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sequebantur, quos et ipsos ex apostolica successione intelligendi regulam suscepisse constabat[1] ».

Jamvero SS. Patrum, quibus « post Apostolos, sancta Ecclesia plantatoribus, rigatoribus, aedificatoribus, pastoribus, nutritoribus crevit[2] », summa auctoritas est, quotiescumque testimonium aliquod biblicum, ut ad fidei pertinens morumve doctrinam, uno eodemque modo explicant omnes : nam ex ipsa eorum consensione, ita ab Apostolis secundum catholicam fldem traditum esse nitide eminet. Eorumdem vero Patrum sententia tune etiam magni aestimanda est, quum hisce de rébus munere doctorum quasi privatim funguntur ; quippe quos, non modo scientia revelatæ doctrinæ et multarum notitia rerum, ad apostolicos libros cognoscendos utilium, valde commendet, verum Deus ipse, viros sanctimonia vitæ et veritatis studio insignes, amplioribus luminis sui præsidiis adjuverit. Quare interpres suum esse noverit, eorum et vestigia reverenter persequi et laboribus frui intelligenti delectu.

Neque ideo tamen viam sibi putet obstructam, quo minus, ubi justa causa adfuerit, inquirendo et exponendo vel ultra procedat, modo præceptioni illi, ab Augustino sapienter propositse, religiose obsequatur, videlicet a litterali et veluti obvio sensu minime discedendum, nisi qua eum vel ratio tenere prohibeat vel necessitas cogat dimittere[3] : quæ præceptio eo tenenda est firmius, quo magis, in tanta novitatum cupidine et opinionum licentia, periculum imminet aberrandi. Caveat idem ne illa negligat quæ ab eisdem Patribus ad allegoricam similemve sententiam translata sunt, maxime quum ex litterali descendant et multorum auctoritate fulciantur. Talem enim interpretandi rationem ab Apostolis Ecclesia accepit, suoque ipsa exemplo, ut re patet liturgica, comprobavit ; non quod Patres ex ea contenderent dogmata fidei per se demonstrare, sed quia bene frugiferam virtuti et pietati alendæ nossent experti.


Et maintenant tous les saints Pères, qui, « après les Apôtres, ont planté, arrosé, bâti, gardé, nourri et fait croître la sainte Église, » jouissent d’une autorité souveraine, chaque fois qu’ils s’accordenttous à expliquer de la même manière quelque passage biblique, comme se rapportant à la doctrine sur la foi ou les mœurs : en effet, de leur consentement unanime, il résulte clairement que ce point a été enseigné par les Apôtres selon la foi catholique. Mais il faut encore faire grand cas de l’opinion des Pères, alors même que, sur ces matières, ils parlent comme des docteurs privés. Et en effet, non seulement ils sont recommandables par leur science de la doctrine révélée et par la connaissance d’une foule de choses très utiles à l’intelligence des livres apostoliques ; mais encore Dieu a donné abondamment l’assistance de sa lumière à ces hommes non moins remarquables par la sainteté de leur vie que par leur amour de la vérité. Aussi, l’interprète reconnaîtra qu’il doit marcher respectueusement sur leurs traces et profiter de leurs travaux avec un choix intelligent.

Qu’il ne pense pas cependant qu’il lui est interdit de pousser plus loin, selon le besoin, ses recherches et ses explications, pourvu qu’il se conforme religieusement à cette règle si sage de saint Augustin, à savoir : qu’on ne doit s'éloigner du sens littéral, et qui se présente naturellement à l’esprit, qu’autant que la raison empêche de le conserver, ou que la nécessité oblige de l’abandonner. Ce précepte, il faut s’y tenir d’autant plus fermement qu'à une époque où régnent à un tel point la passion des nouveautés et la licence des opinions, on court de plus grands risques de faire fausse route. L’interprète se gardera bien aussi de négliger les applications allégoriques ou autres semblables que les Pères ont faites de l'Écriture, surtout lorsque ces interprétations découlent du sens littéral, et qu’elles s’appuient sur de nombreuses autorités. Car c’est là un mode d’interprétation que l'Église a reçu des Apôtres et qu’elle-même encourage par son exemple, notamment dans sa liturgie ; non pas que la pensée des Pères ait été de chercher là une démonstration directe et suffisante des dogmes de la foi ; mais l’expérience leur avait appris que cette méthode était admirablement propre à nourrir la piété et à fortifier la vertu.

  1. (1) Rufin, Hist. eccles., ii, 9
  2. S. Aug., Contra Julian., ii, 10, 37.
  3. De Gen. ad litt., I viii, c. 7, 13.