Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, II.djvu/601

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ninsule, qu’habitoient les Cimbres, aujourd’hui le Jutland.

☞ Il y a une espèce de terre, nommée Terra Cymbrica, qui vient de Femereau, Île de la mer Baltique, tantôt cendrée, quelquefois tirant sur le safran, bonne pour la dissenterie. C’est une espèce de bols.

CIME. s. f. La partie la plus élevée d’une montagne, d’un grand arbre. Cacumen, vertex. La cime de cette montagne est toujours couverte de neige. Il est défendu de couper la cime des arbres par les Ordonnances des Eaux & Forêts. Ce rocher porte sa cime jusques dans les nues.

Du profane Parnasse abandonne la cime,
Ma muse, vers le Ciel prends un vol plus sublime.

Le Noble Téneliere,

Cime se prend en Botanique pour le haut de la tige des arbres & des herbes.

Ce mot vient de cima, qui, selon Isidore, a été dit, quasi coma, car c’est le sommet des plantes ou des arbres.

Cime se prend aussi, au figuré, pour tout ce qui est regardé comme le plus haut degré d’une chose.Culmen, fastigium, apex. Ils se croient à la cime du bonheur. Godeau. On le dit rarement, ou plutôt on ne le dit point.

CIMENT. s. m. Composition d’une nature ténace propre à lier & faire tenir ensemble plusieurs parties distincte. Arenatum, intrita, signinum. Le meilleur ciment du monde est la poudre de Pazzolane mêlée avec le Beton. Le bitume est le ciment qu’on a employé aux murs de Babylone. En France on fait du ciment de tuile, ou de brique pilée, & on la mêle avec de la chaux. On fait des bassins de fontaine avec de la chaux & du ciment. Le ciment est d’un bon usage pour les ouvrages fondés dans l’eau. Davilers.

Il se fait aussi du ciment éternel avec des briques pilées, du verre, du charbon de pierre, de l’arène bien lavée, de l’écaille de fer, qui tombe sous le marteau, avec de la chaux vive bien broyée, qu’on dissout dans du vin ou de l’eau commune. Maltha.

Ce mot vient du Latin cœmentum, qui vient de cœdo. Le ciment n’est autre chose que plusieurs pierres & tuiles broyées & mêlées ensemble, dit Martinius. Cependant M. Félibien nous apprend que ce que les anciens Architectes nommoient cœmentum, ne s’entend pas de notre ciment à faire du mortier, qui est de la tuile cassée ; mais de leur manière de maçonner, & de la qualité de la pierre qu’ils employoient, comme lorsqu’on remplit des voûtes & des murs avec du moilon & du blocage.

Ciment est aussi un terme d’Orfévre, de Metteur en œuvre & de Graveur. Malthæ genus. C’est un composé de briques mises en poudre & bien tamisées, de poix résine & de cire, dont on se sert pour tenir en état les ouvrages qu’on veut graver, ou pour remplir ceux qu’on veut ciseler.

On dit proverbialement & figurément, qu’une affaire est faite à chaux & à ciment, quand on l’a si bien assurée par les clauses & conditions qu’on y a mises, quand elle est faite avec toutes les formalités capables de la rendre solide. Res adversùs eventus omnes sirmata, secura.

Ciment signifie aussi en Morale, ce qui fait la liaison entre les personnes. Vinculum. La vertu est le meilleur ciment qui puisse lier les amis ensemble. Cette métaphore est un peu dure ; & en Morale ciment est moins élégant & moins usité que cimenter.

Ciment. Terme de Chimie. Voyez Cément.

CIMENTER. v. a. Lier avec du ciment, enduire avec du ciment. Signinum opus facere. Les jointures de ces pierres sont bien cimentées. Le bassin d’une fontaine doit être enduit & cimenté avec de bon ciment. Les murs étoient cimentés de bitume. Vaug.

Cimenter se dit aussi figurément, en parlant de ce qui lie & affermit quelque chose. Firmare, vincire, astringere. L’amitié de ces personnes est cimentée par des alliances réciproques. Les Martyrs ont cimenté la Foi par leur sang.

