Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/576

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tes qu’elles soient. Ainsi les Européens qui passoient en Orient, ayant trouvé d’abord la petite Asie, dont je viens de parler, qui dans ces temps-là se nommoit simplement Asie, ils donnèrent ce nom à tout le pays qui étoit derrière ; c’est-à-dire, à toute l’Anatolie, & ensuite généralement à toute la grande Asie. De cette remarque très-simple, mais très-vraie, il s’ensuit que c’est à la petite Asie qu’il faut attribuer & ajuster tout ce qu’on dit de l’origine du nom Asie, & que tout ce qui ne peut lui convenir, est faux.

Isidore, Etym. Liv. XIV. dit que ce nom vient originairement d’Asia, fille de l’Océan, & de Thétis, femme de Japhet. Si cela est vrai, comme il pourroit bien l’être, parce que les anciens noms de lieux sont presque tous des noms d’hommes, il faut dire que la femme de Japhet fut appelée fille de l’Océan & de Thétis par une figure ou phrase ordinaire dans la langue hébraïque, où בתים, fille de la mer, signifie, qui demeure sur la mer ; ou plutôt que la terre à laquelle la femme de Japhet donna son nom pour quelque raison que nous ne savons pas, peut-être parce qu’elle y mourut, & y fut inhumée ; peut-être parce qu’elle y demeura, & ne voulut point s’exposer à la mer, en un mot, pour quelque raison qui n’est pas venue jusqu’à nous ; que cette terre, dis-je, fut appelée ; par un hébraïsme ordinaire, & élégant, fille de la mer, parce qu’elle étoit sur la mer, maritime, que c’est une côte de mer ; ensuite soit par erreur, soit par ignorance, on a transporté cette épithète à Asie même, femme de Japhet ; on a cru qu’elle étoit fille de la mer, c’est-à-dire, de l’Océan & de Thétis, & que c’étoit une épithète de celle qui avoit donné son nom à cette terre ; ce qui paroissoit très-naturel, & non pas de la terre même, qui ne pouvoit être la fille d’une Divinité : en un mot, on a pris, comme en bien d’autres occasions, dans le propre, ce qui n’avoit été dit que dans le figuré, grande source de l’Idolâtrie, & des fables. D’autres disent que c’est un certain Asius, fils de Cotys, & petit-fils de Manée, Lydien, dont parle Hérodote, Liv. IV.

Nos Savans modernes ont pris une autre route. Becmon prétend que Asia est composée de אש, es, ignis, feu ; & יה, Ja, nom propre de Dieu, abrégé ; de sorte que אשיה, Asia, signifie, feu de Dieu, feu divin ; & ce nom fut donné à la vaste contrée que nous appelons Asia, parce que dans la Perse & dans plusieurs autres endroits de ce vaste pays, on adoroit le feu. Mais, comme on l’a remarqué ci-dessus, ce mot ne fut donné premièrement qu’à une partie de la côte de l’Anatolie, qui est sur l’Archipel, où l’on ne sait point que le feu fût adoré, sur-tout dans les premiers temps, & qui est bien éloignée de la Perse. Bochart, dans son Phaleg, Liv. IV. ch. 33, p.337. dérive ce nom d’un autre mot hébreu חצי, Hhtsi, qui signifie moitié, mais qui veut dire aussi, ce qui est au milieu. Jos. X.13. Jud. XVI. 2. & il conjecture que ce nom fut donné à l’Asie (il entend l’Asie mineure, ou Anatolie) parce qu’elle est entre l’Afrique & l’Europe, & qu’elle s’avance au milieu des deux. Mais outre qu’il n’est pas sûr qu’on ait donné ce nom d’Asie qu’après qu’on eut fait la distinction des parties du monde, & regardé l’Europe & l’Afrique comme deux parties différentes ; qu’il n’est pas sûr quelles étoient les bornes de l’Europe dans les temps qu’on a mis le nom d’Asie en usage, & si elle s’étendoit au-dessus de l’Asie mineure ; c’est ce que ce nom de milieu ne convient nullement à la petite contrée qui l’a porté d’abord & proprement, puisqu’elle n’est point au milieu, mais au contraire tout à l’extrémité de l’Asie.

ASILE. s. m. Lieu de franchise, & de refuge, où l’on n’ose prendre un criminel qui s’y est réfugié. Asylum, ou asylus. Les églises en Espagne sont des asiles inviolables. Les assassins sont indignes de jouir de l’asile des églises. Pasc. Les maisons royales sont des asiles pour ceux qui craignent la prison.

Nous vous voyons enfin : c’étoit là tous nos vœux ;
Mais hélas, quelque beau que puisse être un asile,
Un asile toujours nous marque un malheureux. Buff.

