Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/46

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L’alvéole étant réduit à sa première perfection, les abeilles y font quelquefois le jour même de nouveaux œufs, quelquefois elles y mettent auparavant du miel : nous avons vû les abeilles faire cinq fois différentes leurs petits dans les mêmes alvéoles dans l’espace de trois mois.

Les abeilles recueillent deux sortes de cire fort différentes. La première, qui est brune & gluante, leur sert pour boucher toutes les ouvertures de la ruche, & quelquefois d’appui pour y attacher les rayons. La seconde est la cire ordinaire, qu’elles emploient dans la construction des alvéoles. Les abeilles recueillent la cire ordinaire sur les feuilles d’un grand nombre d’arbres & de plantes, & sur la plupart des fleurs qui ont des étamines. Elles en ramassent une grande quantité sur les fleurs de roquettes, & principalement sur celles des pavots simples, qui ont une grande quantité de ces étamines, & elles prennent souvent toute leur charge sur une de ces fleurs. Mais elles travaillent avec une si grande vîtesse, que quelqu’attention qu’on y prête, les yeux ont bien de la peine à les suivre, & à s’assûrer de quelle manière elles s’y prennent. Il est certain qu’elles ramassent la cire avec les poils dont leur corps est garni, en se roulant sur la fleur ; car on les voit retourner de la campagne ces poils chargés de petites particules de cire en manière de poussière ; ce qui arrive seulement lorsque les matinées sont humides, l’humidité qu’il y a sur les fleurs étant peut-être cause que ces particules ne se peuvent lier facilement ensemble à l’endroit de leur corps, où elles ont coutume de les mettre ; mais lorsqu’elles sont arrivées dans la ruche, la chaleur faisant évaporer l’humidité, elles ramassent la cire plus facilement avec leurs pattes, en les passant plusieurs fois sur leurs poils. Pour l’ordinaire, elles recueillent les particules de cire avec leurs serres & leurs pattes de devant ; de celles-ci elles les font passer aux pattes du milieu, qui les portent ensuite sur l’article du milieu des deux pattes de derrière, où elle se trouve à la fin ramassée de la grosseur & de la figure de deux petites lentilles. Cet article est plus large que les autres, & il a une petite concavité en forme de cuiller, destinée à cet usage ; de plus, cette concavité est environnée de petits poils, qui servent, pour ainsi dire, de doigts pour retenir la cire dans cet endroit, afin qu’elle ne tombe point lorsque les abeilles s’en retournent à la ruche. Outre ces moyens que la nature leur a fournis, elles prennent encore d’autres précautions pour ne pas perdre le fruit de leur travail. A mesure qu’elles font passer les particules de cire sur les pattes postérieures, elles compriment ces particules ensemble ; ce qu’elles font par le moyen des deux pattes du milieu, qu’elles portent en arrière, & qu’elles appliquent plusieurs fois & en différens sens sur la cire, de la manière que nous avons coutume de comprimer avec les deux mains des particules que nous voulons ramasser ensemble. Elles ont principalement ces attentions, lorsqu’étant chargées d’une quantité suffisante de miel, elles sont prêtes de s’envoler, & de retourner à la ruche ; & si les fleurs sur lesquelles elles sont appuyées, n’ont pas assez de consistance, ou sont agitées par le vent, elles cherchent quelque lieu plus fiable, & plus propre à résister aux petites compressions qu’elles font sur la cire.

