Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/548

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fractures & les dislocations des extrémités. On ne se sert plus de cet instrument. Col de Villars.

On appelle aussi arrêt dans les armes à feu, un petit morceau de fer qui empêche qu’elles ne se lâchent, qu’elles ne se débandent. Retinaculum. Ce pistolet est en arrêt.

Arrêt, en termes d’Horlogerie, se dit d’une petite pièce de fer qui empêche que le mouvement d’une horloge n’aille trop vite. Mettre un arrêt à une horloge.

☞ On le dit de même en Serrurerie de la pièce qui sert à arrêter un pêne, un ressort. Mettre un arrêt à un ressort.

☞ On dit figurément d’un homme léger, évaporé, sur les paroles duquel on ne peut compter, qu’il n’a point d’arrêt, que c’est un esprit sans arrêt.

Mais l’homme sans arrêt dans sa course insensée,
Voltige incessamment de pensée en pensée. Boil.

Arrêt, se dit aussi de la pièce du harnois où un Gendarme appuie & arrête sa lance pour rompre en lice ou autrement. Mettre la lance en arrêt.

☞ On appeloit aussi arrêt, le petit fourreau de cuir qui servoit autrefois à arrêter les lances.

Arrêt, sur les rivières, se dit d’une file de pieux traversée de pièces de bois nommées chanlattes, pour arrêter le bois qu’on met à flot, ensuite le tirer, le triquer & en faire des piles. Encyc.

Arrêt, en fait de Couture ou de Lingerie, se dit de certaines ganses ou fils redoublés, qu’on met aux fentes ou extrémités des habits, ou du linge, pour empêcher qu’ils ne le décousent, ou ne se déchirent.

Arrêt, en termes de Jardinage, c’est un obstacle que l’on met aux eaux pour les détourner, & les faire écouler. Je veux que d’espace en espace on fasse dans les allées de petits arrêts, qui détournent les eaux des grandes pluies dans les carrés voisins. Ces arrêts se font avec des ais mis en terre au travers des allées, & n’excédant que de deux ou trois pouces la superficie de ces allées. La Quint. On en fait aussi de gazon dans les allées qui sont en pente, de crainte que l’eau n’entraîne les terres, & n’y fasse des ravines.

En termes de Chasse, on appelle arrêt, l’action du chien couchant, qui s’arrête quand il sent la perdrix, ou le gibier. Mora. Le chien est en arrêt.

En termes de Manège, arrêt est la pause que fait le cheval en cheminant. Former l’arrêt du cheval, c’est l’arrêter sur les hanches. Demi-arrêt, c’est un arrêt qui n’est pas achevé, quand le cheval reprend & continue son galop, sans faire ni pesades, ni courbette. Les chevaux qui n’ont qu’autant de forces qu’il leur en faut pour bien endurer l’arrêt, sont les plus propres pour le manège & pour la guerre. Newcast.

ARRÊTÉ. s. m. Résolution prise par une compagnie sur quelque délibération. Decretum, consultum. On dit, c’est un arrêté de la Cour, lorsqu’elle a jugé quelque article d’une affaire, ou qu’elle a résolu quelque chose qui n’est pas encore rendue publique par un arrêt.

Arrêté de compte. Règlement de compte. Ratio accepti, & expensi. Le Contrôleur général du Bureau du Roi, garde les arrêtés de toutes les dépenses extraordinaires. Etat de Fr.

Arrêté d’un compte en commerce, c’est l’acte, ou écrit qu’on met au bas d’un compte, par lequel comparant ensemble le produit de la recette & de la dépense, on déclare laquelle des deux excède l’autre. On l’appelle aussi finito de compte.

ARRÊTE. s. f. C’est ce qu’en termes de Marine on appelle Basse, un lieu où il n’y a pas assez d’eau pour voguer, qui arrête les vaisseaux. Brevia, syrtis. Ils se laisserent aller au gré du vent, & échouèrent sur une arrête où la proue demeura enfoncée, tandis que la mer emportoit la poupe. Fleury. Nous n’avons point trouvé ce mot dans le Dictionnaire de Marine.

Arrête. Voyez Arête.

