Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/583

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les modifier également tous. Puis donc que c’est là la notion, la nature, l’essence, l’emploi des consonnes, il s’ensuit que toutes les aspirées sont de véritables consonnes. Qu’on les exprime comme l’on voudra, ou bien comme nous l’h, ainsi que font les Orientaux toutes leurs aspirations, c’est-à-dire, par des caractères qui entrent dans le corps du mot écrit, ou bien comme les Grecs font quelques-unes, par un signe d’aspiration, que l’on mette sur la voyelle ; il n’importe, & cela ne change rien à la nature & au fond de la chose. L’aspiration n’est pas moins une consonne dans αἱρῶ, que dans χαίρω, dans ἑῷ que dans χέω, dans ὅλη, que dans χολή &c. ainsi des autres.

3°. Une seconde raison pour prouver que ce sont des consonnes, c’est que les langues orientales qui n’exprimoient point les voyelles, ont cependant toujours exprimé les aspirations. L’aspiration s’est changée souvent en consonne, & s’est exprimée par une consonne. Ainsi de ἕξ on en fait sex, de ἑπτά, septem, d’ἕϐδομος, septimus, de ἕσπερος, vesperus, d’ὑπερ, super, d’ἅλς, sal, d’ἅρπη, serpe, d’ἁϐις, ἁϐιν, sapin, d’ὡπος, seve, de ἑρω, sero, d’ἑστης, vestis, de l’hébreu יין οἶνος, & puis vin, d’ἑμω, vomo, & ainsi d’une infinité d’autres. 4°. Mais sans sortir de la même langue, Hésiode dans le bouclier d’Hercule, v. 302 a dit Ἡρσυν, pour Θήρσυν, ne mettant point de différence entre un Θ ou un esprit âpre. Tout cela montre évidemment que les aspirations sont de vraies consonnes, & que l’on a tort de de prendre dans les langues orientales les lettres א, ה, ח, ע, pour des voyelles, ou de dire que la nôtre l’h n’est point une lettre.

Aspiration, se dit figurément en Morale, & signifie, desir de parvenir à quelque fin, mais il n’est d’usage que dans les matières de dévotion & de piété. Il signifie l’élévation, l’élancement de l’ame fidèle à Dieu ; un mouvement intérieur poussé au ciel avec véhémence, une courte & fervente prière qui part du fond du cœur. Brèves & ardentes ad Deum precès. L’aspiration au ciel est un commencement de béatitude. Tout le temps de l’étude se passoit en aspirations dévotes. Bouch.

ASPIRER. v. a. Attirer l’air par la bouche. Respirare. Ce mot, qui n’est d’usage que dans la Physique, est opposé à expirer.

Aspirer, se dit aussi en Grammaire, pour marquer une forte prononciation. Vocalem spiritu aspero esserre. L’h françoise se doit prononcer en aspirant en certains mots seulement, & alors elle tient lieu de conlonne. Les Grecs marquoient les voyelles qui se doivent aspirer par des esprits âpres.

Aspirer, se dit aussi en Morale, & signifie, prétendre à quelque charge, dignité, ou autre chose qu’on regarde comme bonne & souhaitable. Aspirare, contendere ad, &c. ☞ Aspirer à la béatitude éternelle. Aspirer aux honneurs, aux richesses, à un emploi. Je n’aspire qu’à vous plaire.

C’est au repos d’esprit qu’il nous faut aspirer. Boil.

☞ P. Corneille en parlant d’Auguste qui veut renoncer à l’Empire, dit :

Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.

☞ Racine admiroit ce vers, & le faisoit admirer à ses enfans. En effet ce mot aspirer qui d’ordinaire s’emploie avec s’élever, devient une beauté frappante quand on le joint à descendre. Volt.

Aspirer. Ce verbe est aussi actif en termes de Doreur. On dit, que l’or-couleur aspire l’or ; pour dire, qu’il l’attire, ou plutôt qu’il le retient. Il se dit pareillement de ce qu’on appelle l’assiette dans la dorure en détrempe.

On dit en Maçonnerie, qu’il y a des pierres dures, comme le grais, qui ne sont pas propres à bien prendre & aspirer le mortier ; pour dire, que le mortier n’en peut pas faire une forte liaison.

