Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/580

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ASPÉRITÉ. s. f. terme de Physique, synonyme à âpreté. Qualité de ce qui est rude, âpre, raboteux. Asperitas. L’inégalité & l’aspérité des parties du fer les empêchent de glisser facilement les unes sur les autres, comme font celles des autres métaux plus malléables. Journal des Sav. On lit dans les Mémoires de Trévoux, Juin 1726 : On fut surpris de voir que le cœur du P. Marquer, Jésuite, avoit des adhérences extraordinaires semblables à des inégalités très-dures & de différentes figures, & que ces inégalités étoient de petits os tous hérissés de pointes & d’aspérités.

☞ Ce mot présente la même idée au figuré. Aspérité de caractère

ASPÉROSA. Ville de la Turquie en Europe. Asperosa. C’est l’ancienne Abdera, qu’on nommoit Abdère la belle, & qui fut épiscopale, suffragante de Philippopoli. Les Abdérites ayant été frappés d’une maladie épidémique qui les rendoit furieux, on appela Abderitica mens, un homme furieux. Aspérosa est dans la Romanie, sur la côte de l’Archipel.

ASPERSER. v. a. Qui signifie la même chose qu’asperger. Vous asperserez le haut de la porte, & les poteaux. Port-R. Ce mot n’a pas fait fortune.

ASPERSION. s. f. L’action d’asperger, ☞ d’arroser, ou de jetter çà & là avec un goupillon ou une branche de quelque arbrisseau, de l’eau ou quelque autre fluide. Aspersio. On le dit particulièrement en parlant de l’eau bénite. Légère aspersion. A l’aspersion de l’eau-bénite. La loi mosaïque étoit une servitude, par le grand nombre d’aspersions & de cérémonies qu’elle ordonnoit. S. Evr.

Aspersion. On dit, baptiser par aspersion, à la différence du baptême par immersion. Voyez ces mots & Baptême.

Aspersion, se dit au figuré, quand dans les discours de piété on parle du cœur & de la conscience & alors il signifie, un saint épanchement, un saint arrosement de la grâce sur l’âme. Avoir le cœur purifié des souillures de la mauvaise conscience par une aspersion intérieure. Port-R.

ASPERSOIR. s. m. Goupillon à jetter de l’eau bénite. C’est un bâton de métal, ou de bois proprement tourné, long d’un pied & demi, au bout duquel on attache plusieurs brins de poil, pour prendre l’eau-bénite, & pour en faire aspersion. Aspersorium. On a aussi appelé l’aspersoir, Vulpilio, parce qu’autrefois on se servoit d’une queue de renard pour faire l’aspersion. Voyez Aspergès.

☞ Les anciens se servoient de pareils instrumens garnis de crins de cheval pour s’arroser d’eau lustrale.

ASPÉRULE. s. f. Asperula, asperugo. Plante qui pousse plusieurs petites tiges à la hauteur d’un pied. Ses feuilles sont semblables à celles du grateron, mais un peu plus larges & moins rudes, un peu velues, disposées au nombre de six ou sept autour de chaque nœud des tiges attachées à des pédicules. Elles forment un petit godet de couleur blanche, découpé ordinairement en quatre parties ; il leur succéde un fruit sec, qui contient deux petites semences presque rondes & collées ensemble. Sa racine est menue, filamenteuse, & rempante en terre. Cette plante rend une odeur douce & agréable. Elle vient dans des lieux montagneux & dans les bois. Elle fortifie le cœur, leve les obstructions, excite l’urine, & les mois aux femmes, hâte leur accouchement, étant prise en infusion ou en décoction, & est vulnéraire, si on l’applique extérieurement.

ASPHALION. s. m. Terme d’Astronomie. Nom de Neptune, à qui les Rhodiens bâtirent un temple dans une île nouvelle qui parut sur mer, & dont ils se mirent en possession. Ce nom signifie, ferme, stable, immobile, & répond au Stabilitor des Romains, pour marquer que ce Dieu avoit affermi cette île au-dessus de la mer. Il eut plusieurs autres temples dans la Grèce sous ce nom, parce que, comme on lui attribuoit le pouvoir d’ébranler la terre, on lui donnoit aussi celui de l’affermir & de la rendre stable.

ASPHALITE. s. f. Asphalites. Terme d’Anatomie. C’est le nom qu’on donne à la cinquième des vertèbres des lombes, parce qu’elle est considérée comme l’appui & le soutien de toute l’épine des lombes.

Ce nom vient de l’α privatif, & de σφάλλω, supplanter.

