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PRÉFACE


attrainer à ensoleiller, ensommeiller, entraîner ; — complanir à aplanir ; — conciter, concitation à exciter, excitation ; — confuter, confutation à réfuter, réfutation ; defortune, defortuné à infortune, infortuné ; — se deporter à se comporter ; — deshabité à inhabité, qui ne dit pas du tout la même chose ; — despriser, despris, desprisable à mépriser, mépris, méprisable ; — eslourdir, esplanir, esracher, essourdir à alourdir, aplanir, arracher, assourdir ; — esjamber, s’esvoler à enjamber, s’envoler ; — exanimé à inanimé ; — emparenté, empauvrir, ententif, envilir, envoisiner à apparenté, appauvrir, attentif, avilir, avoisiner ; enhorter, enhortation à exhorter, exhortation ; — emmatriculer, encarcerer, endiner, enfernal, engenieur, enlustrer, envestir à immatriculer, incarcérer, incliner, infernal, ingénieur, illustrer, investir ; — s’entresembler à se ressembler ; — entreregne, entrerompre à interrègne, interrompre. Parmi les mots qui ont disparu et parmi ceux qui ont triomphé, on peut voir que beaucoup ne sont pas des composés français, mais ont été de toutes pièces empruntés au latin.

Il suffit de feuilleter le Dictionnaire de Godefroy pour voir que l’ancienne langue française avait une extrême abondance de mots composés à l’aide de préfixes. Il en restait encore beaucoup au xvie siècle, et même de nouveaux s’étaient formés. Une foule de mots perdus aujourd’hui commençaient par contre : contrebondir, se contrec rroucer, contredefense, contredefier, contregarder, contreharanguer, contreheurter, contre-imiter, etc. Entre marquant réciprocité se trouvait dans s’entrabandonner, s’entraboyer, s’entrattendre, s’entre attirer, s’entrebaiser, s’entreblasmer, s’entreblesser, s’entrecaresserEntre marquant un faible degré dans entredoubter, entremonstrer… — For dans forchanger, forconseiller, forconter, forjurer, forpayser… — Outre dans outrecouler, outrefendre, outrenager, outrenavrer, outrepercer… — Par dans parcroistre, pardurer, pardurable, parlire… — Trans dans transcouler, transfuir, transgloutir… — Tres dans tresluire, trespercer, tressuer… — Mal ou Mau dans malcontent, malcontenter, malgracieux, malplaisant, mal sociable, ou maucontent, maucourtois, maugracieux, maumener, maupiteux, mauplaisant, mauvestu… — Mes dans mesarriver, mesadvenir, mescroire, mescroyable, meschance, meslouer, meslouable

Je ne parlerai que pour mémoire des mots composés forgés par la Pléiade et surtout par ses imitateurs maladroits. Sur ce point l’erreur a été complète. Poètes et théoriciens ont tout à fait méconnu le génie de la langue. Il est inutile d’insister sur les fantaisies de Du Bartas appelant la lune flambeau guide-passant, conduy-somme, aime-paix ; le dauphin aime-naux, aime-humains, aime-vers, aime-lyre. Je n’ai pas cru nécessaire d’encombrer ce dictionnaire de pareilles créations. Mais notre langue avait au xvie siècle certains composés très bien formés et employés à propos. Ils étaient conformes aux différents types familiers au français, et d’ailleurs la plupart n’étaient pas des nouveaux venus dans la langue. Il est fâcheux que nous ayons perdu boutefeu, corneguerre, brouille-papier, gaste-papier, happebourse, happelopin, haussebec, serredenier, boutehors, haut-louer, montjoie, tremble-terre, doux-coulants, tournebouler, tournevirer, et beaucoup d’autres.

Nous avions aussi beaucoup de composés empruntés au latin ou formés d’éléments latins : altiloque, altiloquent, altisonant, grandipotent, dulcifluent, dulciloque, dulcisonant, melliflue, mellifluence, mellifluent, benivolence, benivolent, auricome, matricide, vaniloquence, celicole, Romicole, mortifere, odorifere, pestifere, soporifere, stellifere, armigere, lanigere, altifier, mondifier, nidifier, stellifier, dulcifique, horrifique, miracli-