Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/53

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on dresse des solives, pour bâtir des maisons de bois. Les édifices ainsi construits sont appelés obloquiez, & du mot solive, solivez.

ABLUER. v. a. Terme de Maître d’écriture. On appelle Abluer un parchemin, un papier ou de l’écriture, lorsqu’en passant légérement d’une certaine liqueur sur un parchemin dont l’écriture est effacée & altérée, on la ressuscite, & on la met en état d’être lue. L’ablution des écritures effacées par le temps est quelquefois d’un grand secours. Cela se fait avec de la noix de galle broyée dans du vin blanc & distillée au feu, dont on frotte légérement le papier. Voyez le traité des Inscriptions en faux, & des reconnoissances d’écritures & signatures de Ragueneau.

☞ ABLUTION. s. f. Ablutio. Cérémonie Réligieuse, pratiquée chez les Romains, comme une sorte de purification pour laver le corps avant que d’aller au sacrifice. C’est pour cela qu’à l’entrée des temples il y avoit des vases de marbre remplis d’eau. Ils avoient sans doute pris cette coutume des Juifs. Salomon, à l’entrée du temple qu’il fit bâtir, plaça un grand vase, que l’écriture appelle la mer d’Airain, où les Prêtres se lavoient avant que d’offrir le sacrifice, après avoir sanctifié l’eau, en y jetant les cendres de la victime immolée.

Ce mot d’Ablution est particulièrement usité dans l’Eglise Romaine, pour signifier un peu de vin & d’eau que les communians prenoient autrefois après l’hostie, pour la consumer plus facilement, ou qui sert encore aujourd’hui à laver les doigts du Prêtre qui a consacré.

Ablution. Se dit aussi des bains religieux, ou plutôt superstitieux des Turcs. Jamais les Turcs ne prient Dieu dans les mosquées, ni ailleurs, qu’ils n’aient fait la grande ou petite ablution. La première se nomme Ghousl, qui est un lavement général de tout le corps. Cette ablution leur est commandée quand ils ont couché avec leurs femmes, quand ils ont eu quelque pollution en dormant, ou qu’en urinant, une seule goutte d’eau est tombée sur leur chair. D’où vient qu’ils évitent cet accident en s’accroupissant avec un soin ridicule. Et afin que rien ne soit à couvert de l’eau qui les purifie, ils se rognent les ongles, & ils se font tomber, ou rasent tout le poil, excepté celui de la barbe aux hommes, & celui de la tête aux femmes. La seconde ablution se nomme Abdest, & est celle qu’ils font toujours immédiatement avant l’oraison, quand ils sont en un lieu commode. Auprès de toutes les mosquées, on pratique, autant qu’il est possible, des bains pour le Ghousl, & des fontaines pour l’Abdest. Par la petite ablution, ils croient se purifier les cinq sens du corps ; ils se lavent les mains & les bras jusqu’au coude, & puis le nez, les yeux, les oreilles, le dessus de la tête, & les pieds. Ils prétendent que cette eau a le même effet que l’eau bénite parmi nous, & ils la jugent si nécessaire au repos de leur conscience, que quand elle leur manque, après avoir déchargé leur ventre, ils font suppléer la terre à l’eau, & ils nomment cette cérémonie Tehyemmum. Duloir. Voyage du Lev. p. 140. 141.

Les Médecins & les Apothicaires appellent ablution, une préparation du médicament dans quelque liqueur, pour le purger de ses immondices, ou de quelque mauvaise qualité.

Ablution, se dit aussi chez les Religieux qui portent des habits blancs, de l’action de les blanchir & de les nettoyer. Lotio, lotura. Il y a aussi des écriteaux qu’on met dans les cloîtres pour marquer les jours d’ablution.

ABN.

ABNAQUIS, ISE. s. m. & f. Abnaquii. Peuple de l’Amérique septentrionale, entre la mer du Nord, le lac de Champlain, & la rivière de S. Laurent. Maty. Au reste, je ne sais pourquoi Maty & M. Corneille écrivent Abnaquiois. J’ai toujours oui dire Abnaquis par les François qui ont été en Canada ; & un Auteur de Dictionnaire, qui les appelle Abnaquiois, avoue néanmoins qu’on les appelle aussi souvent Abnaquis.