ASPHALTE. s. m. Bitume, ciment naturel. Asphaltus, Bitumen. ☞ On avoit donné ce nom au bitume de Judée, parce qu’on le tire du lac Asphaltite. On le trouve nageant sur la surface des eaux de ce lac.

☞ En général on appelle Asphalte tout bitume solide, tel que celui qu’on a trouvé en Suisse au commencement de ce siècle. L’Asphalte des Grecs est le bitume des Latins. La tour de Babel fut bâtie par les enfans de Noé avec des briques & de l’asphalte qui leur servoit de ciment. L’arche de Noé fut aussi enduite d’asphalte, selon les Septante. Car le texte hébreu appelle différemment la matière dont cet arche fut goudronnée, & celle qui servit de mortier pour bâtir la tour de Babel ; l’une est חמר, Hhomar, & l’autre כפר, Chaphar. Il y a près de Babylone une mine ou carrière de pierre d’asphalte, dans la vallée de Siddin. La difficulté qu’il y a d’avoir de cette pierre pure, & qui ne soit point mélangée, est cause qu’on ne la recherche point aujourd’hui. Les Asiatiques n’en laissent sortir de leur pays, qu’après l’avoir fondue avec de la poix. La mer-Morte en Judée donne de l’asphalte.

Un Professeur grec, & Docteur en Médecine, nommé Erini d’Heyrinys, prétend avoir découvert de l’asphalte au Val Travers, dans le comté de Neufchâtel, & il a fait sur cela une Dissertation imprimée à Paris en 1721, dans laquelle il enseigne la manière d’employer cet asphalte, tant sur la pierre que sur le bois, & les utilités d’une huile que l’on en tire, & rapporte plusieurs expériences qui en ont été faites. Cette huile est bonne contre les angelures & contre la galle. Elle guérit aussi le claveau des moutons.

Au reste, il faut dire Asphalte, & non pas Alphalte, car ce mot ne peut venir que du grec, or en grec, c’est ἄσφαλτος, & non point ἄλφαλτος ; & les Latins, comme Pline, appellent la mer-Morte en Judée, Lacus Asphaltites, & non pas Alphaltites.

Nous ne parlons point du verbe alphalter, (asphalter) que M. d’Heyrinys a forgé, & dont il faut bien se donner de garde de se servir.

ASPHALTITE, ou ASPHALTIDE. s. m. Asphaltites. Le lac Asphaltite, Lacus Asphaltites, c’est le nom d’un lac de Judée que l’Ecriture appelle mer-Morte, mare Mortuum. Voyez ce mot à sa place. Quelques Auteurs disent aussi en latin, Asphaltus, Asphaltis. Je doute que ces noms se trouvent dans de bons Auteurs. Celui qui a traduit la vie de S. Théodose, Abbé, rapportée par Bollandus, T. I. p. 285, dit Asphaltidis lacus. Je voudrois un autre garant. Asphaltite est un mot grec, qui vient de ἄσφαλτος, qui signifie bitume ; & ce lac a été nommé Asphaltite, c’est-à-dire, bitumineux, parce qu’il est plein de bitume, qui se détache de son fond, & s’élève sur la surface de ses eaux. Les habitans l’appellent Sorban, dit Junius. Les Arabes l’appellent Rahheret Lut, lac de Lot. Voici ce que le P. Nau dit dans son Voyage de la Terre Sainte : Je m’informai aussi de lui (d’un Abbé Grec du Monastère de S. Saba) du bitume que les Auteurs disent que l’on y recueille… Il me répondit que l’on ne l’y trouvoit point en tout temps ; mais qu’en certaines années ce bitume sembloit sortir comme de dessous l’eau, (c’est probablement des endroits où l’Ecriture dit qu’étoient les puits de bitume, Gen. XIX,) qu’il s’élevoit à la surface du lac, & s’y assembloit quelquefois de la grosseur d’un navire ; qu’il flottoit au gré du vent, qui enfin le portoit à quelque côte où il s’arrêtoit, & où quelquefois il se rompoit en diverses pièces ; que les Arabes le ramassoient avec soin, & que le Bassa de Jérusalem en avoit sa part, & leur en laissoit prendre la leur ; qu’il s’en formoit de cette sorte diverses masses de différentes grosseurs en divers endroits. Voyez Joséphe, Lib. V ; de bello Jud. c. 5. Tacite, Liv. V. Hist. ç. 6 & 7. Solin, ch. XXXIII. Justin, Liv. XXXVI, c. 36 ; c. 3. Pausanias, Liv. V. Hésychius explique ἀσφάλτιτος, Asphaltite, par ἐρυθρὰ θάλασσα, mer-Rouge. Bochart, Phaleg, Lib. I, c. 2, croit que c’est à cause