Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/488

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du Paradis, auquel Dieu avoit défendu de toucher sous peine de la vie. Quelques-uns croient que l’arbre de vie, & l’arbre de la science du bien & du mal étoient un même arbre. L’opinion contraire paroît plus conforme au texte de Moyse qui en distingue deux.

Arbre de Judas. Arbor Judæ. Il fleurit au commencement du printemps. La couleur de ses feuilles tire du violet au rouge. Sa fleur est comme du safran d’Inde. Il vient de bouture, & prend aisément. Le plus sûr est de coucher les branches en terre & de les inciser. Chom. Nous nommons en françois cet arbre, Arbre de Judée. Il se couvre entièrement de feuilles de couleur de pourpre avant que de pousser ses fleurs. Les Persans l’appellent Argeran ou Argheran. Ils se servent souvent de cet arbre dans leurs comparaisons. Ils donnent au vin, qui leur est défendu, le nom d’eau d’argeran, par respect pour une loi qu’ils violent incessamment. Les visages de safran & les yeux d’argeran sont leurs expressions ordinaires, pour signifier des amans passionnés, dont la mélancolie est peinte sur le visage, & dont les yeux sont rouges à force de verser des larmes. d’Herb. Voyez Gacnier.

Arbre de Mer. Quelques Chimistes appellent ainsi le corail. Corralium, arbor maris. Harr.

Arbre des Philosophes. Terme de science hermétique. Arbor Philosophorum. Le grand arbre des Philosophes est leur mercure, qui est leur teinture, leur principe & leur racine ; quelquefois c’est l’ouvrage de la pierre. Voyez Pluie d’or. Dict. Herm.

Arbre au raisin. Voyez Pistachier sauvage. Voyez aussi Nez coupé.

Arbre qui porte des savonettes. Sapindus foliis coslæ alatæ innascentibus, Inst. R. Herb. Cet arbre croît dans toutes les îles de l’Amérique le long de la mer, dans les lieux les plus secs & les plus arides : son tronc ne s’éleve qu’à la hauteur de deux à trois pieds, & est branchu. Il donne plusieurs petites branches couvertes d’une écorce grise & rude ; elles sont garnies de feuilles vertes, longues, étroites & rangées sur une côte de la même couleur. Monard compare assez mal ses feuilles à celles de la fougère. Ses fleurs sont disposées en manière de grappe, composées de quatre pétales soutenus par un calice fendu en quatre quartiers. Le pistil qui s’éleve du milieu du calice, devient un fruit charnu, très-amer, jaune & de la grosseur d’une petite noix. La chair de ce fruit mûr, se réduit en une substance claire & gluante, comme la gomme arabique fondue. Le noyau de ce fruit est rond, d’un beau noir, gros comme une moyenne balle de pistolet : la semence qu’il renferme, est ronde pareillement, & a un goût de noisette. Le bois de cet arbre est blanc & fort dur. On se sert de ses fruits pour dégraisser & blanchir le linge ; & parce qu’ils font brouer & écumer l’eau comme le savon, on les appelle des savonettes, nuculæ saponariæ ; & son arbre, sapindus en latin, comme qui diroit, Sapo Indus, Savon des Indes, à cause de l’usage de ses fruits. Le P. du Tertre remarque que ce savon brûle & gâte le linge lorsqu’on s’en sert trop souvent.

Arbre triste. Espèce d’arbre commun dans les Indes. On l’appelle triste, parce qu’il ne fleurit que la nuit. Ses fleurs tombent une demi-heure avant le lever du soleil, & commencent à repousser une demi-heure environ après son coucher. Cet arbre est de la grandeur d’un prunier. Ses branches ont une aune de long. Quand on le coupe à la racine, il recroît en moins de six mois. On le plante ordinairement proche des maisons. Les Indiens en ramassent curieusement les fleurs quand elles sont tombées, parce qu’elles sentent fort bon. Goa & Malaca sont les endroits où l’on trouve le plus de ces sortes d’arbres. Cette description est prise d’Acosta & de Linscot. On peut la comparer avec celle de la plante nommée manjapumeran, dans le premier volume de l’Hortus Malabericus.

