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PRÉFACE

pas à proprement parler. On faisait bien des catenae aureae, « chaînes d’or » ou autres, qui témoignaient d’une connaissance remarquable du texte, mais étaient insuffisantes au point de vue de l’exégèse.

Le grand travail biblique du moyen âge n’a pas été fait par les chrétiens, qui n’en avaient pas les éléments, n’ayant à leur disposition ni les manuscrits ni la connaissance des langues, mais par les Massorètes. Nous n’avons pas à nous en occuper ; il suffit, de le signaler en passant.

II

LES TEMPS MODERNES ET LE PROTESTANTISME

Il y a des questions qui sommeillent longtemps et ne s’éveillent qu’après de longs siècles. Elles sont dans l’Église à l’état latent, à l’état de germes bons ou mauvais, attendant des circonstances favorables pour éclore. L’heure venue, la fleur s’épanouit sur sa tige comme une rose après de longs mois d’hiver. Dans l’Église, les questions ne se présentent pas toutes à la fois, ni chacune à la fois sous toutes ses faces ; elles mûrissent lentement, soit qu’il s’agisse pour elles de distiller du miel ou du poison Comme le dit le Sauveur, c’est une graine qu’un homme sème dans son champ ; soit qu’il dorme ou qu’il veille, elle pousse dans un sol fertile : c’est d’abord une tige, puis un épi, puis dans cet épi des graines qui mûrissent au moment de la moisson. Il en est de même, hélas ! de l’ivraie et des autres plantes mauvaises.

Il se produisit au commencement du xvie siècle une crise redoutable, dont les conséquences ne se sont pas encore toutes manifestées, et dont l’une des plus inévitables sera d’entraîner le protestantisme dans une incrédulité complète.

Un moment on put croire que les études scripturaires allaient prendre un nouvel essor, que la position doctrinale des réformés, qui se séparaient de l’Église soi-disant pour rester fidèles à la Bible, aurait pour résultat nécessaire d’affermir à jamais le caractère divin de nos Saints Livres. Une révolte, faite au nom de l’Écriture contre la tradition, pouvait-elle avoir un autre résultat ? Certes, les chefs du parti en révolte ne se doutaient guère qu’ils préparaient la ruine de leurs propres croyances, et que par une terrible logique des choses les descendants de ceux qui rejetaient l’autorité de l’Église enseignante finiraient par ne plus croire à la Révélation biblique.

Les réformateurs se félicitaient bien haut de ne plus croire que Dieu, d’en avoir fini avec les prétendues innovations de l’Église, les empiétements des papes, les altérations et falsifications doctrinales des théologiens ; on allait enfin s’appuyer sur la Bible, n’entendre plus que la parole divine. « Le Saint-Esprit allait enfin parler directement au cœur des fidèles, disait Calvin, faire connaître la vérité à ceux qui en seraient dignes, et produire des fruits de vie qui seront la preuve la plus manifeste que l’on est dans la vérité. » Soit, mais d’où venait la Bible ? de qui la tenait-on ? par qui savait-on qu’elle était la vraie parole de Dieu ? On la tenait de l’Église catholique, de celle qu’on appelait la prostituée de Babylone, la maîtresse d’erreur, le