Les abeilles arrivées à la ruche, se déchargent de la cire ordinaire en deux manières différentes. Appuyées sur leurs deux pattes de devant, elles font plusieurs mouvemens des ailes & du corps, à droite & à gauche ; & comme si ce mouvement & le bruit que font les ailes par ce mouvement, étoit pour avertir leurs compagnes qui sont dans la ruche, il en vient trois ou quatre qui prennent chacune une portion de cire avec leurs serres. A ces premières, il en succède plusieurs autres, qui prennent chacune leur part, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de cire sur la patte des mouches : après quoi elles retournent à la campagne pour y faire une nouvelle récolte. C’est aussi de cette manière qu’elles sont déchargées de l’autre sorte de cire, qui est une espèce de glu, qui tient si fort à la patte de l’abeille qui en est chargée, qu’il faut que les abeilles qui la détachent, & celles qui en sont chargées, fassent des efforts, & se cramponent pour qu’elle puisse être tirée. Mais lorsqu’il y a dans la ruche un grand nombre d’alvéoles, pour se décharger de la cire ordinaire, elles pratiquent une manière bien plus prompte & qui n’a besoin d’aucune aide. L’abeille chargée cherche un alvéole dans lequel il n’y ait ni miel, ni aucun ver ; l’ayant trouvé, elle s’attache par les deux pattes de devant sur son bord supérieur ; ensuite elle plie le corps un peu en devant pour mettre les deux parties postérieures dans l’alvéole : dans cette situation elle porte en arrière les pattes du milieu, une d’un côté, l’autre de l’autre, & les faisant glisser de haut en bas le long des deux pattes postérieures où sont les deux corps lenticulaires de cire, elle les détache en cette manière, & les fait entrer dans l’alvéole. Il y en a qui se contentent de laisser la cire à l’endroit de l’alvéole où elle tombe en la détachant des pattes ; mais la plûpart, après s’en être déchargées, entrent dans l’alvéole, & rangent fort proprement au fond les deux petits corps de cire, l’un à côté de l’autre. Cela fait, l’abeille se retire.

Presqu’aussitôt il en vient une autre ; il y en a même qui sont à attendre que la première soit sortie, pour y entrer & faire à leur tour leurs ouvrages. Si les deux morceaux de cire ne sont pas rangés, elles les portent au fond de l’alvéole, & les détrempent avec leurs deux mâchoires pendant un demi-quart-d’heure ; de sorte que quand la mouche se retire, ces deux petits corps sont réduits en manière de pâte qui prend la figure de l’alvéole comme dans un moule ; ce qui fait juger que l’abeille en détrempant la cire, y mêle quelque liqueur, soit miel, soit simple humidité qui doit sortir de l’endroit d’où elles ont coutume de rejeter le miel, & dont la vessie est peut-être remplie.

Plusieurs autres mouches viennent se décharger de la même manière dans le même alvéole, & y faire le même ouvrage, jusqu’à ce qu’il soit plein de cire, qui est quelquefois par étages de diverses couleurs, blanchâtre, jaune, rouge & brune, suivant les feuilles ou les fleurs sur lesquelles la cire a été recueillie par différentes abeilles.

On trouve en plusieurs endroits de la ruche une grande quantité d’alvéoles pleins de cire, qui sont comme autant de magasins auxquels elles ont recours dans les occasions, parce qu’elles en ont besoin, une grande partie de l’année, pour couvrir les alvéoles où sont enfermés les petits, & pour boucher ceux qui sont pleins de miel.

La cire qui se trouve dans les alvéoles, n’est pas encore parfaite comme celle dont les rayons sont formés ; car quoique la première soit détrempée avec de l’humidité, elle se réduit en poussière quand on la presse avec les doigts, au lieu que l’autre cire est une espèce de pâte liée. Il faut donc que les abeilles, avant que de l’employer dans la construction des rayons, fassent à la cire quelque préparation. Ce qui le fait croire encore, c’est que la cire enfermée dans les alvéoles, qui est souvent de différentes couleurs, est toujours blanche immédiatement après que les rayons sont bâtis.

Pour le miel, les abeilles le recueillent sur les fleurs dont le calice n’est guère plus profond que la longueur de leur trompe ; mais il y a si peu de miel dans chaque fleur, qu’elles en parcourent un grand nombre avant que d’en avoir ramassé une quantité suffisante pour remplir leur petite vessie. Dans l’instant que les abeilles se posent sur la fleur, elles étendent leur trompe, & la portent jusqu’au fond du calice, où elles vont sucer le miel. Quand la vessie se trouve pleine, les abeilles retournent à la ruche, & portent le miel dans un alvéole, en le rejetant par la partie de la tête, qui est entre les deux mâchoires, qu’elles alongent plus qu’à l’ordinaire, & qu’elles ne tiennent guère ouvertes. Elles posent le miel en remuant la tête tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ; & lorsqu’il y a quelque goutte qui n’est pas bien rangée, elles