Arbre de vie. Arbor vitæ, ou Thuya Theophrasti. C. B. Pin. Arbre qui a été apporté de Canada en France, & qui fut présenté à François I. ☞ Il est ainsi nommé, parce qu’il est toujours vert, & qu’il rend une odeur douce & agréable. On le nomme aussi Cèdre américain, ou arbre toujours vert. Cet arbre, quoique étranger, s’est multiplié aisément en Europe ; ses branches prennent facilement racine, & on n’a pas beaucoup de peine à l’élever. Il devient d’une moyenne grandeur en France ; son tronc est droit, noueux, revêtu d’une écorce à-peu-près semblable à celle du cyprès, remplie d’une matière résineuse. Il est assez branchu ; ses branches s’étendent horizontalement, & sur leurs côtés elles sont divisées en d’autres plus petites branches en manière d’ailes. Ces petites branches sont couvertes d’écailles menues, aplaties, posées les unes sur les autres, toujours vertes, bonnes dans l’hiver ; car pour lors elles roussissent ; mais au printemps elles reprennent leur verdure. Entre ces petites feuilles sont placées des petites vessies remplies d’une liqueur onctueuse, résineuse, & d’une forte odeur de drogue. Ces feuilles, quoique desséchées, ne perdent presque jamais leur odeur. A l’extrémité de quelques-unes de ces petites branches naissent des petits boutons qui deviennent des fruits longs de demi-pouce environ, composés de quelques écailles, entre lesquelles on trouve des semences oblongues, bordées d’une aile membraneuse, ou feuillet délié.

On ajuste cet arbre dans les jardins, & on lui donne, comme à l’if, telle figure que l’on veut. On fait cas de son huile tirée par la distillation, pour soulager les goutteux.

Arbre de Diane, Voyez Diane.

Arbre de Mars, Voyez Mars.

Arbre a enivrer. C’est le nom que l’on donne dans le Pérou à l’arbre qui produit le quinquina, dont on se sert pour la guérison des fièvres ; parce qu’outre cette qualité fébrifuge, son écorce a encore celle d’enivrer les poissons plus surement, que la drogue qu’on appelle en Europe Coque de levant.

Arbre, en termes de Charpenterie & d’Architecture, est une grosse pièce de bois, qui est la principale d’une machine, & qui la soutient. L’arbre du moulin est celui que la roue fait tourner, pour mouvoir les meules, soit par le l’eau, soit par le vent. Arbor molendinaria. On l’appelle arbre tournant.

L’Arbre d’un navire, est le grand mât qu’on appelle arbre mestre sur la méditerranée. Arbor nautica.

L’Arbre d’une grue, est la principale pièce de bois qui la soutient, qu’on nomme aussi la flèche.

Arbre, en termes d’Horlogerie & de Mécanique, est ce qu’on appelle dans les montres, les horloges & autres machines qui tournent, l’axe ou l’essieu des roues qui portent le pignon ou ce qui les fait mouvoir. Axis.

Arbre, en termes de Monnoyage, signifie la machine qu’on appelle vulgairement une jument, qui contient tout ensemble le dégrossi & le laminoir, une grosse pièce de bois posée perpendiculairement, sur le haut de laquelle est la grande roue à dents qui donne le mouvement aux lanternes & aux hérissons.

On nomme pareillement parmi les ouvriers des monnoies, l’arbre du coupoir, une pièce de fer posée perpendiculairement, dont le bout d’en haut, qui est vis-à-vis, se tourne avec une manivelle, pour la faire baisser ou lever, & qui à son autre bout porte le coupoir, c’est-à-dire, un emporte-pièce d’acier bien acéré, pour débiter les lames de métal en flaons convenables aux espèces qu’on veut marquer.

Arbre, en termes de Tourneur, est un mandrin composé de plusieurs pièces de cuivre, de fer & de bois, dont on se sert, soit pour tourner en l’air, soit pour faire des vis aux ouvrages de tour, soit pour tourner en ovale, ou en d’autres figures irrégulières.

Arbre, chez les Vitriers. Les Vitriers appellent les arbres d’un tire plomb, les axes ou essieux qui font tourner les rouleaux d’acier, entre lesquels on passe la lame de plomb, pour l’aplatir & canneler au sortir de la lingotière.

Arbre, chez les Tireurs d’or, est une espèce de cabestan, dont le treuil, qui est posé perpendiculairement, a huit ou dix pieds de haut. Deux barres ou leviers de vingt-quatre pieds de long, le traversent en croix, & servent à le tourner. C’est sur cet arbre que se roule le cable. Voyez Argue.

Arbre