Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/450

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ment Almus. Elle est près de Sirmium dans l’Esclavonie.

APPÂTELER. v. a. Donner de la pâtée ou autres alimens aux oiseaux, aux animaux, aux enfans, & aux hommes mêmes, quand ils sont paralytiques, ou si vieux, qu’ils ne peuvent manger seuls. Escam in os ingerere. Ce mot est plus vieux que celui d’appâter dans la même signification. Appâteler veut encore dire, selon Borel, faire bonne chère.

APPÂTELÉ, ÉE. part.

APPÂTER. v. a. Mettre un appât ou une amorce à un hameçon, ou à un piége, pour attraper du poisson, du gibier, ou des bêtes nuisibles. Inescare, escâ allicere.

Appâter, signifie aussi, donner à des oiseaux certaines pâtes pour les engraisser. Les chapons du Mans s’engraissent bientôt quand on a soin de les appâter. Ce mot est bien moins usité à Paris qu’en province, en ce sens, on dit au lieu d’appâter, donner de la pâtée. M. de Valincourt a dit dans la fable du Rossignol en cage,

La fille du logis le vient tous les matins
Appâter de ses propres mains.

Appâter, se dit par extension, du soin que prennent les femmes de faire manger les petits enfans. Cet enfant ne peut manger tout seul ; il faut avoir soin de l’appâter. On dit aussi en badinant d’un vieillard goutteux, ou de quelqu’un qui ne peut pas se servir de ses mains, qu’il faut l’appâter.

APPAUMÉ, ÉE. adj. terme de Blason, se dit d’un Ecu chargé d’une main étendue, & qui montre la paume. Manus expensa volam ostendens. Sur quoi quelques Blasonneurs ont dit en proverbe, « Je te donnerai les armoiries de Varroquier ; » pour dire, je te donnerai un soufflet, à cause que ses armes sont une main appaumée.

APPAUVRIR. v. a. Rendre pauvre. Pauperem facere, afferre egestatem alicui. Les procès ont appauvri ce gentilhomme. Il n’y a guère d’état qu’une guerre un peu longue n’appauvrisse. Le grand nombre d’enfans appauvrit les familles. Voyez Pauvre & Appauvrissement.

Appauvrir, se dit aussi au figuré des langues & des ouvrages d’esprit. Appauvrir une langue, c’est la rendre moins abondante ou moins expressive par le retranchement de quelques mots ou de quelques façons de parler. Jejunam linguam facere. La délicatesse outrée des Critiques appauvrit tous les jours la langue ; parce qu’au lieu de l’enrichir, on en retranche les vieux mots qui sont bons & significatifs. Souvent trop d’abondance appauvrit la matière. Boil.

Appauvrir, est aussi quelquefois neutre, & réciproque, & signifie, devenir pauvre. Pauperem, inopem fieri. Ce pays appauvrit tous les jours. Il faut bien que les uns s’appauvrissent, tandis que les autres s’enrichissent. Au figuré les langues vivantes s’enrichissent & s’appauvrissent selon la différence des temps & des esprits.

S’Appauvrir en effet, s’enrichir d’espérance.

De S. Mart.

On dit proverbialement, donner pour Dieu, n’appauvrit homme.

APPAUVRI, IE. part. pass. Pauper factus, redactus ad egestatem. Les Médecins disent, un sang appauvri d’esprits, sanguis effœtus, d’un sang qui a perdu presque tout ce qu’il avoit de volatil.

APPAUVRISSEMENT. s. m. Perte de biens, état d’indigence où l’on tombe par la diminution des choses nécessaires à la vie. Prolapsio ad inopiam. L’appauvrissement de cette famille est venu par les banqueroutes, par l’incursion des ennemis.

Il se dit figurément de l’état d’une langue qui devient moins abondante en mots, en expressions. Ce qui fait l’appauvrissement d’une langue, c’est que l’usage en supprime des termes & des expressions sans y rien substituer.

APPEAU. s. m. Vieux mot de pratique qui signifioit autrefois, Appel. Un Juge d’Appeaux, est un Juge supérieur. Il y a encore un greffe qu’on appelle, le Greffe des Appeaux. Voyez Appel.