Ce mot vient de asilum, mot latin, que Servius dérive du grec ἄσυλον, composé de la particule privative & du verbe συλάω, qui signifie, je tire ; parce qu’on en pouvoit tirer personne sans sacrilège. On trouve dans la basse latinité asyle pour asylus & asylum. Voyez les Acta SS. Feb. Tom. III, p. 558 & 559.

Les premiers asiles furent établis à Athènes par les descendans d’Hercule, pour se défendre de la violence de ses ennemis. Les autels, les tombeaux & les statues des héros, étoient dans l’antiquité la retraite la plus ordinaire de ceux qui étoient pressés par la rigueur des lois, ou opprimés par la violence des tyrans. Les temples étoient les asiles les plus inviolables. On disoit que les Dieux se chargeoient de punir le coupable, lequel imploroit leur miséricorde ; & les hommes ne doivent point être plus implacables qu’eux. Dieu avoit établit lui-même six villes de refuge parmi les Israélites ; & les coupables s’alloient mettre en sureté dans ces places privilégiées, lorsqu’ils n’avoient pas commis un crime de propos délibéré. Pour les Païens, ils accordoient une retraite, & l’impunité aux plus scélérats, afin de peupler les villes. Thèbes, Athènes & Rome, ne furent d’abord peuplées que du rebut des autres nations. On dit qu’autrefois à Lyon & à Vienne dans les Gaules, il y avoit des autels d’où l’on n’osoit arracher les criminels ; & il y a encore des villes en Allemagne qui ont conservé ce droit d’asile. Les Empereurs Honorius & Théodose avoient accordé ces immunités dans l’enceinte des églises; ensuite les Evêques & les Moines s’emparèrent d’un certain territoire, au-delà duquel ils plantoient des bornes à la Juridiction séculière. Ils furent étendre si loin leurs exemptions, que les couvens s’érigeoient en forteresses, où le crime étoit à l’abri, & bravoit la puissance du Magistrat. Depuis, l’on a supprimé la plupart de ces priviléges, qui ne servoient qu’à rendre la licence plus hardie. La sûreté des asiles ne devoit être dans leur véritable institution que pour les infortunés, & pour ceux que le hasard ou la nécessité exposoit à la rigueur de la loi. Alors la Justice elle-même semble demander qu’on lui arrache les armes des mains : c’est pour cela que Dieu avoit ordonné aux Israélites qu’ils eussent six villes pour servir d’asile aux malheureux. (Deut. 19 Numer. 35). Trois de ces villes devoient être dans la terre de Chanaan, & trois au-delà du Jourdain. Mais dans la suite des temps on a fait un usage odieux des asiles, en les faisant servir à protéger indifféremment, & les coupables malheureux, & les scélérats de dessein formé.

Le Chambellan de l’Empereur Arcadius fut le premier qui abolit le droit des asiles, aussi fut-il le premier qui en eut du repentir. de Roch. Car un an après il fut contraint d’y venir chercher l’asile qu’il avoit voulu fermer aux autres. God. C’étoit Eutrope favori d’Arcadius en 398. En 399 Arcadius, après la mort d’Eutrope, rétablit l’immunité des églises. Id. Voyez aussi Tillemont, Hist. des Emp. Tom. V, p. 437.

Sous la première race de nos Rois ce droit d’asile dans les églises étoit un droit très-sacré, dont les conciles des Gaules recommandoient fort l’observation. Il s’étendoit jusqu’au parvis des églises, & aux maisons des Evêques, & à tous les lieux renfermés dans leurs enceintes. Cette extension s’étoit faite pour ne pas obliger les réfugiés à demeurer toujours dans l’église, où plusieurs choses nécessaires à la vie, comme de dormir & de manger, n’eussent pas pu se faire avec bienséance. Ils avoient la permission de faire venir des vivres, & ç’auroit été violer l’immunité ecclésiastique que de l’empêcher. On ne pouvoit les tirer, ou les obliger à sortir de-là sans assurance juridique de la vie, & de la rémission entière du crime qu’ils avoient commis, & sans qu’ils fussent sujets à aucune peine. L’asile le plus respecté de tout l’Empire François étoit l’église de S. Martin aux portes de Tours, & on n’auroit osé le forcer, sans se rendre coupable d’un sacrilège très-scandameux. P. Dan.

Plusieurs anciennes villes, sur-tout en Syrie, portent sur leurs médailles le titre d’ΑΣΙΛΟΙ, avec celui de sacrées, ΙΕΡΑΙ. Par exemple, ΤΥΡΟΥ ΙΕΡΑΣ ΚΑΙ ΑΣΥΛΟΥ, ΣΙΛΩΝΟΣ ΙΕΡΑΣ ΚΑΙ ΑΣΥΛΟΥ. Ces villes

sont