Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/423

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adorant. Poës. du Roi de Navarre. Vieux mot hors d’usage.

AORASIE ou l’invisibilité des Dieux. s. f. Les Anciens étoient persuadés que lorsque les Dieux venoient parmi les hommes, & conversoient avec eux, leur divinité ne se manifestoit jamais en face ; ils ne se faisoient reconnoître que par derrière dans le moment qu’ils se retiroient. C’est ainsi que Neptune, dans Homère, (Iliad. II.) après avoir parlé aux deux Ajax sous la figure de Calchas, n’est reconnu d’eux qu’à sa démarche par derrière lorsqu’il les eut quittés.

AORÉ. Vieux mot, qui se dit encore en Normandie pour servir d’épithète au Vendredi-Saint. Ménage le dérive d’adoratus, à cause qu’on va adorer la croix ce jour-la. Comme l’on prononce oré, M. Nuablé a soutenu que ce Vendredi a été ainsi nommé du mot orare ; non-seulement à cause des fréquentes répétitions d’oremus, mais aussi à cause du grand nombre de prières que l’Eglise fait pour toutes sortes de personnes ce jour-là : car c’est le seul jour où l’Eglise prie pour les Schismatiques, les Hérétiques, les Juifs & les Idolâtres. Ce mot a signifié aussi doré & orné, parce qu’on disoit autrefois aorner, pour dorer & orner ; & en ce sens il venoit de adornare.

☞ AORER. Vieux mot qui signifioit adorer.

AORISTE. (prononcez ORISTE.) Aoristus, præteritum tempus indefinitum. Terme de Grammaire qui se dit de ces sortes de prétérits qui marquent indéfiniment le temps passé. Aoristus. Les Grecs ont deux aoristes, le premier & le second aoriste. La langue latine n’a point d’aoriste.

☞ Dans la langue françoise, on appelle aoriste le prétérit qui n’est point formé du verbe auxiliaire avoir ou être. J’ai aimé, est un prétérit parfait ; je vous aimai, est le prétérit indéfini, ou un aoriste.

☞ On se sert de l’aoriste quand l’action s’est passée dans un temps que l’on considère, comme tout-à-fait séparé du temps où l’on parle. Je fis hier une bonne œuvre, parce que hier est regardé comme ne faisant pas partie du temps où je parle. J’ai fait ce matin, parce que ce matin est regardé comme partie du reste du jour où je parle.

AORNE. Aornus. Lac d’Italie entre Pouzzol, & Bayes, ainsi appelé du grec ἀορνος, formé de l’α priv. & de ὄρνις, oiseau parce qu’il en sortoit des vapeurs malignes, qui en éloignoient tous les oiseaux, & faisoient mourir ceux qui passoient par-dessus. Les Poëtes feignoient que c’étoit un lac des enfers. Virgile, Lucrèce & Claudien l’appellent Averne ; il y a un lac de l’Epire nommé aussi Aorne.

Il y a encore d’autres lieux du même nom ; & surtout une ville de la Bactriane qu’Alexandre le Grand prit. Quinte-Curce, liv. VIII, ch. 2.

AORTE. s. f. Aorta. Terme d’Anatomie. C’est le nom qu’on donne à la grande artère qui sort du ventricule gauche du cœur, pour porter le sang dans tout le corps.

Ce mot vient du grec ἀορτή, où il signifie un vaisseau, un coffre. Voyez Artère.

AOS.

AOSTE, AOUSTE & OSTE. Nom de quelques lieux. Aoste, ou Aouste, Augusta, ou Augustum, autrefois petite ville, maintenant village du Dauphiné, sur les confins de la Savoie. Aost, ou Aouste, Augusta, autre village de Dauphiné, sur la Drome. Aoste, ou Aouste, ville dans les Etats de Savoie, sur la Doria, ou Doëre, Augusta Prætoria, Augusta Selassorum. On prétend que l’Empereur Auguste en est le fondateur, & qu’il y envoya une Colonie romaine. Elle est capitale d’un duché de même nom, & a un Evêque suffragant de l’Archevêque de Tarentaise. On y voit un arc de triomphe érigé pour Auguste, un colisée, & plusieurs autres monumens de l’antiquité. La vallée d’Aoste, autrement le val d’Aoste, ou d’Aouste, Vallis Augustana, est une vallée de Savoie, dans laquelle est située la ville dont nous venons de parler. Le duché d’Aoste, ou d’Aouste, Ducatus Augustanus, partie du duché de Savoie, qui comprend la vallée d’Aouste & six autres, toutes enfermées dans les Alpes. Il prend son nom de la ville d’Aouste, qui en est la capitale. S. Anselme, Archevêque de Cantorbéri, étoit de la ville d’Aouste.

