Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/47

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alongent la trompe pour la recueillir, & pour la placer ensuite dans le même ordre que le reste, en la rejetant comme auparavant. Il faut le miel d’un grand nombre d’abeilles pour remplir un alvéole.

Quand les alvéoles sont pleins de miel, si elles le veulent conserver pour l’hiver, elles bouchent ces alvéoles en y faisant un couvercle fort mince de cire ; mais ceux où est le miel destiné pour servir de nourriture journalière, restent ouverts & à la disposition de tout l’essaim. Le miel qu’elles réservent le dernier pour leur nourriture, est toujours placé dans la partie supérieure de la ruche, si elle n’a point de couvercle qu’on puisse lever ; mais s’il y en a un, elles laissent dans la même partie supérieure des rayons vides, & posent le miel vers le milieu de la ruche.

Les abeilles aiment la propreté, & il n’y a rien qu’elles ne fassent pour la conserver. La glu qu’elles recueillent, leur sert à mastiquer les vitres autour de la ruche, et la ruche même autour du piédestal, de sorte que par ce moyen elles empêchent l’entrée aux moindres insectes.

Il y a des abeilles qui restent à l’ouverture de la ruche, pour s’opposer aux insectes qui veulent passer par cette ouverture ; & lorsqu’une abeille n’est pas assez forte, plusieurs autres viennent à son secours. Malgré tout cela un limaçon ayant pénétré dans la ruche, après être mort des piqûres de leurs aiguillons, fut couvert de toutes parts de ce mastic dont nous avons parlé, soit pour empêcher la mauvaise odeur que sa chair auroit pu causer, soit pour éviter les vers que cette corruption auroit pu produire.

La nature a doué les abeilles d’un odorat très-fin ; elles sentent de fort loin le miel & la cire.

Elles ont diverses manières de se caresser, auxquelles elles paroissent très-sensibles. Elles sont aussi sujètes à se battre & à se tuer, non-seulement dans un combat singulier, mais aussi dans des batailles générales : ce qui n’arrive pourtant ordinairement que lorsqu’en automne la récolte du miel n’est pas suffisante pour la nourriture de tout l’essaim pendant l’hiver.

Il semble qu’elles aient quelque pressentiment du beau & du mauvais temps ; car non-seulement elles ne sortent pas lorsqu’il y a apparence de mauvais temps ; mais lorsqu’il doit arriver quelqu’orage, celles qui sont à la campagne, le previennent, quittant leur travail, & arrivant à la ruche presque toutes à la fois, & avec beaucoup de précipitation. Elles font la même chose lorsqu’elles sont surprises à la campagne par quelques pluies, même légères.

Rien ne convient mieux aux abeilles que la chaleur ; plus elle est grande, plus elles sont animées & actives au travail. Le froid au contraire leur est si nuisible, que quelqu’animées qu’elles soient dans la ruche, lorsqu’elles en sortent pendant l’hiver, elles en sont saisies, & restent presqu’aussitôt sans mouvement. Si on les approche du feu, la chaleur leur rend leur première vigueur. Pour se garantir du froid pendant l’hiver, elles se placent vers le milieu de la ruche serrées les unes contre les autres, dans l’espace qui est entre deux rayons. Là elles s’agitent de temps en temps sans changer de place ; ce mouvement excite une chaleur qui les préserve du froid extérieur ; cette chaleur est telle, lorsqu’elles sont en agitation, qu’elle se communique aux vitres de la ruche qui en sont proche, & elle est très-sensible quand on y applique la main.

Il y a apparence que dans le travail elles se succèdent les unes aux autres, parce qu’elles travaillent nuit & jour dans la ruche, & qu’il y a une partie des abeilles qui se reposent même pendant le jour. Ce repos ne laisse pas d’être utile au public ; car leur présence dans la ruche cause une chaleur avec laquelle se couvent les petits dans les alvéoles ; ce que l’on a reconnu par l’expérience suivante. On a quelquefois détaché des morceaux de rayons, où il y avoit des petits vers dans les alvéoles, & on les a laissés au bas de la ruche. Une grande quantité d’abeilles alloient alors se poser sur ces rayons détachés, & y restoient jusqu’à ce que tous les petits fussent sortis en abeilles, après quoi elles abandonnoient entièrement le rayon. Cette expérience fait encore voir le soin que les abeilles ordinaires prennent des petits.

