Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/54

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ABOILE. s. f. Vieu mot qui veut dire une Abeille. Apis.

ABOKELLE. s. f. Terme de Négociant en Egypte & de Relation. C’est le nom que les Arabes donnent à une monnoie de Hollande. Elle vaut moins que la piastre, & les Arabes la nomment ainsi, à cause d’une figure de lion qu’elle porte. Cependant au lieu de lui donner le nom de lion, ils lui donnent celui de kelb, qui signifie chien, soit par mépris pour les Chrétiens, soit pour marquer son bas alloi. Herb. Ce nom vient de אנ, ab, Pere, & kelb, qui est la même chose que l’Hébreu הלנ Chaleb, qui veut dire chien. C’est un Arabisme. Les Arabes disent aba, Pere, au régime de tout ce qui a, qui posséde quelque chose, dans le même sens que les Hébreux disent נן fils. Ainsi aboukelb est une monnoie, qui a un chien gravé, qui est marquée d’un chien. Car proprement il faudroit dire aboukelb, mais on dit vulgairement en Egypte abokelle.

ABOLIR. v. a. Mettre quelque chose hors d’usage, la détruire, l’anéantir, l’abroger. Abolere, abrogare, refigere. Le Magistrat a aboli cette méchante coutume. Le Roi a aboli une telle loi, il a entièrement aboli les duels. Le temps a aboli les plus beaux monumens de l’antiquité. On dit aussi abolir, ou effacer la mémoire ou le souvenir des choses passées. Oblitterare memoriam. Abolir, ou bannir la superstition. Superstitionem tollere. Abolir ou révoquer les impôts. Le temps qui consume tout, abolit tous les jours les noms & les titres qui sont gravés sur ces magnifiques monumens. Bouh. Ce mot vient du Latin abolere, ita extinguere & delere, ut ne oleat quidem. Ainsi abolir une loi, une coutume, c’est la révoquer, l’éteindre de façon qu’elle n’ait plus lieu à l’avenir. Il n’appartient qu’à ceux qui font les loix, de les abolir.

M. l’Abbé Girard prétend qu’abolir se dit plutôt à l’égard des coutumes, & abroger à l’égard des loix. Le non usage suffit pour l’abolition, mais il faut un acte positif, pour l’abrogation. On a aboli en France les joutes, les tournois & les autres divertissemens brillans. Les nouvelles pratiques font que les anciennes s’abolissent.

Abolir un crime, se dit lorsque le prince, par des lettres qu’il donne, remet d’autorité absolue, la peine d’un crime qui, par les ordonnances, n’est pas remissible. Voyez Abolition, terme de Chancellerie.

Abolir, se dit aussi avec le pronom personnel. Les Mandats Apostoliques se sont abolis par un non usage. Il ne faut pas souffrir que les bonnes coutumes s’abolissent.

On dit que tout crime s’abolit par vingt ans, pour dire, que le droit d’en poursuivre la punition cesse après vingt ans. Acad. Fr.

ABOLI, IE part. abolitus, abrogatus. Loi abolie, Crime aboli.

☞ ABOLISSEMENT. s. m. Abrogation, extinction. Il n’est plus d’usage qu’en parlant des loix & des coutumes. Voyez Abolition.

☞ ABOLITION. s. f. En général, est l’action par laquelle on détruit ou l’on anéantit une chose. Abolitio. Voyez la note de M. l’Abbé Girard au mot Abolir. L’Abolition d’une Religion coûte toujours du sang, & la victoire peut n’être pas attachée, en cette occasion, à celui qui le répand : le persécuté y triomphant quelquefois du persécuteur. M. l’Abbé Girard, C’est ainsi que le Christianisme a triomphé du Paganisme par le martyre des premiers fidèles. Abolition d’un culte superstitieux. L’entière abolition de l’Ordre des Templiers.