AOU.

AOU. s. m. Aygulphus, Agiulphus, Aiulphus. Nom d’un S. Evêque de Bourges vers le commencement du neuvième siècle. Ce nom s’est formé par corruption du latin en plusieurs manières ; car on dit S. Aou ou bien S. Au, ou S. Hou, ou S. Aioul, ou S. Ayeul. Théodulphe d’Orléans donne de grands éloges à S. Aou, & le titre de Patriarche. Baill. 22 Mai.

AOUARA. s. m. C’est un fruit qui croît au Sénégal, en Afrique & aux îles de l’Amérique, & dont parle C. Biron dans ses Curiosités de la nature & de l’art. Il est gros comme un œuf de poule. Il naît avec plusieurs autres en forme de bouquet enfermé dans une grosse gousse attachée à un grand arbre épineux, qui est une espèce de Palmier. Quand les fruits sont en maturité, la gousse se creve & fait paroître ce bouquet, qui fait plaisir à la vue ; car les fruits étant mûrs, sont d’une couleur dorée. Les Indiens en mangent. Ces fruits renferment un noyau gros comme celui de la pêche, & très-dur. Il renferme une amande blanche qui a d’abord un goût fort agréable, mais à la fin en y trouve une petite pointe un peu forte, & qui approche du fromage de Sassenage. On tire une huile de cette amande qui a la consistance du beurre, d’un jaune doré, & d’une odeur d’Iris fort agréable. Les Africains en mangent sur le pain comme du beurre. Cette huile s’appelle Huile de Palme.

AOURNER. v. a. Orner, embellir, ajuster. Adornare. Il étoit encore en usage dans le siècle passé. Rabelais fait dire à Panocrates : Vous jurez, maître Jean. C’est, répond l’autre, pour aourner mon langage.

AOUSTE. Voyez Aoste.

AOUSTERELLE. s. f. Ce mot se disoit autrefois : on dit aujourd’hui Sauterelle dans le même sens. Je te remplirai d’hommes comme d’aousterelles. Bible Histor.

AOÛT. s. m. Augustus, Mensis sextilis. C’est le huitième mois de l’année, selon notre façon de compter, qui commence en Janvier ; mais il étoit le sixième, selon les Romains, qui l’appeloient pour cette saison Sextilis. Son nom fut changé en Augustus en faveur de César Auguste. Cet Empereur étant retourné des Gaules l’an 746 de Rome, travailla à régler le Calendrier. Ce fut à cette occasion qu’il fit donner son nom au mois d’Août. Tillemont. D’autres disent que ce fut parce que dans ce mois-là cet Empereur fut fait premièrement Consul, & qu’il remporta de grandes victoires. Les Turcs même ont pris ce nom des Calendriers grecs, ou latins, & l’appellent quelquefois Agostos. Ce mot Août n’a qu’une syllabe, & on prononce Oût. On dit, la Mi-Oût, en parlant de la Fête de l’assomption de la Vierge, du quinzième du mois d’Août.

Août, signifie aussi la récolte, la moisson des blés, & autres grains, quoiqu’on la fasse en plusieurs lieux dès le mois de Juillet. Tempus messis. Ce fermier a fait marché pour faire son août. On est dans la force de l’août ; c’est-à-dire, dans le grand travail de la récolte. Faire l’août.

On dit aussi figurément, qu’un homme fait son août, quand il est dans une saison ou dans une affaire où il gagne beaucoup. Cet homme a bien fait son août dans cette commission. Les Fermiers des entrées font leur août dans les mois de Novembre, Décembre & Janvier.

On dit proverbialement, en Août & en Vendanges, il n’y a ni fêtes ni dimanches.

Août. s. m. Nom d’homme. Augustus. Auguste, que nous appelons vulgairement S. Août, étoit de la maison de S. Désiré, Evêque de Bourges. Baill.

AOÛTER. v. a. Faire mûrir. Coquere. Il n’y a pas eu assez de chaud cet été pour aoûter les fruits. Il ne se dit guère qu’au participe.