☞ C’est dans ce sens que le P. le Comte en parlant de la porcelaine de la Chine, dit qu’il n’a vu aucun vase de porcelaine dont le rouge fût bien vif. Ce n’est pas, dit-il, que les Chinois n’en aient de beau ; mais peut-être que cette couleur se ternit sur la matière, qui en aspire les parties les plus subtiles & les plus colorées ; pour dire qu’elle les attire & qu’elle s’en pénètre.

ASPIRÉ, ÉE. part.

☞ ASPLE. s. m. Dans les Manufactures en soie on donne ce nom à un tambour semblable à celui d’un dévidoir, sur lequel le fil ou la soie forment des échevaux, en se dévidant de dessus les bobines sur ce tambour. Encyc.

ASPRA. Ville de l’Etat de l’Eglise, en Italie. Aspra, anciennement Cusperia, ou Cusperula, ville des Sabins. Aspra est dans la Terre Sabine, sur l’Aja, entre Tivoli & Terni.

ASPRE. Voyez Âpre.

ASPRE. s. m. C’est une petite monnoie de Turquie ; dont on paye les Janissaires. Il en faut 50 pour en faire un écu de France. Busbek, & Leunclavius, dans les Pandectes de Turquie, en ont parlé amplement. Voyez aussi Ricaud, de l’Empire Ottoman. La plupart des revenus du Grand-Seigneur se reçoivent en aspres, qui sont de petites pièces d’argent, qui valent environ 8 deniers, & qui n’ont d’autre empreinte que le nom du Prince qui les a fait battre ; & parce qu’il s’en trouve grand nombre de faux, il y a de grandes poëles, dans lesquelles on les remue long temps sur le feu pour les éprouver. Voyage du Lev. par D. C. Sultan Osman vit un jour un arbre qui lui sembla avoir la forme de l’un de leurs Dervis ; il lui assigna un aspre de paye tous les jours par aumône, & choisit un homme pour recevoir l’aspre, qui a le soin de l’arroser, & de le cultiver pour son argent. Id. La paye des Janissaires est de douze à quinze aspres par jour. Id. De la Boulaye le Gouz le nomme aspre, ou acchia, & dit qu’il vaut quatre mangoures. Nicolaï, dans ses Peregrinations Orientales, Liv. III. ch. 4, l’estime 10 deniers tournois.

Aspre a été aussi une monnoie du temps de Justinien. Les Anciens ont appellé aussi monnoie aspre, celle qui étoit nouvelle, & qui n’étoit pas encore usée par le frai, & maniment. Nummus asper. Les Grecs modernes ont appelé aspre, la monnoie blanche. Du Cange, & Scaliger, De Re nummaria, pag. 58.

ASPREMENT. Voyez Âprement.

☞ ASPRES. Petite ville de France, au haut Dauphiné, dans le Gapençois, à sept lieues de Sisteron.

ASPRESLE. Voyez Âprêle.

ASPRELLE. s. m. Asprella. On dit aussi, prêle ou queue de cheval. C’est le nom que Blancard donne à l’equisetum majus, à cause de sa rudesse, qui fait que l’on s’en sert pour polir les tables & les buffets.

ASPRESSE. s. f. Vieux mot. Âpreté.

ASPRETÉ. Voyez Âpreté.

ASPRI, ou ASPRO. Voyez Aspropotamo.

ASPROPITI. Ville de la Livadie, en Grèce — Chalcos. Elle est sur le golfe de Lépante, plus orientale que la ville de Lépante.

ASPROPOTAMO. Rivière qu’on nomme autrement Aspri, Aspro, Pachicolme, Géromlea & Carochi. Asper fluvius, anciennement archelaus. Elle est dans la Turquie en Europe. Elle a sa source vers les confins de la Thessalie, au pied du mont Pinde, l’un de ceux qu’on appelle aujourd’hui Mezzovo ; traverse une partie de l’Epire & de la Livadie, & se jette dans le golfe de Patras, à la ville de Dragumeftro.

ASS.

☞ ASSA. s. f. Il y a sous ce nom deux espèces de suc concret. L’assa ducis (les Vocabulistes disent assadulis) ou assa odorata. C’est le Benjoin, qu’on appelle aussi succens cyrenaicus. Voyez Benjoin : & l’assa fœtida, ainsi nommé à cause de sa puanteur. Voyez ce mot.

ASSABIN. s. m. Dieu des Ethiopiens. Assabinus. Pline dit, l. 12, c. 19 que selon quelques uns, c’étoit Jupiter. Le cinnamome lui étoit consacré ; & pour obte-