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PRÉFACE
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Nous assistons véritablement à un réveil des études bibliques en France. Il y a vingt ans, les questions qui passionnent aujourd’hui les esprits n’étaient pas encore connues du grand public, elles n’intéressaient qu’un cercle fort restreint d’initiés. Certes, la Sainte Écriture n’avait pas cessé d’être étudiée, connue, goûtée, admirée dans le monde ecclésiastique, dans nos grands séminaires, et, sans la mettre sur le même pied que la Sainte Eucharistie, on ne cessait de la regarder avec raison comme la manifestation extérieure, le sacrement historique du Christ ; cependant il faut bien convenir que les simples fidèles ne s’en occupaient guère, la lisaient fort peu, ne la connaissaient presque plus. Cette grande Révélation de Dieu toujours vivante, parlant directement à tous, était reléguée à l’arrière-plan, ne tenait plus que fort peu de place dans le monde catholique en France ; de moins en moins on attachait à la lecture et à l’étude de la Bible l’importance qui convient ; on n’en parlait même pas, et si quelque laïque pieux se fût avisé de faire une citation d’Isaïe ou des Proverbes, on l’aurait regardé avec une sorte de surprise, comme s’il avait eu des tendances secrètes vers le protestantisme ! Au lieu d’aller chercher dans nos Saints Livres l’aliment préparé à l’âme par Dieu lui-même, on allait l’emprunter à des livres de piété, œuvres de la main des hommes ; au lieu de lire avec amour les pages écrites sous l’inspiration de Dieu, on se contentait d’en lire le dimanche les fragments détachés et sans suite contenus dans le paroissien. Il en est résulté une ignorance presque complète de la Sainte Écriture dans le peuple chrétien. Je ne parle pas seulement de l’ignorance des principaux écrits de l’Ancien Testament, comme les Prophéties ou les Psaumes, je parle même de l’ignorance du Nouveau Testament. Au lieu de respirer une atmosphère de foi saine et fortifiante, on se jette dans les dévotions subtiles, quintessenciées, alambiquées, qui ne sont pas sans danger, et que l’Église est parfois obligée de condamner.

Ce n’est pas que notre foi repose directement sur l’Écriture, puisque les écrits apostoliques ont paru relativement assez tard ; ils n’ont point précédé l’enseignement oral des Apôtres, ils l’ont suivi. Il y avait beaucoup de chrétiens avant l’apparition des quatre Évangiles, et les lettres des Apôtres sont plutôt des écrits de circonstance que des traités dogmatiques. La règle de foi dans l’Église était la tradition. « Il n’y a