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pour dire, qu’ils en émoussent la pointe, qu’ils en tempèrent l’activité. Voyez Acide, Alkali & Fermentation.

Absorber, se dit en jardinage, des branches gourmandes qui naissent sur les arbres fruitiers, & qui ôtent aux autres branches la plus grande partie de la nourriture dont elles ont besoin. Il faut avoir soin de retrancher les branches gourmandes, de peur qu’elles n’absorbent la substance nécessaire pour nourrir le reste du corps de l’arbre. Cependant si ces branches sont nécessaires pour la figure de l’arbre, comme il arrive souvent à ceux qui sont en espalier, il ne faut point les couper ; mais employer les moyens les plus propres pour les empêcher de tirer tant de sucs. Voyez au mot Gourmand.

Absorber, est également employé dans le sens figuré, où il présente la même idée que dans le sens propre. On ne le dit que des biens, des richesses, très-souvent en mauvaise part. Ce dissipateur a absorbé tout son patrimoine. Les procès absorbent tout le bien des plaideurs. Les frais du scellé ont absorbé une partie de la succession. Le jeu absorbe les plus grandes fortunes.

Absorber, se dit aussi avec le pronom personnel. Les pluies s’absorbent dans les sables. Comme tout passe & s’absorbe pour jamais dans l’éternité de Dieu, les choses périssables ne valent pas la peine d’être considérées.

ABSORPTION, s. f. Action d’absorber, engloutissement. M. Descartes ne nous fait-il pas appréhender que notre tourbillon, infiniment plus grand que la sphère du feu, ne soit absorbé quelque jour, lorsqu’on y pensera le moins ? Et quand par cette absorption le soleil sera devenu terre, & que peut-être en même temps la matière subtile, qui est enfermée dans le centre de notre terre, ayant forcé & rompu les croûtes qui la couvrent, saura soit devenir soleil ; si les livres de M. Descartes subsistoient dans quelque autre tourbillon, où il y eût des hommes, ne regarderoient-ils pas comme des fables tout ce qu’il dit de notre monde ? Voyage du Monde de Descartes. Ce mot est rude, & ne peut s’employer que dans le style dogmatique, où tous les termes expressifs sont bons.

Absorption, dans l’économie animale, est une action par laquelle les orifices ouverts des vaisseaux pompent les liqueurs qui se trouvent dans les cavités du corps.

Tous ces mots viennent du latin absorbeo, qui signifie la même chose.

ABSOUDRE. V. a. Décharger d’une accusation, déclarer par un jugement juridique, un homme innocent du crime dont il étoit acculé. J’absous, tu absous, il absout, nous absolvons, vous absolvez, ils absolvent. Imparf. J’absolvois. Pret. J’ai absous. Fut. J’absoudrai. Subj. que j’absolve. Part. act. absolvant. Part. pas. absous. Absolvere. Dans le doute, il est plus expédient d’absoudre un criminel, que de condamner un innocent. Court. On l’a absous à pur & à plein.

Absoudre, en droit Ecclésiastique, c’est en vertu du pouvoir accordé par J. C. remettre les péchés dans le tribunal de la pénitence. Tout prêtre a le pouvoir d’absoudre en cas de mort. Tous les Prêtres ne peuvent pas absoudre des cas réservés. Voyez toutes les acceptions de ce mot, au mot Absolution.

Ce mot vient d’absolvere d’où l’on a fait absoulre, absouldre, absoudre.

ABSOUS, OUTE. part. Il a les significations de son verbe.

Absous, se dit aussi en matière civile. Un défendeur conclut toujours à être renvoyé quitte & absous de la demande qu’on lui a faite.

☞ Le Juge absout un accusé. L’offensé pardonne une offense. Le Souverain fait grâce au coupable.

ABSOUTE. s. f. Absolution publique & solennelle qui se donne au peuple. Absolutio. L’Evêque en fait la cérémonie le Jeudi-Saint, ou le Mercredi au soir dans les Cathédrales. L’absoute se fait aussi par les Curés dans les Paroisses le jour de Pâques.

On donne aussi ce nom au discours qui se fait pour préparer le peuple à l’absolution générale, qui se nomme Absoute.