Les abeilles ont diverses manières & divers mouvemens, par le moyen desquels elles s’entendent les unes les autres ; par exemple, quand une abeille qui travaille aux rayons, demande du miel à une autre qui arrive, celle qui demande du miel, alonge sa trompe, & la porte entre les serres de celle qui le doit donner ; à mesure que celle-ci rejette le miel par cet endroit, l’autre le reçoit avec la trompe, sans qu’il s’en répande une goutte. Elles s’entendent aussi, lorsque par un mouvement des ailes elles demandent à être déchargées de la cire qu’elles ont recueillie à la campagne : quand le matin elles s’excitent pour sortir du travail ; lorsqu’enfin plusieurs abeilles veulent quitter un endroit, si une fait un mouvement des ailes, qui cause un petit son, toutes les autres, à l’exemple de la première, font le même mouvement, & se retirent. C’est apparemment de la même manière qu’elles s’avertissent dans la ruche, lorsqu’elles se préparent à sortir pour faire un nouvel essaim.

Il y a beaucoup d’apparence que les Bourdons sont les mâles des abeilles, comme le Roi est la femelle. Mais nous en parlerons au mot Bourdon.

On dit pour le moins aussi communément, Mouche à miel, que l’on dit, Abeille. Voyez Mouche a miel.

On a souvent fait entrer les abeilles dans des devises. Une abeille avec ce mot d’Horace, Studiosa florum, est la devise d’un homme appliqué à des ouvrages d’esprit. Elle conviendroit encore mieux à une femme savante. Une ruche, & Labor omnibus unus, convient à une société de gens qui travaillent de concert. Et avec ce mot pris de Virgile, Ore legunt sobolem, on l’a appliqué aux Prédicateurs. Et ceux-ci à des Savans, Utile dulci, ou E pluribus unum. Ephèse a une grosse abeille au revers de ses médailles. Les abeilles, si l’on en croit M. Reger, étoient le symbole des Colonies, aussi-bien que celui de la sagesse. Sic vos non vobis fut appliqué à Charles V, lorsqu’il fit la guerre pour rétablir le Duc de Sforce, dans le Duché de Milan. Une abeille qui voltige sur les fleurs, Ut prosim, pour marquer un homme qui consacre toutes ses veilles & ses travaux à l’utilité du public. Louis XII entrant dans Gènes, parut avec un habit blanc semé d’un essaim d’abeilles d’or, au milieu duquel étoit le Roi, avec ces mots : Rex non utitur aculeo, le Roi n’a point d’aiguillon, pour faire connoître aux Génois, qu’il leur pardonnoit leur rébellion.

Abeille, est l’une des douze constellations australes, qui ont été observées par les Modernes depuis les grandes navigations. Ozan. Elle est composée de quatre étoiles de la cinquième grandeur.

Abeille, se dit quelquefois figurément de ceux qui parlent, ou qui écrivent élégamment. Xénophon a été appelé la Muse & l’abeille Athénienne, à cause de la douceur de son style. M. Scud. Mais ces sortes de métaphores, qui sont fort bonnes en Grec, ne sont point tolérables dans notre langue, ou du moins ont besoin de quelqu’adoucissement. C’est avec cet adoucissement que Mlle Scuderi s’en est servie : elle ne dit pas crûment que Xénophon étoit l’abeille Athénienne, mais qu’il a été appelé la Muse & l’abeille Athénienne, à cause de la douceur de son style. Voilà trois adoucissemens. 1°. Il a été appelé, & non pas il étoit. 2°. La Muse & l’abeille Athénienne : ces deux mots servent à s’expliquer l’un l’autre. 3°. A cause de la douceur de son style. Cette raison approche encore la métaphore, & la rend plus intelligible. C’est à peu près de cette sorte qu’il faut se servir en François de la plûpart des métaphores, & il est bon de donner cet avis, sur-tout aux étrangers. Comme les sens figurés & les expressions métaphoriques frappent davantage l’esprit du Lecteur, que les expressions propres & simples, il arrive souvent que ceux qui étudient notre langue