Appeau, est aussi un sifflet d’Oiseleur, avec lequel il appelle les oiseaux en contrefaisant le son de leur voix. Illex. Il y a des appeaux pour toutes sortes d’animaux. Les appeaux dont on use pour appeler les oiseaux, les cerfs, les renards, &c. ne sont autre chose que des anches semblables à celles de l’orgue, qui ont différens effets, selon les petites boëtes qui les enferment.

Appeau, est aussi en terme d’Oiseleur, un oiseau qui fait venir les autres par son chant, & qui les engage à donner dans les divers piéges qu’on leur tend. Avis illex. Appelant est plus en usage qu’appeau en ce sens.

Appeau, est encore un terme de grosse Horlogerie, & c’est une manière de petite cloche qui sert à sonner les quarts & les demi-heures. Tintinnabulum. Appeau en ce sens n’est usité que parmi les gens de métier : les autres se servent ordinairement du mot de timbre.

Appeau. Sorte d’étain en feuille qui vient de Hollande.

APPEL. s. m. Recours à un Juge supérieur, pour faire réparer le grief d’une sentence qu’on prétend mal rendue par un Juge inférieur. Acte judiciaire par lequel une cause jugée par un tribunal inférieur est portée à un supérieur. Appellatio, Provocatio ad superiorem Judicem. Paul Emile & Budée ont remarqué qu’anciennement en France, les Baillifs & les Sénéchaux jugeoient en dernier ressort. Avant que le Parlement eût été établi sédentaire par Philippe le Bel, il ne s’assembloit qu’une ou deux fois l’an, & ne tenoit que peu de jours. Ainsi il ne connoissoit pas proprement des causes d’appel. Il jugeoit seulement en première instance les causes majeures, où il s’agissoit des comtés, ou duchés, ou du domaine de la couronne : c’étoit sa jurisdiction primitive & ordinaire. On ne trouve point d’arrêts rendus en ce tems-là sur des appels de Baillifs ou Sénéchaux. Il est vrai qu’il y avoit appel des Comtes & Ducs, les premiers Gouverneurs de province, & que cet appel ressortissoit devant le Roi, ou devant le Maire du Palais, qui étoit le Grand-Duc de France. Mais pour s’épargner la fatigue d’examiner tant de procès, les Rois de la seconde race déléguerent des commissaires, qu’ils envoyoient dans les provinces pour prononcer sur les appels des sentences rendues par les Juges inférieurs. Ces commissaires s’appeloient Missi Dominici. Cette coutume de juger les appels par des commissaires délégués, s’observe encore en Angleterre. Mais en France les Ducs & Comtes, sous la troisième race, s’étant érigés en seigneurs, & presque en souverains, ne voulurent plus souffrir ni les appels, ni ces commissaires, & ils usurperent la souveraineté de la Justice. Cependant les Rois reprenant peu à peu leur première autorité, attribuerent aux Baillifs ou aux Sénéchaux la juridiction des cas royaux, & la connoissance des causes d’appel, du territoire des Comtes ; en sorte que ces Juges ordinaires faisoient la fonction des commissaires délégués pour juger les appellations, & succéderent aux Missi Dominici. A la vérité, de peur que les Baillifs ou Sénéchaux n’abusassent de leur pouvoir, & afin de les tenir en bride, il fut permis aux particuliers de porter plainte au roi contre le Juge même : ces plaintes étoient appelées communément Requêtes ; & ces requêtes étoient rapportées par des Maîtres des requêtes. Si la requête étoit par eux jugée admissible, le Roi faisoit ajourner le Juge, & intimer la partie pour défendre le jugement. Mais en ce cas la plainte ne devoit pas consister en simples moyens d’appel, il falloit attaquer le Juge même, dont on ne pouvoit point appeler sous de simples griefs résultant du procès. Dans la suite on a confondu les plaintes & les appels ; & sur-tout depuis que le Parlement a été fixé & réduit en juridiction ordinaire, pour accroître son