dans Antonin Pie ANTONIUS AUG. PIUS P. P. TR. P. COS. III. & au revers IMPERATOR. II. SC. ANCILIA, avec deux anciles. Varon, au Liv. VI. De ling. lat. dit que ces boucliers étoient appelés ancilia ab ancisu, parce qu’ils étoient coupés, ou échancrés des deux côtés, de même que les boucliers des Thraces, qu’on nommoit pelta. Plutarque, dans la vie de Numa, dit la même chose de la figure des anciles ; mais il différe de Varon, en ce qu’il prétend que ce n’étoit point la figure des peltes, qui étoient toutes rondes & sans échancrures. Ovide, au Liv. III. de ses Fastes, v. 377 semble dire que la figure de l’ancile étoit toute ronde, & que c’étoit pour cela qu’il étoit appelé ancile, comme si l’on avoit dit ancisum, de am & cæde, coupé tout autour egalement ; desorte, dit ce Poëte, qu’on n’y remarque aucun angle de part ni d’autre. Plutarque dit encore après Juba, qu’ancile pourroit bien venir d’ancon, ἀγϰὼν, coude, parce qu’on porte ces armes au coude. Une autre étymologie, qui n’est que de lui & non pas de Juba, comme les deux autres qui sont grecques, est que ce mot vient d’ἀνέϰαθεν, qui signifie, d’en haut, pour marquer que l’ancile étoit tombé du ciel. Il ajoute encore de son chef deux ou trois autres étymologies grecques, si peu vraisemblables, que je ne les rapporterai point. L’opinion de Varon paroît la plus vraie. Au reste, quoiqu’il ne fût tombé du ciel qu’un ancile, il y en avoit pourtant douze, parce que pour conserver plus sûrement celui-là, Numa par le conseil, dit-on, de la Nymphe Egérie, en fit faire onze autres tout semblables à celui-ci, afin que si quelqu’un vouloit entreprendre de l’enlever, comme Ulysse enleva le Palladium, il ne pût distinguer l’ancile véritable des faux anciles. Il institua de plus les douze Saliens pour la garde de ces boucliers. M. Béger, rapporte, Tom. II. p. 560, une médaille d’Auguste, au revers de laquelle il y a deux boucliers, qu’il prétend être des anciles.

ANCILLARIOLE. s. m. Mot forgé du latin Ancillariolus. Il se trouve dans la Bibliothèque des Gens de Cour, encore y est-il en italique : il signifie, selon le Dictionnaire de Boudot, un homme qui se plaît à caresser les servantes, qui en est amoureux. Guillaume Colletet avoit épousé trois servantes. Il étoit Ancillariolus. C’est un mot qui se trouve dans Martial, Liv. 12, épig. 58.

Ancillariolum tua te vocat uxor, & ipsa
Liecticariola est : estis Alauda pares.

Menagiana.

Ta femme, à des porteurs, osant bien s’attacher,
A tort de te nommer un Ancillariole :
Allez, vivez en paix tous deux sur ma parole :
Vous n’avez entre vous rien à vous reprocher.

ANCLAM. Ville du duché de Stérin, dans la Poméranie royale. Anclamum. Elle est sur la rivière du Péne, à quelques lieues au midi de Volgast.

☞ ANCOBER. Rivière d’Afrique, dans la Guinée, sur la côte d’or, environ à 16 lieues de la rivière de Chama.

Ancober, Royaume de la Côte d’Or, en Guinée, auprès de la rivière du même nom. Il y a dans ce pays, des femmes qui ne se marient jamais, & qui se dévouent à une prostitution publique ; & ce qu’il y a