Mais un Roi vraiment Roi, qui sage en ses projets,
Du bonheur du public ait cimenté sa gloire ;
Il faut pour le trouver courir toute l’histoire. Boil.

<poem>En vain de l’Eglise naissante, L’Enfer attaque le berceau : Le sang des Martyrs la cimente, Il en naît un peuple nouveau.

Nouv. choix de Vers.

Ces expressions sont élégantes, & de bon goût en notre langue.

CIMENTÉ, ÉE, part. Il a le significations de son verbe en Laton comme en François, tant au propre qu’au figuré. Les bâtiments cimentés sont les plus durables. On a vû les amitiés les mieux cimentées s’altérer par d’innocentes plaisanteries. S. Evr.

CIMENTIER. s. m. Homme de journée, qui bat le ciment, & qui en vend. Cœmentarius.

CIMETERRE, s. m. Grand coutelas, qui ne tranche que d’un côté, & qui est un peu recourbé par le bout. Gladius falcatus, acinaces. Darius portoir une ceinture d’or, d’où pendoit un cimeterre, qui avoit un fourreau couvert de pierres précieuses. Vaug. Les Turcs & les Orientaux sont armés de cimeterres, ont des cimeterres d’acier, de Damas.

Ce mot vient du mot turs scimatirre. Nicod dit que Charlemagne en ses lettres closes à Offa Roi des Merciens, rend le mot de cimeterre par gladius Hunistus, à cause que les Huns portoient cette sorte d’épée.

CIMETIÈRE, s. m. & non pas CIMÉTIÈRE. Lieu sacré destiné à enterrer les corps des défunts. ☞ Lieu béni & consacré avec les solmenités ordinaires, pour la sépulture des Fideles. Cœmeterium, sepulcretum, sepulcrorum frequentia, commune sepulcrum, sepulcralis area. Autrefois on n’enterroit personne dans les Eglises : mais dans les cimetières. Les cimetières ont toujours été en grande vénération parmi les Chrétiens. Le Concile d’Elvire, Can. 34 & 36. défend d’allumer des cierges pendant le jour dans les cimetières, & ch. 35. Il défend aux femmes de passer la nuit à veiller dans les cimetières. L’usage de bénir les cimetières est très-ancien. L’Evêque en faisoit le tour avec sa crosse, ou bâton pastorel, l’eau bénite étant portée devant lui. Hist. de Bret. par D. Lobineau, T. II, p. 208. Les Calvinistes, les Mahométans, ont aussi des cimetières à leur mode.

Dans les premiers siècles les Chrétiens faisoient leurs assemblées dans les cimetières, comme nous l’apprenons d’Eusèbe, Liv. VII de son Histoire Ecclésiastique, ch. 11. & de Tertullien qui appelle les cimetières où l’on s’assembloit pour faire les prières, areas. Tert. ad. Scap. C. 3. Valérien ayant apparemment confisqué les cimetières, & les lieux destinés au culte de Dieu, Gallien les rendit aux Chrétiens par un rescript public, qui est rapporté par Eusèbe, L. VII, C. 3. Il semble que les cimetières, & les lieux de Religion, y soient pris pour une même chose. Comme les Martyrs étoient enterrés dans les cimetières, ce fut là particulièrement que les Chrétiens bâtirent des Eglises, lorsque Constantin leur eut donné une entière liberté ; & on croit que c’est de cette coutume qu’est venue la règle qu’on observe aujourd’hui, de ne consacrer aucun Autel sans y mettre des Reliques des Martyrs. De Tillem. Hist. des Emp. T. III, p. 282, 283.

On a entendu autrefois par cimetière, non-seulement l’endroit où l’on enterroit les morts, mais aussi toutes les terres qui environnoient les Eglises paroissiales, & qui étoient contiguës aux vrais cimetières. Chorier, Hist. de Dauph. T. II, p. 47.

Ce mot vient du Lain cœmeterium, qui a été fait du Grec ϰοιμῆτίριον(koimêtirion), qui veut dire, un dortoir, du verbe ϰοιμάω(koimaô), dormio, je dors ; parce qu’il semble que