ABSTÈME. f. m. Terme dogmatique. Qui ne boit point de vin. Abstemius. Pline dit, Vini abstemius, L. xxii. Et Apulée a fait Invinius. On s’en sert en Théologie, pour parler de ceux qui dans la Communion ne pourroient prendre les espèces du vin, à cause de l’aversion naturelle qu’ils ont pour cette liqueur. M. de Meaux s’est servi de l’exemple des abstèmes, pour défendre le retranchement de la Coupe. Les Dames Romaines dans les premiers temps étoient abstèmes ; & afin qu’on pût s’appercevoir si elles buvoient du vin, les Loix de la Civilité Romaine étoient qu’elles donnassent le baiser à leurs parens, quand elles les abordoient. Plin.l. 22. c. 24. Aulu-Gele. l. 10. c. 22. On a vu un célèbre abstème dans les commencemens du Christianisme : ce fut Appollonius de Thyane. Eméric, fils de saint Etienne, roi de Hongrie, fut abstème ; mais peut-être plutôt par mortification que par aversion pour le vin. Nous avons vu dans le dernier siècle le fameux jurisconsulte Tiraqueau & le célèbre Voiture, qui ont été de véritables abstèmes.

Ce mot est formé de la préposition abs, & tementum, ancien mot, qui signifioit du vin. Cependant à l’endroit de Pline, que nous avons cité, & dans Horace, L. 1. Ep. 12. Abstemius semble être pris pour un homme qui s’abstient de quelque boisson, ou même de quelque mets que ce soit.

ABSTENIR. v. n. qui ne se dit qu’avec le pronom personnel. Se défendre l’usage, se contenir à l’égard de quelque chose, se priver de quelque plaisir. Abstinere, temperare. Conjuguez : Je m’abstiens ; je m’abstenois ; je m’abstins ; je me suis abstenu ; je m’abstiendrai ; je m’abstiendrois, &c. Ils sentent, à chaque péché qu’ils commettent, un avertissement intérieur de s’en abstenir. Pasc. Il faut se garder, & s’abstenir de se mettre en colère. Ils disoient qu’Auguste s’étoit abstenu de la qualité de Dictateur. Ablanc. Il faut s’abstenir du vin pendant la fièvre. Les Chrétiens ne s’abstenoient de viande pendant leurs jeûnes, que pour mortifier les sens. Du Pin. Les Juifs étoient obligés de s’abstenir de leurs femmes pendant certains temps. On le dit quelquefois absolument. Il est plus aisé de s’abstenir, que de se contenir.

Abstenir, se dit aussi en matière de récusation de Juges, & quand la Cour la trouve bien fondée, elle dit, pour adoucir l’expression, que le Juge s’abstiendra, c’est-à-dire, de rapporter le procès, ou d’y opiner.

Abstenir, se dit aussi d’un juge qui se désiste de la connoissance & du jugement d’une affaire, à cause de la parenté ou de l’alliance au degré prohibé, qui est entre l’une des parties & lui.

Abstenir, en matière de succession, se dit d’un héritier en collatérale qui s’abstient & ne fait point acte d’héritier du défunt. Au lieu que le présomptif héritier en ligne directe, pour n’être point héritier de celui dont la succession lui est déférée, est obligé de faire un acte authentique, par lequel il renonce à cette succession.

L’opposé de s’abstenir, c’est s’immiscer.

☞ ABSTENSION, étoit chez les Romains, un bénéfice que les enfans obtenoient du prêteur, en vertu duquel ils abandonnoient les biens de leur pere, dont ils étoient réputés propriétaires par le droit civil ; de sorte que par le moyen de l’abstention, ils n’étoient nullement censés hériter, du moins par le droit Prétorien.

Parmi nous, on entend par abstention, l’omission que fait un héritier en collatérale. Ainsi la succession en directe doit se répudier par une renonciation expresse ; mais la seule abstention suffit pour la succession en collatérale.

ABSTERGENT. s. m. Terme de Médecine, qui se dit comme absorbant, émollient, &c. Abstersif, propre à nettoyer. Abstergens. Les abstergens sont les remèdes dont on se sert pour nettoyer la peau, ou les parties superficielles d’un corps, des ordures qui s’y sont amassées, & qui bouchent les pores. Harris.