Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/532

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composées des vassaux des Seigneurs, qui faisoient plus de deux cent mille hommes. Quand chacune de ces troupes avoit servi vingt-cinq, trente, quarante jours, selon l’usage du pays, ou selon les devoirs du fief, les Seigneurs les ramenoient chez eux. Le Gendre. Le gros des armées françoises sous les Mérovingiens, n’étoit que de l’infanterie. Sous Pépin & sous Charlemagne il y avoit dans les armées un nombre à peu près égal de gens-d’armes, & de fantassins ; mais depuis que dans la décadence de la Maison Carlovingienne, les fiefs furent devenus héréditaires dans les familles, les armées de la nation n’étoient presque que de cavalerie. Id.

Armée, se dit aussi figurément d’une multitude. Multitudo. J’avois prié trois personnes à dîner, ils sont venus une armée. Expression familière.

ARMELINE. s. f. Peau qui vient de Laponie, & qui est très-fine & très-blanche, & fort propre à faire de belles fourrures.

☞ ARMEMENT. s. m. Corps considérable de troupes, fourni de toutes sortes de provisions, soit pour le service de terre, soit pour le service de mer. Le Roi fait un grand armement ; il augmente le nombre de ses troupes, & fait de grands amas de munitions de guerre & de bouche. Armement par terre. Armement sur mer, ou naval. Armement par mer & par terre. Apparatus belli. Belli comparatio.

Armement, se dit aussi de l’équipement des vaisseaux de guerre, de la distribution ou embarquement des troupes qui doivent monter chaque vaisseau. Classis instructio. On le dit aussi de l’équipage même. Navales copiæ. Tout l’armement se révolta contre le capitaine. L’état d’armement est la liste de tous les officiers qui doivent servir ; ou de tous les agrès & apparaux que l’on juge nécessaires.

Armement, se dit aussi des vaisseaux marchands, que l’on équipe pour les voyages de long cours.

Armement, se dit aussi des frais nécessaires pour équiper un vaisseau. Cet armement a tant coûté ; & même du temps de l’armement. L’armement ne durera que quatre mois.

☞ Dans une fable on a employé le mot d’armement pour arme. Arma.

Amour voulant lever un régiment,
Battait la caisse autour de ses domaines :
Soins & soupirs étaient ses capitaines
Flèches & dards étaient son armement.

Ces mots viennent d’arma, qui signifie armes.

☞ ARMENCE. Vallée de Suisse, au pays de Valais, du côté gauche du rhône. Le lieu principal est Armence, qui donne le nom à la vallée.

ARMÉNIE. Armenia. Grand pays de l’Asie, entre la Syrie, l’Asie mineure, ou Anatolie, la Mésopotamie & la Géorgie. Elle se divise en grande & en petite Arménie. La grande Arménie étoit autrefois bornée au midi par les monts Taurus & Niphates, qui la séparoient de la Mésopotamie & de la Syrie ; au levant par les monts Caspiens & la mer Caspienne ; par la rivière de Kur, ou de Cyrus, avec les monts appelés Moschiques au septentrion ; au couchant par l’Euphrate & une petite patrie de la mer noire, qui la séparoient de l’Arménie mineure. La petite Arménie, Arménie mineure, minor Armenia, étoit une partie de l’ancienne Cappadoce dans l’Asie mineure. Elle avoit au couchant & au nord le reste de la Cappadoce ; au levant de la grande Arménie, l’Euphrate entre deux au midi la Cilicie & la Syrie. L’Antitaurus partage l’Arménie mineure en deux. La partie méridionale porte aujourd’hui le nom de Bozoch, & la septentrionale celui de Peggian. L’une est appelée le Beglerbeglic de Mara, & l’autre le Beglerbeglic de Siwas.

ARMÉNIEN, ENNE s. m. & f. Armenus, a. Nom de peuple & de secte. La plupart des Arméniens depuis plus de cent ans n’ont aucune demeure arrêtée. Depuis que Scha-Abas, Roi de Perse a conquis leur pays, ils se sont dispersés en divers lieux de la Perse, & des états du Grand-Seigneur, & même en quelques endroits de l’Europe. Leur principal emploi est la marchandise. M. le Cardinal de Richelieu avoit eu dessein d’en établir en France pour augmenter le commerce ; & ce fut dans cette vue qu’il y fit imprimer quelques livres en langue arménienne. Les Arméniens sont proprement les peuples de la grande Arménie, qui sont bons, simples, sans façon, épargnans, industrieux, & qui s’attachent fort au commerce. Maty.