ARRÊTE-BŒUF. s. m. Anonis spinosa, flore purpureo C. B. autrefois Ononis. Aresta bovis. Plante dont il y a deux espèces principales. Voyez le Diction. Économ. On appelle cette plante Arrête-bœuf, parce que les bœufs sont quelquefois arrêtés en labourant dans des terres où cette herbe est commune, soit parce que les piquans dont ses tiges sont hérissées blessent les bœufs, soit parce que les racines sont si profondes & si difficiles à rompre, qu’il faut, pour dégager la charrue, les couper. Elles sont longues, traçantes, plongées assez avant en terre, très-souples, & poussent de leurs collets plusieurs tiges, le plus souvent couchées par terre, longues d’un pied & demi environ, branchues & garnies par intervalles d’assez fréquens piquans, quelquefois uniques sur-tout vers le sommet des tiges, longs & minces, à la base desquels sont attachées des feuilles au nombre de trois, portées sur une même queue. Ces feuilles sont petites, crénelées sur leurs bords, arrondies quelquefois, un peu oblongues, d’un vert obscur, velues, visqueuses au toucher, & d’une odeur urineuse assez désagréable. Les fleurs sont purpurines, légumineuses, & sortent des aisselles des feuilles. A ces fleurs succèdent des gousses courtes, qui contiennent quelques semences rondes, & un peu plus grosses que celles de la moutarde. Cette plante est fort apéritive ; mais on se désabuse de la compter parmi les diurétiques, car rien ne tourmente tant ceux qui ont la pierre, que son usage. La décoction de l’arrête-bœuf est fort détersive, & l’on s’en sert aussi utilement dans le scorbut pour rincer la bouche & nettoyer les ulcères. On se sert sur-tout de ses racines. On les met dans les tisanes, & les aposèmes apéritifs.

Les Anciens l’appellent Anonis, ou plutôt Ononis, du mot grec ὄνος, âne, parce que les ânes aiment à manger l’Arrête-bœuf ordinaire ; d’autres Remora aratri, acutella, aresta bovis, Burgane eu Bugronde.

Il y a plusieurs espèces d’Arrête-bœuf. L’Arrête-bœuf ordinaire varie par la couleur de ses fleurs, qui sont tantôt rayées de lignes purpurines, & qui sont quelquefois toutes blanches. Ses tiges aussi manquent de piquans, ou bien sont très-foibles.

Dans le nombre des espèces d’Arrête-bœuf connues, il y en a dont les fleurs sont jaunes ; quelques espèces qui ont leurs tiges & branches ligneuses.

Il y a un Arrête-bœuf qui croît en Provence & en Dauphiné, qui est un arbrisseau haut de deux à trois pieds, dont la racine est grosse, blanche, tendre & acre, les branches tortues & faciles à ployer, les feuilles presque semblables à celles du fenu-grec, les fleurs odorantes, & d’un pourpre rouge, fort vif, le dedans lavé & rayé de blanc. Elles ont au milieu un style qui forme une gousse pendante, qui enferme plusieurs graines brunes, de la figure d’un rein. Dorat en fait une plus ample description dans ses Mémoires. On l’appelle aussi arrête charrue.

☞ ARRÊTER. v. a. Qui, dans une acception générale, présente l’idée d’un obstacle, d’un empêchement. Ainsi arrêter, c’est empêcher la continuation d’un mouvement, le cours, le progrès d’une chose, d’aller plus loin. Morari, retinere, cohibere, comprimere. Arrêter un carrosse. Arrêter un courier. Arrêter le débordement d’une rivière. Les vents contraires arrêtoient notre flotte. Arrêter l’armée dans sa marche. Josué arrêta le soleil dans sa course. On a arrêté l’horloge. Il faut arrêter l’eau dans ce réservoir, en empêcher l’écoulement. La rose arrête le crachement de sang. Il arrêtoit les blés qui venoient de la ville. Vaug. Ne voulez-vous jamais arrêter vos larmes ? Il ne se présente dans cette matière aucun sujet de douter, ni qui suspendre & arrête mon esprit. Font.

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent ?
Achille va combattre & triomphe en courant. Racin.

Ce mot vient du latin, restare, rester, demeurer derrière. Icquez le dérive de restan, mot de la