Abolition. Terme de Chancellerie. Abolitio criminis. Lettres de pardon du Prince, par lesquelles il abolit entièrement un crime qui n’est pas rémissible par les Ordonnances, sans même qu’on soit tenu d’en expliquer les circonstances, & de les rendre conformes aux informations, ainsi qu’il est requis aux Lettres de grâce, qui ne s’accordent que pour les cas rémissibles. Absolutoriæ litteræ. Les Lettres d’abolition doivent contenir cette clause : En quelque sorte & manière que le cas puisse être arrivé. Celui qui obtient l’abolition de son crime se met au nombre des innocens, & reprend son premier rang, Liv. III, ff. de accusat. De roch. Quoique la parole d’un Roi soit un fondement inébranlable, néanmoins en matière de crime de Lèse-Majesté, il faut toujours faire entériner les Lettres d’abolition au Parlement. Matthieu, en la vie de Henri IV. Liv. V. De Roch. L’amnistie est une abolition générale de tout ce qui s’est commis dans la guerre civile. Les Lettres d’abolition pour les Gentilshommes, sont adressées aux Parlemens ; & pour les roturiers, aux Baillifs, Sénéchaux, ou à leur défaut aux autres Juges ressortissans nuement aux Parlemens, pourvu, suivant la Déclaration de 1681, que les crimes aient été commis dans leur ressort. Le Roi n’accorde point de Lettres d’abolition pour les duels, les assassinats prémédités, le crime de rapt commis par violence. Ordonnance de 1670. Tit. XVI.

ABOMASUS. C’est l’un des estomacs des animaux qui ruminent. On en compte quatre. Venter, Reticulum, Omasus & Abomasus. C’est ce qu’on nomme, proprement la caillette. Ce mot est latin, & vient d’Omasus, ou Omasum, qui se trouve dans Pline.

ABOMINABLE. adj. m. & f. Horrible, détestable, exécrable. Abominandus, detestandus. Le repas d’Atrée & de Thyeste fut un repas abominable. Néron étoit un monstre abominable, L’hérésie d’Arius étoit abominable. Le parricide est un crime abominable. Il se dit par exagération de tout ce qui est très-mauvais. Une phrase abominable, une musique abominable.

Ce mot, ainsi que détestable & exécrable, désigne quelque chose de très-odieux, de mauvais au suprême degré. Abominable paroît avoir un rapport plus particulier aux mœurs. Il marque une sale corruption. Détestable a plus de rapport au goût. Il marque de la dépravation. Exécrable a plus de rapport à la conformation. Il marque une extrême difformité, une figure hideuse. Comme le mot abominable désigne une chose odieuse au suprême degré, il est évident qu’on ne peut pas l’employer au superlatif, ou qu’on ne peut pas dire très-abominable. Mais on peut s’en servir pour comparer un crime abominable à un autre crime plus abominable encore.

ABOMINABLEMENT. adv. Exécrablement, horriblement. Abominandum, detestandum in modum. Il en a usé avec lui abominablement ; c’est-à-dire, d’une manière détestable : & par exagération, il écrit abominablement.

ABOMINATION. s. f. Horreur, exécration. Abominanda, detestanda res. L’Eglise a cette opinion en abomination. Le Seigneur a en abomination les sanguinaires. Sain. Ce scélérat est en abomination à tous les gens de bien. Ce mot signifie aussi la chose, ou la personne même abominable. Ce brigand commet tous les jours mille abominations. Il est l’abomination de tous les gens de bien.

On dit les abominations des Gentils, pour dire leur culte idolâtre. Acad. Fr.

Abomination de la désolation. Phrase tirée de l’Ecriture-Sainte, qui exprime les plus grands excès de l’impiété ; la profanation portée au suprême degré.

ABOMINER. v. a. Vieux mot qui n’est plus en usage. Avoir en horreur. Abominari, execrari.

Ces mots viennent d’abominari, comme qui diroit, ab omine rejicere, rejicere tamquam malum, Rejeter une chose comme si elle étoit de mauvais augure.

ABONDAMMENT. adv. En abondance. Abundanter, abundè, copiosè, cumulatè. Cette source donne de l’eau abondamment. Ce champ me fournit abondamment de quoi vivre. Le Parasite ne seme ni ne moissonne, & trouve tout abondamment.

☞ ABONDANCE. s. f. Grande quantité, affluence de plusieurs choses en un même lieu. Abundantia, copia. Les Etymologistes dérivent ce mot d’ab & unda, eau, vague, parce que dans l’abondance les biens viennent en affluence, & pour ainsi dire, comme des flots. La commodité des rivières amene l’abondance à Paris. L’abondance n’est pas toujours la marque de la perfection des langues. Bouh. On se lasse des plaisirs, & l’abondance engendre le dégoût. Ablanc. Il étoit dans une heureuse abondance de toutes choses. Patr.

On appelle la corne de la chèvre Amalthée, la Corne d’abondance. Copiæ cornu. En Sculpture & en Peinture, c’est une figure de corne d’où il sort des fruits. L’Ar-