ABNÉGATION. s. f. Terme de dévotion. Renonciation à ses passions, à ses plaisirs, à ses intérêts. Abnegatio. L’abnégation de soi-même est nécessaire pour la perfection Chrétienne. Il n’est guère en usage que dans cette phrase, & pour signifier un renoncement à soi-même, & un détachement de tout ce qui n’a point de rapport à Dieu. L’abnégation & la haine de soi-même recommandées dans l’Evangile, ne sont pas une haine absolue de nous-mêmes, mais de notre corruption. Fenel. Ce terme vient du Latin abnegare, qui signifie Désavouer, ne vouloir point reconnoître une chose comme sienne.

ABNOUS. s. m. Poisson vorace qui fait la guerre à l’Aquador, & qui le dévore quand il le peut attraper. Voyez Aquador. Les Portugais appellent l’Abnous, Poisson doré, parce que son écaille est d’un beau jaune doré.

ABO.

ABO. Ville de Suéde. Aboa. Elle est capitale de la Finlande. Elle a un Evêché & une Université. Cette ville est située sur le golfe de Finlande, à l’embouchure de la rivière d’Aurajoki.

ABODRITE. s. m. & f. Nom de peuple. Abodritus, a. Les Abodrites au VIIIe & IXe siècle occupoient en Allemagne un pays voisin de la mer Baltique. On croit que c’est le duché de Meckelbourg, ou la Poméranie citérieure.

☞ ABŒRA. Ville d’Afrique, sur la côte d’or de Guinée.

ABOI. s. m. On disoit autrefois abay. Le cri d’un chien. Latratus. Ce mot est factice & formé sur le son des chiens qui crient, ou aboient. L’aboi des chiens fait connoître le lieu où est le gibier.

Tenir les abois. Terme de chasse. C’est quand la bête s’arrête, tient devant les chiens par lassitude, & n’en peut plus.

On dit proverbialement, Tenir quelqu’un en aboi ; pour dire, Repaître de vaines espérances.

Aboi, se dit aussi de l’extrémité où est réduit le cerf sur ses fins ; car alors on dit, qu’il est aux abois, qu’il ne peut plus courir, qu’il manque de force & de courage. Ultima cervi deficientis necessitas. On ne s’en sert dans ce sens qu’au pluriel.

Aboi, se dit figurément de l’homme, & signifie l’Agonie, ou la dernière extrémité. Il est réduit aux abois ; c’est-à-dire, Il se meurt. Animam agere, expirare. On dit aussi qu’une place est aux abois, lorsqu’elle ne peut plus tenir, & qu’elle est sur le point de se rendre ; qu’une fidélité est aux abois, lorsqu’elle est presque vaincue, & qu’elle est prête à succomber. Extrema, summæ angustiæ. On y voit tous les jours l’innocence aux abois. Boil.

Corneille dans la tragédie de Sertorius, a dit sauver des abois. C’est une faute, abois, signifie les derniers soupirs. On ne sauve point d’un soupir, on sauve du péril, & on tire d’une extrémité ; on rappelle des portes de la mort, mais on ne sauve point des abois. Volt.

Ce mot abois est pris des cris des chiens qui aboient autour d’un cerf forcé, avant que de se jeter sur lui.

Dans la Tragédie de Nicomede M. Corneille dit encore approcher des abois. Cette expression, qui par elle-même n’est pas noble, dit M. de Voltaire, n’est plus d’usage aujourd’hui.

ABOIEMENT. s. m. Le cri du chien. Latratus. Les longs & affreux aboiemens des chiens ont troublé mon sommeil.

ABOILAGE ou ABEILLAGE. s. m. Vieux mot qui se trouve encore dans quelques Coutumes, & qui signifie un Droit des Seigneurs sur les abeilles qui se trouvent dans les forêts de leurs châtellenies. Il a été formé d’aboilles, qu’on disoit autrefois pour abeilles. Mén.

Aboilage ou Abeillage, se prend aussi quelquefois pour un droit en vertu duquel les abeilles épaves, & non poursuivies, appartiennent aux Seigneurs justiciers. Voyez Épaves.