Par rapport à la religion, on distingue les Arméniens francs & les Arméniens schismatiques. Les premiers sont catholiques & soumis au Pape. Ils ont un Archevêque à Naksivan en Perse, & un autre à Lembourg en Pologne. Les autres ont deux Patriarches, l’un à Erchémiazin, monastère près de la ville d’Irva, l’autre à Cis, ou Sis, dans la Natolie. Uscan Evêque d’Uscouench étoit à Amsterdam en l’année 1664, où il a imprimé quelques livres arméniens, & entre autres une Bible arménienne pour en faire commerce. Il avoit eu cette commission de son Patriarche, parce que les Bibles en cette langue n’étant auparavant qu’en manuscrit, étoient fort rares & fort chères. Il passa d’Amsterdam à Paris, où il obtint de M. Séguier, Chancelier de France, un privilège pour imprimer les livres arméniens de ceux de sa nation. Et en effet, depuis ce temps-là ils ont eu une Imprimerie arménienne à Marseille, où ils se sont établis pour le commerce.

M. Simon, qui a connu cet évêque Arménien, dit au chap. 22 de son Histoire de la créance & coutumes des nations du Levant : Que la cour de Rome fut surprise de ce qu’on lui avoit accordé si facilement en France un privilège pour faire imprimer toutes sortes de livres arméniens ; parce qu’il se pouvoit faire qu’il imprimât des livres qui appuyassent leurs erreurs. Mais outre que leur privilège étoit limité, & qu’il ne leur permettoit d’imprimer rien qui ne fût orthodoxe, leurs livres, avant que d’être mis sous la presse, étoient revus par un homme que Rome avoit envoyé exprès pour cela à Marseille, & qui en conféroit avec le grand-Vicaire de l’Evêque. Ce qui a introduit quelques changemens dans leurs livres, & dont mêms ils se sont plaints, ayant porté cette affaire jusqu’au conseil du Roi.

A l’égard de leur croyance, Galanus, clerc régulier, en a traité fort au long, dans un livre qu’il a fait imprimer à Rome en arménien & en latin, touchant la réunion de l’Eglise arménienne avec l’Eglise romaine. Cet ouvrage est divisé en deux parties, dont la première n’est qu’un extrait des Histoires des Arméniens. Mais comme ils ont été partagés en deux sectes depuis plusieurs siècles, & qu’ils ont eu souvent recours à Rome, leurs Histoires ne sont pas toujours exactes. Par exemple, ils produisent un acte de réunion entre l’Eglise romaine & l’arménienne, sous l’Empereur Constantin & Tiridate Roi d’Arménie. Sylvestre occupoit alors le siège de Rome, & Grégoire, qui est le grand Patriarche des Arméniens, occupoit celui d’Arménie. Mais il y a plusieurs choses dans cet acte qui paroissent fabuleuses. Il y a bien de l’apparence qu’il a été fabriqué, au moins pour la plus grande partie, dans les siècles suivans, & principalement au temps du Pape innocent III, lorsque l’Eglise Arménienne voulut se réunir avec l’Eglise romaine. Cependant les Arméniens, comme l’a remarqué Galanus, se servent de cet acte pour montrer l’antiquité de leur Patriarche, qui fut établi, selon eux, par le Pape Sylvestre, & ils l’ont même produit dans leurs disputes contre les Grecs.

Les Arméniens sont de la secte des Monophysites, qui ne reconnoissent qu’une nature en Jésus-Christ ; & quoiqu’ils soient la plupart fort ignorans en matière de Théologie, ils ne laissent pas de parler assez raisonnablement du mystère de l’incarnation, & du concile de Calcédoine, qu’il ne reçoivent point. Quelques missionnaires que Brérewood a copiés, leur attribuent plusieurs erreurs dont ils sont fort éloignés : il n’est pas vrai qu’ils nient la présence réelle dans le sacrement de l’Eucharistie, comme le rapporte Brére-